Legault craint le Parti québécois, estime St-Pierre Plamondon

Le premier ministre François Legault « craint la remontée du PQ », selon le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault « craint la remontée du PQ », selon le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

Le premier ministre François Legault « craint la remontée du PQ », selon le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. C’est là, à ses yeux, la conclusion qu’il faut tirer des minces ressources budgétaires et du peu de temps de parole alloués à l’opposition péquiste à l’Assemblée nationale durant le présent mandat, selon l’entente conclue vendredi dernier.

Cette crainte présumée d’un éventuel regain de popularité pour la formation souverainiste a incité le gouvernement à se montrer « intransigeant » durant ces négociations envers le PQ et à le traiter différemment des autres partis, et de façon inéquitable, soutient le chef péquiste, convaincu que son parti sort grand perdant du processus.

Car selon sa lecture des événements, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) « ne craint pas beaucoup » Québec solidaire (QS) ni le Parti libéral du Québec (PLQ), les deux autres partis d’opposition qui ont obtenu de lui tout ce qu’ils demandaient, en matière de budget et de temps de parole.

« Québec solidaire a augmenté son budget de presque 1 million alors qu’ils n’ont qu’un député de plus. Ils ont obtenu toutes leurs demandes. Les libéraux vont opérer pas moins de 4,5 millions de budget, alors qu’ils ont moins de votes que le Parti québécois », constate le chef péquiste, amer.

En entrevue téléphonique à La Presse canadienne dimanche, en marge du bilan électoral qui réunissait à Drummondville les candidats de son parti lors du dernier scrutin, M. St-Pierre Plamondon rappelle que, pendant ce temps, lui, il devra se contenter d’un budget annuel de 570 000 $ pour diriger la troisième opposition.

« Quand on a une intransigeance aussi marquée et claire envers le Parti québécois et que le traitement est aussi différencié entre les partis, ce qu’il faut conclure c’est que la CAQ craint le Parti québécois, craint la remontée évidente du Parti québécois », soutient M. St-Pierre Plamondon, ajoutant qu’il faudra en tirer des conclusions politiques.

Prêter serment au roi ?

Par ailleurs, deux jours avant le début de la prochaine session parlementaire, le chef péquiste ne veut toujours pas ouvrir son jeu, en révélant quelle sera sa stratégie relative au serment au roi Charles III.

Selon les règles en vigueur, les trois députés péquistes ne pourront pas siéger et prendre place au Salon bleu, puisqu’ils ont refusé de déclarer leur allégeance à la couronne britannique.

S’ils maintiennent leur position et défient la Constitution canadienne en se présentant tout de même au Salon bleu, ils s’exposent au risque d’en être expulsés sur-le-champ.

À ce propos, M. St-Pierre Plamondon dit qu’aucun scénario n’est exclu quant à savoir comment les trois élus péquistes vont se comporter au Parlement à compter de mardi.

Pour siéger au Parlement, les députés doivent formuler deux serments, le premier au peuple du Québec, le second au roi Charles III. Le président sortant, François Paradis, a dit dernièrement et sans ambiguïté qu’il n’y aurait pas de passe-droit.

Le présent mandat, entamé le 3 octobre, s’amorce laborieusement pour l’opposition péquiste, qui, n’ayant réussi à faire élire que trois députés, cherche depuis à obtenir un budget de fonctionnement adéquat et un temps de parole minimal, tout en militant pour rendre facultatif le serment à la monarchie britannique.

Des co-porte-parole non élus

Compte tenu du très petit nombre d’élus péquistes, M. St-Pierre Plamondon a annoncé dimanche que le parti recruterait d’anciens candidats ayant une expertise dans un secteur donné pour jouer à l’occasion le rôle de co-porte-parole de l’opposition péquiste sur certains enjeux.

Ils viendront prêter main-forte aux parlementaires, notamment lors des points de presse au Parlement. Ils seront entre 10 et 15, ne seront pas rémunérés, mais pourront assister aux réunions du caucus et représenter l’opposition péquiste dans certains événements, à l’occasion. Leur mandat précis et les modalités de leur rôle demeurent à définir. Sauf erreur, ce type de fonctionnement constitue un précédent.

Le PQ lance en parallèle une campagne de sociofinancement visant à amasser 120 000 $ d’ici Noël afin d’embaucher deux employés qui viendront enrichir l’aile parlementaire du troisième groupe d’opposition.

« L’esprit d’innovation » sera donc bienvenu au PQ durant le mandat pour compenser de toutes les manières possibles le manque de moyens mis à sa disposition, a commenté le chef du parti.

Du point de vue budgétaire, le PQ revendiquait un montant annuel de fonctionnement de 800 000 $ net (donc sans compter la rémunération du personnel de circonscription). On lui en offrait au départ 495 000 $. Vendredi, une entente est intervenue pour 570 000 $ net, soit bien loin du but.

En ce qui a trait aux droits de parole, l’opposition péquiste voulait obtenir la garantie de pouvoir poser une des neuf questions par jour provenant des rangs de l’opposition. On lui offrait de pouvoir poser cinq questions par cycle de cent questions. L’entente en prévoit sept par cycle, soit deux par semaine dans les faits.

Le PQ tenait aussi à avoir un siège au Bureau de l’Assemblée nationale, le BAN, chargé de gérer notamment les différends entre parlementaires et de prendre les décisions relatives au fonctionnement de l’assemblée. On le lui a refusé, lui offrant en échange un statut d’« observateur », sans droit de parole.

Normalement, pour obtenir une pleine reconnaissance en Chambre, le règlement de l’Assemblée nationale prévoit qu’un groupe parlementaire doit avoir fait élire au moins 12 députés ou avoir obtenu 20 % du vote.

Or, le PQ n’a fait élire que trois députés, mais a tout de même recueilli 14,6 % du vote populaire, ce qui lui permettait, selon lui, de réclamer une certaine forme de reconnaissance de ses pairs.

Le Parti libéral du Québec forme l’opposition officielle avec 14,3 % du vote recueilli et 21 députés (désormais 19), et Québec solidaire a fait élire 11 députés avec 15,4 % du vote. La CAQ a obtenu 41 % du vote et 90 sièges, soit 72 % du total des 125 sièges.

À la période de questions, le temps de parole réservé à chaque parti d’opposition se divisera donc ainsi : pour chaque cycle de 100 questions, l’opposition libérale pourra en poser 62, Québec solidaire 31 et le PQ seulement 7.

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