La pauvreté, ce «tabou» de la campagne électorale

La mobilisation a réuni dans une ambiance festive des centaines de personnes dans les rues du centre-ville de Montréal.
Marie-France Coallier Le Devoir La mobilisation a réuni dans une ambiance festive des centaines de personnes dans les rues du centre-ville de Montréal.

Des centaines de personnes ont manifesté bruyamment jeudi après-midi dans les rues du centre-ville de Montréal pour dénoncer le manque d’attention accordée à la pauvreté par les partis politiques en lice en vue du scrutin du 3 octobre. Elles réclament au passage une bonification du financement des groupes communautaires qui viennent en aide à des milliers de personnes dans le besoin dans la province.

« Je pense qu’il y a une certaine gêne ou un certain tabou à parler des personnes en situation de pauvreté. C’est peut-être un électorat un peu volatil ou qui ne vote pas. Et de façon générale, on s’intéresse très peu aux personnes qui vivent en situation de pauvreté. On va plus s’intéresser à la classe moyenne », lance au Devoir la porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Virginie Larivière.

Cette dernière a pris part jeudi à une mobilisation organisée par le milieu communautaire, qui a réuni dans une ambiance festive des centaines de personnes au square Viger en début d’après-midi. Des organismes oeuvrant notamment auprès des personnes en situation d’itinérance, de locataires dans le besoin ou de personnes ayant des problèmes de santé mentale ont pris part à cet événement. « Promesses brisées, communautaire fermé », pouvait-on lire sur une affiche brandie par un manifestant. « On veut des lois en briques », clamait une autre en référence aux besoins grandissants en matière de logements sociaux dans la province.

Cette marche, qui a mené les manifestants à la place du Canada jeudi après-midi, se veut le point culminant de mobilisations tenues dans les différentes régions de la province au cours des dernières semaines par le milieu communautaire.

« Aujourd’hui, on veut se retrouver pour se donner le rapport de force, parce que malgré tout ce qu’on a fait dans les régions, force est de reconnaître que, dans le débat public, on n’entend pas parler des organismes communautaires autonomes », a expliqué Hugo Valiquette, président du Réseau québécois de l’action communautaire autonome, quelques instants avant le début de cette manifestation.

Les impacts de l’inflation

Dans les dernières semaines, les différents chefs de parti ont abordé de long en large les impacts de l’inflation sur le coût de la vie des Québécois, mais les mesures qu’ils proposent concernent essentiellement la « classe moyenne » ou aisée, constate Mme Larivière.

Plusieurs partis promettent ainsi des baisses d’impôts qui n’auront aucun effet sur les moins nantis, qui n’en paient déjà pas. Québec solidaire et le Parti québécois se sont néanmoins engagés à hausser le salaire minimum à 18 dollars l’heure. Un gouvernement solidaire augmenterait aussi de 45 % les prestations d’aide sociale et de solidarité sociale, a annoncé la formation mercredi, à quelques jours du vote.

« On est vraiment ici pour clamer à l’ensemble des candidats et candidates de la campagne électorale qu’ils doivent nous entendre et considérer la lutte contre la pauvreté plus sérieusement », ajoute Virginie Larivière.

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté réclame ainsi que les soins dentaires et optométriques soient couverts plus largement par la Régie de l’assurance maladie du Québec. L’organisme réclame aussi une indexation trimestrielle des prestations d’aide sociale et un accès élargi au Programme de revenu de base, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2023, à toutes les personnes bénéficiant de l’aide sociale.

Le président du Réseau québécois de l’action communautaire autonome, Hugo Valiquette, presse pour sa part Québec d’augmenter le financement réservé aux organismes communautaires autonomes. Le 14 mai dernier, le gouvernement du Québec a annoncé des investissements prévus de 1,1 milliard sur cinq ans pour mettre en oeuvre son Plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire 2022-2027. Mais cette somme, qui servira à financer les activités des organismes et à aider ceux-ci à améliorer les conditions de travail de leurs employés, demeure insuffisante, estime M. Valiquette.

« Ce qui est dommage, c’est qu’il y a eu des investissements dans les dernières années, mais ils se font tellement au compte-gouttes qu’on ne reprend jamais le dessus », affirme-t-il. Des organismes doivent ainsi limiter leurs embauches et leurs heures d’ouverture pour des raisons financières. « En fin de compte, c’est la population et les plus vulnérables qui n’auront pas accès aux organismes si on ne met pas en place une hausse du financement », craint M. Valiquette.

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