Martin refuse d'autopsier son échec électoral

Hier, Paul Martin n’avait pas vraiment envie de faire le bilan de sa dernière campagne électorale à titre de premier ministre. Et surtout pas de faire porter le blâme aux membres de son entourage, que plusieurs militants considéraient comme les re
Photo: Agence Reuters Hier, Paul Martin n’avait pas vraiment envie de faire le bilan de sa dernière campagne électorale à titre de premier ministre. Et surtout pas de faire porter le blâme aux membres de son entourage, que plusieurs militants considéraient comme les re

Ottawa — Lors de son départ, Jean Chrétien avait eu droit à de longs éloges à la Chambre des communes de la part de ses adversaires et alliés. Pour le sien, Paul Martin n'a eu droit hier qu'aux questions un peu mesquines des journalistes qui, en conférence de presse, voulaient l'entendre expliquer son «échec».

Le premier ministre sortant a refusé à plusieurs occasions de dresser un bilan de la campagne électorale qui a mené à la défaite de ses troupes. «Je n'ai jamais passé beaucoup de temps à regarder en arrière», a-t-il répondu dès le début. «Est-ce qu'on a commis des erreurs? Probablement. Est-ce que j'ai des défauts? Certainement, ma femme me dit que c'est vrai. Mais je pense qu'on devrait se concentrer sur l'avenir.» «L'avenir, a-t-il ajouté, est emballant, et ça m'excite beaucoup plus.»

Cet avenir, M. Martin a déjà une petite idée de ce dont il sera fait. D'abord, il s'est engagé à compléter son mandat de député de LaSalle-Émard. Ensuite, il aimerait continuer à participer à l'équipe de travail des Nations unies sur le développement du secteur privé, à laquelle il avait pris part en 2003. Enfin, il voudrait contribuer à la mise en oeuvre de l'entente qu'il a signée cet hiver avec les organisations autochtones à Kelowna.

Paul Martin, qui ne sera plus premier ministre à compter de lundi matin lorsque Stephen Harper et son nouveau cabinet seront assermentés, a toutefois reconnu que son passage au bureau de chef de gouvernement ne se sera pas déroulé exactement comme il l'avait imaginé.

«Je n'avais pas envisagé d'être un premier ministre dont le principal enjeu à traiter serait les commandites. [...] Je n'avais pas non plus accordé beaucoup de temps à l'idée d'être le premier ministre d'un gouvernement minoritaire.»

Paul Martin a passé beaucoup de temps à dresser, comme il l'a fait à d'innombrables occasions pendant la campagne, le bilan de ses accomplissements: entente sur la santé avec les provinces, entente avec les villes, programme de garderies, accord avec les autochtones. Selon lui, ce bilan n'aurait pas pu être possible autrement qu'avec l'aide de son entourage, cet entourage tant dénoncé dans les rangs libéraux et à la défense duquel M. Martin a dû se porter hier.

«L'équipe autour de moi a joué un rôle très important. Ces gens sont-ils parfaits? Non, et moi non plus, je ne le suis pas. Mais sans ces gens, je n'aurais jamais pu faire tout ce que j'ai fait pendant mes longues années au gouvernement, tant au ministère des Finances qu'en tant que premier ministre.» Démentant les rumeurs qui expédient ce fameux entourage — que certains au Parti libéral qualifient de «mercenaires politiques» — au service d'un prochain candidat à la chefferie, M. Martin a indiqué que «la majeure partie» d'entre eux se destinent au secteur privé. «La grande majorité m'ont dit qu'ils n'ont pas l'intention de faire partie d'une campagne à la chefferie d'aucun candidat.»

M. Martin a évidemment été appelé à expliquer pourquoi, selon lui, son parti a obtenu de si mauvais résultats au Québec. Les libéraux y ont récolté seulement 13 sièges. L'explication, selon lui, tient à un seul mot: commandites. A-t-il été plus ouvert aux revendications du Québec que Jean Chrétien l'a été? M. Martin croit que oui et cite à preuve son entente asymétrique en matière de santé ou encore le règlement du litige Ottawa-Québec à propos des congés parentaux.

«Il y a là une évolution du fédéralisme, un fédéralisme qui reconnaît qu'on peut avoir des objectifs nationaux mais que la façon d'y arriver doit être exigée selon les circonstances de chaque province. Et ça, c'est le Québec qui a avancé ça à la table, et c'est moi qui l'ai amené à la table nationale. C'est une vision québécoise qui fait maintenant partie de la vision nationale.» Le chef démissionnaire du Parti libéral croit que le Québec a encore un «profond attachement» au Canada et qu'advenant un autre débat sur la séparation, «le Canada va gagner».

M. Martin a traversé cette épreuve imposée de conférence-bilan le coeur plus léger. Semblant plus à son aise, il s'est permis quelques blagues et même des familiarités avec les journalistes. Juste avant de partir, l'un d'eux lui a demandé ce que son père aurait pensé de lui. «Vous n'avez pas besoin d'être premier ministre pour accomplir de grandes choses», a-t-il expliqué en rappelant les états de service de son père à titre de ministre. «Mon père aurait-il été fier de me voir devenir premier ministre? Je crois que oui. Ma femme est-elle heureuse aujourd'hui? Je crois qu'elle l'est beaucoup plus qu'elle ne l'a été ces dernières années!» Quelques rires, et il était parti.