Les Québécois satisfaits du bouclier anti-inflation?

Le premier ministre François Legault bénéficie d’un taux d’approbation de 57 %, ce qui le place au premier rang du classement des chefs de gouvernement provinciaux les plus populaires, publié par l’OBNL plus tôt cette semaine.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le premier ministre François Legault bénéficie d’un taux d’approbation de 57 %, ce qui le place au premier rang du classement des chefs de gouvernement provinciaux les plus populaires, publié par l’OBNL plus tôt cette semaine.

La hausse marquée du coût de la vie a provoqué de fortes mobilisations à travers le monde, mais pas au Québec.

Les Québécois sont-ils satisfaits du bouclier anti-inflation fabriqué par le gouvernement caquiste au coût de 13,2 milliards de dollars sur cinq ans : aide ponctuelle pouvant atteindre 600 $, renforcement du soutien des aînés, frein à la hausse des tarifs gouvernementaux ? Oui, si l’on se fie au dernier coup de sonde de l’Institut Angus Reid.

Le premier ministre François Legault bénéficie d’un taux d’approbation de 57 %, ce qui le place au premier rang du classement des chefs de gouvernement provinciaux les plus populaires, publié par l’OBNL plus tôt cette semaine. Ce sera un « joyeux Noël for Legault », a fait valoir l’Institut Angus Reid.

Le directeur du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS), Martin Petitclerc, trouve « très surprenant » que l’inflation galopante « ne soit pas la cause de plus grandes protestations » au pays. Il avance quelques explications.

À ses yeux, les prestations d’aide offertes par Ottawa et Québec au fil des deux dernières années ont réduit « momentanément » l’impact de l’accroissement du coût de la vie sur le quotidien des Canadiens et des Québécois.

D’autre part, le professeur au Département d’histoire de l’UQAM rappelle que 40 % des salariés québécois sont syndiqués. Du coup, il est persuadé que l’« enjeu » de l’inflation « va se négocier pour une bonne part dans la négociation collective, ce qui annonce de nombreux conflits de travail » au Québec. Dans l’immédiat, « la pénurie de main-d’oeuvre donne un certain rapport de force aux salariés » du secteur privé — syndiqués ou non — « permet tant] à un certain nombre de négocier des hausses salariales et des améliorations globales de leurs conditions de travail ». « Les augmentations de salaire seront d’environ 4 % cette année pour les emplois non syndiqués. Toutefois, s’il y a une récession à partir de l’année prochaine, comme plusieurs l’envisagent, les employeurs tenteront de profiter de la situation pour renverser cette tendance », indique M. Petitclerc.

Par ailleurs, le thème de l’inflation « a surtout été repris par la droite populiste conservatrice autant au fédéral qu’au provincial, ce qui a permis au gouvernement fédéral libéral et au gouvernement provincial caquiste de se présenter comme pratiquant une politique économique “de centre” en apparence consensuelle », fait valoir le directeur du CHRS. En se positionnant de la sorte, les gouvernements Trudeau et Legault peuvent aussi « se distinguer des partis progressistes, comme le Nouveau Parti démocratique et Québec solidaire, qui militent pour une politique économique beaucoup plus favorable aux bas salariés et bien plus critique des grandes entreprises qui contribuent, elles aussi, à l’inflation par leur capacité à contrôler les prix », note au passage M. Petitclerc.

L’inflation est au coeur de moments historiques importants, notamment à la fin de la Première Guerre mondiale qui a mené à ce qu’on appelle la "révolte ouvrière" un peu partout au Canada et au Québec. La "vie chère" était au coeur de la mobilisation ouvrière à partir de 1916 dans un contexte d’économie de guerre, de rationnement de la population, mais d’énormes profits pour les capitalistes. Le gouvernement fédéral a tenté d’y répondre momentanément en interdisant la grève, ce qui a contribué au mécontentement… Au Québec, il faudra attendre quelques décennies avant que le nombre de journées perdues à cause de la grève ne dépasse le niveau atteint en 1919. L’autre grande période est celle des années 1970.

 

À l’approche du temps des Fêtes, M. Legault a lancé « un appel à la solidarité de tous les Québécois ». « On vit des moments qui sont éprouvants actuellement. Il s’agit d’aller à l’épicerie, il s’agit de voir les taux d’intérêt… C’est dur pour tout le monde », a-t-il souligné lors des « voeux des Fêtes » des chefs des groupes parlementaires dans la salle de l’Assemblée nationale vendredi.

Avant que la magie des Fêtes ne s’empare du Salon bleu, le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois avait accusé le premier ministre de « ne pas aider » ni la « caissière dans un supermarché qui travaille au salaire minimum », ni la « maman d’un enfant de cinq ans qui a peur de perdre son loyer abordable à Montréal », ni l’« étudiante qui mange juste des boîtes de conserve parce que même la carte Opus est rendue trop chère » […] « Les salaires de misère, les loyers trop chers, les factures qui explosent sans bon sens, là, le premier ministre, il a du pouvoir là-dessus. Ce n’est pas une fatalité. Il peut changer ça », a-t-il déclaré, après deux semaines de travaux parlementaires durant lesquelles il a exposé les malheurs de la vie chère.

« QS pense qu’ils ont le monopole de la compassion », a rétorqué M. Legault. Le chef caquiste s’est toutefois gardé d’affubler un surnom du genre « Vincent de Paul » — le saint qui « oeuvra tout au long de sa vie pour soulager la misère matérielle et morale », selon Wikipédia — à M. Nadeau-Dubois, comme il l’avait fait avec la députée de Sherbrooke, Christine Labrie (« Mère Teresa »), en mars dernier.

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