Vent de changement à la mairie d’Ottawa; «statu quo» à Toronto

Sans surprise, le maire sortant de Toronto, John Tory, a emporté aisément l’élection lundi, récoltant près de 60% des voix au moment où ces lignes étaient écrites.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Sans surprise, le maire sortant de Toronto, John Tory, a emporté aisément l’élection lundi, récoltant près de 60% des voix au moment où ces lignes étaient écrites.

Au terme d’une lutte serrée, les résidents d’Ottawa ont élu l’ancien journaliste Mark Sutcliffe à la mairie lundi soir, le préférant à Catherine McKenney, personne non binaire progressiste qui siégeait autrefois au conseil municipal. À Toronto, l’électorat a reconduit au pouvoir le maire sortant, John Tory, après une course qui, en revanche, n’a jamais mis en péril la réélection du politicien centriste.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le réseau de télévision CTV prédisait la victoire de Mark Sutcliffe dans ce qui était avant tout un duel avec Catherine McKenney, qui détenait une avance considérable dans les sondages cet été. Celle-ci s’est rétrécie au cours des derniers mois, au point où elle a disparu le soir de l’élection. Mark Sutcliffe récoltait plus de 50 % des voix au moment où ces lignes étaient écrites. Il succède à Jim Watson, maire depuis 2010, qui ne sollicitait pas un nouveau mandat.

« J’ai beaucoup d’émotions, je suis reconnaissant envers les dizaines de milliers de personnes qui appuient notre vision de la ville » a mentionné en français le nouveau maire dans son discours de victoire, entouré de sa famille. Mark Sutcliffe a dit avoir gagné du respect pour Catherine McKenney durant la campagne. « C’est difficile, mais on va continuer d’avancer » a souligné Catherine McKenney devant ses partisans. « Demain, nous allons nous réveiller et travailler pour créer la ville dont nous méritons », a poursuivi l’adversaire de Mark Sutcliffe.

Tyler Meredith, un ancien conseiller de la ministre des Finances Chrystia Freeland qui était co-président de la campagne de Catherine McKenney, s’est dit déçu des résultats. « On pensait jusqu’à 20h [lorsque les bureaux de scrutin ont fermé] qu’on était capable de le remporter », a-t-il confié. Plusieurs personnalités associées au Parti libéral du Canada, dont l’ancienne ministre de l’Environnement Catherine McKenna, appuyaient Catherine McKenney.

Mark Sutcliffe a pu compter sur l’appui de presque tous les députés libéraux de la région d’Ottawa durant sa campagne, dont celui du chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser. D’après trois observateurs interrogés par Le Devoir, le nouveau maire d’Ottawa avait le soutien des rouges notamment, puisque ceux-ci voulaient éviter de donner de l’oxygène au NPD dans la capitale canadienne. Catherine McKenney était autrefois adjoint législatif du chef du NPD, Ed Broadbent.

Au mois d’octobre, Le Devoir révélait des Franco-Ottaviens influents avaient organisé un dîner de financement pour Mark Sutcliffe, avant même qu’il dévoile sa plateforme francophone, un ensemble de propositions plus étoffées que celle de Catherine McKenney. « Par son appui au bilinguisme, son expérience comme entrepreneur, son engagement communautaire et son énergie, il s’occupera de nous », lisait-on dans une lettre rédigée par l’avocat Ronald Caza et le consultant Benoît Hubert invitant la communauté à l’activité de financement.

Mark Sutcliffe a mené une campagne au centre, l’une des raisons qui lui a valu le soutien du journal Ottawa Citizen, où il a chroniqué pendant plus d’une décennie. Il compte augmenter le budget de la police et accroître la présence de la police dans le quartier du marché By, au centre-ville. Il compte aussi dépenser 100 millions de dollars sur quatre ans pour augmenter la qualité des routes et s’opposait au plan de Catherine McKenney de dépenser 250 millions de dollars en obligation verte pour améliorer les infrastructures cyclables.

Victoire attendue à Toronto

Sans surprise, le maire sortant de Toronto, John Tory, lui aussi centriste, a emporté aisément l’élection lundi, récoltant près de 60 % des voix au moment où ces lignes étaient écrites. L’ancien chef du Parti progressiste-conservateur était en avance dans la course du début à la fin. Son principal adversaire — l’architecte de renommée internationale Gil Penalosa — n’est entré dans la course qu’en juillet et n’a jamais été en mesure de menacer la réélection du maire en poste depuis 2014.

Kema Joseph, une conseillère du maire durant la campagne, affirme que John Tory « veut compléter les projets qui n’ont pas pu être complétés » durant son prochain mandat. L’ancienne membre du cabinet du maire ne sait pas s’il s’agira du dernier mandat à la tête de la Ville Reine de l’homme de 68 ans. Plusieurs candidats progressistes ont été élus aux postes de conseillers, dont certains que la maire n’avait pas appuyés. « Il va bien accueillir cette nouvelle énergie plus progressiste » pense néanmoins Kema Joseph.

John Tory a gagné son pari sans faire de promesses phares comme ce fut le cas dans la campagne de 2014. Le maire de la Ville Reine compte entre autres limiter la croissance des taxes sur la propriété. Il devra donc trouver une autre façon pour combler un déficit de 857 millions de dollars pour atteindre l’équilibre budgétaire l’année prochaine. Cela pourrait faire en sorte que des services municipaux soient coupés, bien que John Tory n’ait pas précisé si cela aurait lieu.

Il aura plus de pouvoir dans la rédaction du prochain budget, par contre, grâce à de nouveaux pouvoirs accrus octroyés par le gouvernement provincial au mois de septembre. À partir de novembre, les maires de Toronto et Ottawa pourront mettre leur veto aux règlements municipaux qui entravent les priorités provinciales, comme celle de construire 1,5 million de domiciles en 10 ans. Le maire de Toronto ne s’est pas ouvertement opposé au projet de loi, comme l’ont fait d’autres candidats dans la province.

Anciens chefs provinciaux en lice

 

Dans les banlieues et villes avoisinantes de Toronto, trois anciens chefs provinciaux tentaient de se faire élire. Les courses étaient particulièrement serrées à Hamilton et Vaughan, où se présentaient les anciens chefs du NPD de l’Ontario et du Parti libéral de l’Ontario, Andrea Horwath et Steven Del Duca, mais les deux l’ont finalement emporté. L’avance de Andrea Horwath à Hamilton n’était que d’un point de pourcentage, tandis que Steven Del Duca a devancé son adversaire de 851 voix. L’ancien chef libéral n’avait pas été élu dans sa propre circonscription, Vaughan — Woodbridge, en juin.

Andrea Horwath fera donc un retour au conseil municipal de Hamilton, cinquième ville en importance dans la province, elle qui était conseillère municipale avant de devenir députée, puis cheffe, du NPD.

 

Quant à lui, Patrick Brown, l’ancien chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario et candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, conservera son poste de maire de Brampton. Il accumulait près de 60 % des voix au moment où ces lignes étaient écrites. Sa principale opposante, l’ex-fonctionnaire municipale Nikki Kaur, a été congédiée de son poste puis réengagée après avoir dénoncé pour corruption son patron, le directeur municipal David Barrick.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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