Le Convoi tirait des informations de sources policières

Des manifestants du Convoi de la liberté recevaient de l’information directement de sources au sein de la police, a affirmé devant la commission Rouleau un avocat qui conseillait les principaux organisateurs du mouvement qui a paralysé Ottawa l’hiver dernier.

« Il y a beaucoup de policiers qui croient encore aujourd’hui que le gouvernement a vraiment fait une erreur », a expliqué Keith Wilson aux journalistes après sa comparution de mercredi à la Commission sur l’état d’urgence.

Il s’agit de l’avocat albertain qui a représenté l’organisatrice principale du convoi, Tamara Lich, et sa garde rapprochée de « capitaines » régionaux lors des importantes manifestations qui ont perturbé Ottawa, l’hiver dernier.

« On connaissait toujours les opérations de la police. […] Il y avait toujours un flot constant d’information et de fuites provenant de tous les services de police et des agences de sécurité », a-t-il notamment affirmé.

M. Wilson a précisé que ce sont des policiers en service, sympathiques à la cause du convoi, qui fournissaient en temps réel ces informations à d’ex-agents parmi les manifestants. Il soutient avoir eu accès aux plans opérationnels de la Gendarmerie royale du Canada, de la Police provinciale de l’Ontario et du Service de police d’Ottawa.

Il croyait au départ que la police lançait de « fausses opérations » pour trouver ces agents doubles, mais dit avoir compris lors des audiences de la Commission sur l’état d’urgence que ce sont plutôt les conflits internes dans les rangs policiers qui ont bousculé leurs plans à la dernière minute.

Un commandement efficace

 

Dans sa première rencontre avec des avocats de la commission, il a décrit le cercle d’organisateurs de la manifestation comme étant très efficace et pouvant compter sur la présence d’ex-policiers, d’ex-militaires et d’ex-agents du Service canadien de renseignement et de sécurité au sein du mouvement, peut-on lire dans le compte rendu.

Équipés de radios, de cartes et de photos aériennes de la Ville d’Ottawa, ces derniers auraient notamment aidé à gérer les manifestants problématiques, à effectuer des tâches logistiques, en plus de recueillir du renseignement.

Des documents déposés devant cette commission montrent que plusieurs policiers ont décrit le Convoi de la liberté en termes élogieux à différents moments de la crise. La police d’Ottawa se basait par exemple sur un rapport de renseignement qui citait allègrement le polémiste canadien anglais Rex Murphy. Un autre agent aurait dit en réunion, la veille de leur arrivée, que les leaders du convoi étaient « pro-police ».

Des courriels internes à la Police provinciale de l’Ontario faisaient aussi circuler l’idée qu’il était possible d’annoncer la fin des mesures sanitaires contre la COVID-19, offrant ainsi une « victoire » au Convoi de la liberté en échange de sa collaboration.

Détails de l’échec des négociations

Keith Wilson a notamment donné plus de détails mercredi sur les tentatives ratées de négociations avec un groupe de manifestants qui bloquaient le coin stratégique des rues Rideau et Sussex. Ce regroupement a été présenté comme francophone et radical dans plusieurs témoignages de leaders du convoi et de policiers.

 

Les agents de liaison de la police d’Ottawa auraient d’abord accepté de lever les barrières policières pour qu’ils rejoignent la manifestation principale située devant le parlement, avant d’élaborer dans l’urgence un plan pour les déloger par la force.

Il y a beaucoup de policiers qui croient encore aujourd’hui que le gouvernement a vraiment fait une erreur Keith Wilson »

 

Une fois le plan jugé « trop risqué » et écarté à cause d’une fronde interne à la police d’Ottawa, les négociations ont repris avec ce petit groupe. Cette fois, un malentendu dans la foule de manifestants aurait braqué ces derniers contre l’initiative de bouger les camions, pourtant négociée. Des protestataires se sont rassemblés derrière les camions pour les bloquer sur place.

Keith Wilson a fait valoir mercredi que la manifestation n’avait à aucun moment été déclarée illégale, et que quiconque s’y baladait à la mi-février ne pouvait que conclure à sa légalité. L’ex-chef de la police d’Ottawa Peter Sloly a convenu lundi qu’il n’avait jamais annoncé que le rassemblement était illégal avant l’invocation des mesures d’urgence, mais qu’il avait du mal à croire « que quiconque ne pouvait pas comprendre qu’il y avait un niveau d’illégalité et un danger public » à partir du premier week-end d’occupation.

L’influenceur controversé et organisateur du Convoi de la liberté Patrick King témoignait lui aussi mercredi. Il a dû expliquer des déclarations publiées sur les réseaux sociaux où il faisait allusion à l’assassinat du premier ministre Justin Trudeau ou encore à des plans de dépopulation de la « race anglo-saxonne », des extraits qu’il a jugé être pris hors contexte. Après plusieurs avertissements du juge Paul Rouleau pour des applaudissements, un des partisans de M. King qui chahutaient a été renvoyé de la salle d’audience.
 

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