L’un des candidats à la mairie de Toronto s’inspire de Montréal

Gil Penalosa, candidat à la mairie de Toronto, dans son bureau de campagne
Étienne Lajoie Gil Penalosa, candidat à la mairie de Toronto, dans son bureau de campagne

Le principal opposant du maire sortant, John Tory, aux élections municipales torontoises du 24 octobre prochain, Gil Penalosa, envie les Montréalais, qui vivent sous la gouverne de Valérie Plante depuis 2017. « J’aurais aimé qu’elle soit mairesse ici », lance l’urbaniste de renommée internationale en entrevue au Devoir. « Elle est complètement différente de John Tory », dit celui qui s’est lancé dans la course à la mairie de Toronto le 14 juillet.

Trente et une personnes convoitent le poste de maire de la métropole canadienne, mais Gil Penalosa, qui a travaillé dans plus de 300 villes à travers le monde, est l’opposant le plus sérieux de John Tory, un politicien centriste autrefois chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Un récent sondage de la firme Forum Research place les appuis de M. Penalosa à environ 20 %, tandis que M. Tory en récolte 56 %.

L’urbaniste ne se présente pas à la mairie de Toronto par manque de défis. Il a amplement de travail au sein de l’organisme 8-80 Cities, qu’il préside encore, et son expertise est sollicitée partout dans le monde. En 2015, il était conférencier au festival Go vélo Montréal. Plus récemment, il était l’invité d’honneur du colloque de l’Association des architectes paysagistes du Québec.

Le principal adversaire de John Tory dit avoir une flamme en lui depuis quelques années. « Toronto a un potentiel dont elle ne profite pas. Il y a 25 ans, la ville était cheffe de file au pays dans presque tous les domaines », évalue le candidat. « Elle avait les meilleurs transports en commun, les meilleures bibliothèques, les meilleurs parcs. Et tout d’un coup, Montréal l’a dépassée. Puis Vancouver, et même Calgary », juge-t-il.

Le porte-étendard de la gauche torontoise veut donner une vision — comme Valérie Plante l’a fait avec la métropole québécoise, selon lui — à une municipalité qui n’en a pas pour le moment. Il souhaite aussi créer un sentiment de communauté dans la Ville Reine. Enfin, il espère aussi que Toronto fasse sa place sur la scène internationale, où son absence, dit-il, est « honteuse ».

Des positions progressistes

 

Les jambes croisées, vêtu d’une chemise bleue, le Colombien de naissance énumère ses idées phares pour rattraper l’écart entre Toronto et les autres grandes villes canadiennes.

Lui et son principal adversaire s’entendent sur la nécessité de rendre les logements plus abordables dans la métropole, où un logement d’une chambre coûte en moyenne 2474 $. Mais Gil Penalosa présente des mesures plus radicales pour y parvenir, comme l’élimination du zonage qui ne permet que la construction de maisons unifamiliales dans plusieurs quartiers. Un comité indépendant formé par la province en 2021 a déjà formulé une telle recommandation.

M. Penalosa souhaite aussi construire plus de 300 kilomètres de pistes cyclables protégées en quatre ans. Pour le moment, la Ville de Toronto prévoit en construire 100 de plus (protégées ou pas) entre 2022 et 2024. Le fondateur de l’organisme 8-80 Cities veut faire passer la limite de vitesse à 30 km/h dans tous les quartiers résidentiels de la métropole ontarienne. « Montréal protège mieux les piétons que Toronto », estime Gil Penalosa.

En 2015, celui qui est maintenant candidat à la mairie de Toronto avait affirmé en entrevue avec Montreal Gazette que la métropole québécoise pourrait devenir la « meilleure ville au monde » si elle faisait preuve de moins de complaisance. Depuis, les Montréalais ont élu Valérie Plante, tandis que les Torontois ont choisi John Tory. Les deux plus grandes villes du Canada ont alors pris des directions différentes, se désole Gil Penalosa depuis son bureau de campagne.

Interpeler l’électorat

Le professeur Zachary Spicer, spécialiste en politique municipale à l’Université de York, estime que les idées du candidat Penalosa peuvent trouver preneurs à Toronto. Son défi sera toutefois de les faire connaître à l’électorat. Le candidat a gagné du terrain depuis le lancement de la campagne, mais l’avance de John Tory dans les intentions de vote est très importante, note-t-il.

Pour avoir une chance de se faire élire dans la métropole ontarienne, un candidat sérieux doit être doté d’une organisation qui peut véhiculer ses idées et récolter des dons, note le professeur Spicer. « C’est la plus grande élection municipale au pays, vous avez besoin d’un million de dollars pour la financer. »

Fort de ses contacts dans le secteur privé, notamment, le maire sortant John Tory, qui était autrefois p.-d.g. de la division de câblodistribution du géant Rogers, peut d’ailleurs compter sur une machine de financement politique « massive », explique l’expert. « C’est difficile d’être en compétition avec une équipe aussi imposante. »

Les chances de M. Penalosa de l’emporter le 24 octobre sont « très faibles », estime le professeur Spicer. Il est toutefois heureux de constater que le maire a un opposant sérieux. D’autant que plusieurs experts estiment que la difficulté de déloger un maire sortant en Ontario freine l’élan politique de beaucoup de candidats.

Gil Penalosa, pour sa part, assure être dans la course à la mairie de Toronto pour gagner. « Quand Valérie Plante a été élue pour la première fois, en 2017, ce n’était pas la favorite », souligne-t-il d’ailleurs. « Il y a quelques mois, je pensais peut-être que je ne pourrais que changer la conversation, mais à mesure que le temps passe, je sens que j’ai une chance de l’emporter », clame avec confiance l’urbaniste.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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