La fierté dans les 90 priorités gouvernementales

Au cours de son dernier mandat, François Legault aura réussi à faire adopter la Loi sur la laïcité de l’État québécois, puis la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, en plus de réorganiser le système d’immigration.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Au cours de son dernier mandat, François Legault aura réussi à faire adopter la Loi sur la laïcité de l’État québécois, puis la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, en plus de réorganiser le système d’immigration.

Le premier ministre François Legault avait en tête la présidence hyperactive de Nicolas Sarkozy (2007-2012) lorsqu’il a pris les commandes de l’État québécois, à l’automne 2018. Drapé dans un « nationalisme rassembleur », le nouveau chef de gouvernement a multiplié les initiatives afin d’assurer « le développement économique de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture ».

Il avait envoyé le ministre Simon Jolin-Barrette au front. Il parviendra à faire adopter la Loi sur la laïcité de l’État québécois (loi 21), puis la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (loi 96) par l’Assemblée nationale, en plus d’avoir réorganisé le système d’immigration.

Les Québécois ont toutes les raisons d’être fiers de ces lois. En tout cas, François Legault en est « très fier ».

Le premier ministre parviendra-t-il à redémarrer la machine à fierté sans déposer de nouveaux projets de loi identitaires de l’importance des lois 21 et 96 ? « Il va falloir qu’il se trouve d’autres affaires », note un conseiller de la première heure de François Legault. « La [loi sur la] laïcité, on va parler de cela dans 50 ans », ajoute-t-il. Et aussi lorsque la Cour d’appel du Québec, puis la Cour suprême du Canada se prononceront tour à tour sur la validité de la loi interdisant notamment le port de signes religieux à certains employés de l’État québécois.

François Legault est convaincu de la nécessité de poser des « gestes supplémentaires » à ceux énumérés dans la loi 96 afin de freiner l’érosion de la langue française, particulièrement sur l’île de Montréal. Dans son esprit, « la loi 96, ce n’est pas la fin de l’histoire. Ce n’est que le début », explique-t-on. Il en dira davantage lors du discours d’ouverture de la 43e législature mercredi.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec s’est engagée à « continuer de rendre les Québécois fiers » dans un deuxième mandat. Pour y arriver, le prochain gouvernement s’emploiera à lancer « une grande campagne de sensibilisation » à la lecture, à mettre sur pied 20 chaires de recherche en études québécoises « pour en connaître plus sur notre trajectoire, notre histoire, notre culture, notre territoire et notre langue », à favoriser la réfection de « nos églises », mais aussi à « accroître l’autonomie alimentaire du Québec » et à encourager la production d’émissions éducatives pour les jeunes, a promis la formation politique nationaliste.

Après la réélection de la CAQ, François Legault a demandé à chacun de ses 30 ministres d’identifier trois priorités chacun, ce qui fait un total de 90 priorités gouvernementales. Il leur donnera un ordre de marche mercredi.

Il brossera à grands traits les efforts à consentir par l’État québécois non seulement pour assurer la vitalité de la nation québécoise, mais également pour décarboner l’économie — objectif : zéro émission nette de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050 — et faire disparaître l’écart de richesse entre le Québec et l’Ontario.

« Sans la prospérité, la fierté manque de moyens. Et sans la fierté, la prospérité manque de sens », soutenait François Legault au sortir de la crise existentielle ayant frappé la CAQ après sa défaite dans la circonscription de Chauveau, en juin 2015. Les caquistes avaient alors développé leur projet nationaliste.

Ils se sont présentés comme les hyperactifs de « la fierté et la prospérité ». Contrairement aux Sarkozystes, les Legaultistes ont été gratifiés d’un second mandat.

La « marque de commerce »

Le professeur Olivier Turbide trouve que « l’appel à la fierté » du gouvernement Legault « prend la forme d’une injonction émotionnelle adressée au peuple québécois à se rallier autour de ce qui va bien au Québec, des réussites collectives ». « Misant sur un effet rally around the flag, on souhaite que le sentiment général de fierté se traduise en réflexe patriotique, nous empêchant de prendre la pleine mesure de l’état de crise quasi permanente de nos systèmes d’éducation et de santé », soutient l’enseignant au Département de communication sociale et publique de l’UQAM.

« Articuler un discours inaugural autour de réalisations passées et de la promesse d’une cohésion nationale à venir est particulièrement commode pour un gouvernement qui peine à susciter les passions et à proposer des projets collectifs inspirants et porteurs pour la jeunesse », renchérit le prof Turbide à la veille de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

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