Paul Martin préside son dernier caucus - Un parti à reconstruire

L'heure était aux au revoir, aux bilans et à la tristesse. Dix jours après le scrutin qui les a renvoyés sur les banquettes de l'opposition, les députés libéraux — élus et défaits — se sont rencontrés hier. Comme prévu, ils ont choisi un chef intérimaire puisque Paul Martin ne veut pas jouer ce rôle à la Chambre des communes. Certains ont confirmé leurs aspirations à la chefferie tandis que d'autres ont mis en garde Stephen Harper contre la réédition du psychodrame qui avait suivi l'échec de l'accord du Lac-Meech. Mais tous avaient le même message: le parti doit profiter de sa défaite pour se renouveler.

Ottawa — Le ministre sortant des Transports, Jean Lapierre, a surpris un peu tout le monde hier en établissant un parallèle entre les promesses faites par Stephen Harper au Québec et l'accord du Lac-Meech concocté par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. Selon lui, le nouveau premier ministre a créé au Québec d'énormes attentes qui, si elles sont déçues, pourraient alimenter la ferveur souverainiste.

«M. Harper a une très grande responsabilité, a-t-il déclaré à la sortie de l'ultime réunion du cabinet. Son discours devra être suivi d'actions parce qu'autrement, il décevra énormément de gens, et ce serait grave pour le pays. Les attentes sont très, très élevées. Moi, j'ai vécu ça à l'époque de Meech, et Dieu sait à quel point on a été déçus lors de l'échec de Meech. Nous ne sommes pas du tout dans le même contexte, mais il y a des comparaisons qui peuvent se faire.»

Sa collègue Lucienne Robillard ne partage pas cette analyse, disant ne pas voir «de symbole plus grand que cela». N'empêche que les quelques libéraux québécois restants ont entamé une réflexion sur les raisons de leur déconfiture dans la province. Pour Liza Frulla, qui se réjouit que le vote fédéraliste combiné soit demeuré stable au Québec, le scrutin prouve que les Québécois «croient au fédéralisme, mais pas le fédéralisme qu'on leur a présenté, quelque chose d'autre».

Quant à Paul Martin, il s'est adressé aux médias pour la première fois depuis sa défaite mais n'a répondu qu'à cinq questions des journalistes. Il tiendra aujourd'hui une conférence de presse plus formelle pour revenir sur la campagne électorale. Le premier ministre sortant paraissait secoué: il avait les yeux rougis, la voix grave et étouffée.

«Je vais respecter la tradition établie depuis longtemps et je resterai comme chef du parti jusqu'à ce qu'un nouveau leader soit choisi lors d'un congrès, mais je vais renoncer à tous mes pouvoirs au profit du nouveau chef intérimaire», a-t-il annoncé. L'ex-ministre de la Défense, Bill Graham, assumera cette fonction et, à ce titre, se lèvera quotidiennement à la Chambre des communes pour interroger le premier ministre Stephen Harper. Lucienne Robillard agira à titre de leader adjointe.

Et si des élections précipitées étaient déclenchées, Paul Martin devrait-il reprendre du service? «J'ai déclaré de façon sans équivoque le soir de l'élection que je démissionnais à titre de chef. Je crois qu'il est temps de passer le flambeau», a conclu M. Martin avant de tourner les talons.

Tous les candidats pressentis au remplacement de M. Martin ont été interrogés. Si les députés Denis Coderre, Joe Volpe et Maurizio Bevilacqua sont restés évasifs sur cette question, préférant parler de la nécessité de renouveler le parti, les Scott Brison, Michael Ignatieff et Belinda Stronach ont confirmé qu'ils songeaient à se lancer. Cette dernière a toutefois étalé au grand jour une de ses faiblesses en répondant à un journaliste francophone: «En anglais, s'il vous plaît.» Mme Stronach ne comprend pas le français.

Par ailleurs, la nécessité de rebâtir le PLC faisait consensus chez les libéraux. Denis Coderre, par exemple, a dit souhaiter que le congrès au leadership n'ait pas lieu avant février 2007 afin de «laisser la chance aux coureurs» d'organiser une équipe. «Pour l'instant, on a besoin d'un bon "post-mortem". On a été battus par notre propre arrogance.»