Legault rouvre la porte au «pacte vert» des grandes villes

Le chef caquiste, François Legault, lors de son discours au sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec
Paul Chiasson La Presse canadienne Le chef caquiste, François Legault, lors de son discours au sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec

Le chef caquiste, François Legault, s’est défendu vendredi d’avoir fermé la porte au « pacte vert » réclamé par le monde municipal pour s’adapter aux aléas des changements climatiques. Il est cependant demeuré vague sur ses engagements quant aux demandes des grandes villes pour un financement de 2 milliards par année.

« Je suis moins catégorique que ce qui a été écrit par les journalistes », a assuré François Legault, en référence à son passage à l’hôtel de ville de Montréal mardi dernier, durant lequel il avait évoqué les limites à la capacité de payer des contribuables. Lors d’un discours au sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) vendredi, il a maintenu que la porte demeurait ouverte.

Les villes se sont réjouies de voir M. Legault revenir sur ses pas, mais s’attendent à des espèces sonnantes et trébuchantes dans les meilleurs délais. « On sent de plus en plus cette ouverture-là », a constaté le président de l’UMQ, Daniel Côté, lors d’une mêlée de presse à la sortie du sommet électoral de l’organisme.

En matinée, le maire de Québec, Bruno Marchand, était tombé à bras raccourci sur le premier ministre sortant, qui avait rejeté le « pacte vert » trop rapidement à ses yeux. « Il est arrivé dans la région de Montréal jusqu’à Joliette un déluge qui a fait en sorte de créer des conséquences pour des citoyens parce que les réseaux pluviaux ne sont pas capables de supporter la charge des pluies diluviennes, a-t-il déploré. Je pense qu’il a été trop vite sur la gâchette. »

« Mère Nature a aussitôt fait de lui répondre », a constaté la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, selon qui M. Legault s’était « avancé trop rapidement ».

Combien de billets verts serviraient à financer le pacte de l’UMQ ? C’est la question qui reste en suspens à l’heure actuelle. Daniel Côté demeure inflexible : les 2 milliards exigés par les villes et les municipalités « tiennent la route ». « On peut discuter des modalités, mais les chiffres… » a-t-il lancé.

Quelques jours après l’événement météo extrême qui a frappé la métropole québécoise, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, insiste sur l’« urgence » de la situation. « Nous, on veut avoir ces sommes-là maintenant », a-t-elle dit.

Les promesses des chefs

 

À l’occasion du sommet électoral de l’UMQ, les cinq chefs de parti ont pris la parole devant un parterre de maires réunis dans un hôtel du centre-ville de Montréal.

M. Legault a réitéré ses engagements concernant son Plan pour une économie verte, avec son enveloppe de 7,6 milliards visant à réduire les émissions de gaz à effets de serre. Il a aussi évoqué le programme OASIS, doté d’un budget de 325 millions, pour contrer les îlots de chaleur. « S’il n’y a pas assez d’argent, on va en ajouter dans le projet OASIS, mais ça va aller au mérite », a-t-il dit.

On ne peut plus pelleter des responsabilités dans la cour des municipalités sans leur donner des moyens

 

Sans dire combien elle souhaitait mettre dans un potentiel « pacte vert », la cheffe libérale, Dominique Anglade, s’est dite ouverte à « s’asseoir » avec les villes. « [On] est plus que parlables, a-t-elle lancé. On ne peut plus pelleter des responsabilités dans la cour des municipalités sans leur donner des moyens. » Lors d’une entrevue animée par la journaliste Emmanuelle Latraverse quelques minutes plus tard, Mme Anglade s’est engagée à discuter du pacte vert au moment de réviser la fiscalité des villes.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a dénoncé le « manque de respect » de M. Legault dans cette saga. « Les maires et les mairesses […] ont vu la porte se refermer directement sur leur nez. C’est vraiment une incompréhension du rôle des municipalités », a soulevé le leader péquiste. Il promet de discuter avec les villes des tenants et aboutissants d’une telle entente. « La porte, elle est grand ouverte. Il y a de l’espace pour ces 2 milliards-là », a dit M. St-Pierre Plamondon, qui s’engage par ailleurs à rendre disponibles 30 milliards de dollars au Plan québécois des infrastructures pour que les 30 plus grandes villes du Québec puissent travailler sur des projets de transport collectif.

De son côté, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, estime que le gouvernement doit adopter un autre ton à l’égard des municipalités. « Il faut changer la naturede la relation entre l’État québécois et les municipalités. Cette vieille mentalité-là où le gouvernement du Québec considère les municipalités un peu comme ses enfants. Il faut casser ça », a-t-il expliqué. Il propose de revoir le modèle fiscal des municipalités « pour en finir une bonne fois pour toutes avec la dépendance structurelle et néfaste des municipalités à l’égard de l’impôt foncier ». En attendant de conclure un nouveau pacte fiscal, il a promis d’augmenter de 300 millions par année les transferts aux municipalités.

D’emblée, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a reconnu que ses propositions concernant les villes étaient peut-être moins détaillées que celles de ses adversaires. Il a plaidé en faveur d’une simplification de la réglementation gouvernementale. Il a aussi évoqué son projet d’offrir la gratuité des transports en commun à Québec à titre de projet pilote, une mesure qui pourrait être étendue à d’autres municipalités.

Marchand vexé par les sorties antitramway de Duhaime

Le maire de Québec, Bruno Marchand, reproche au chef conservateur Éric Duhaime de s’engager sur une voie qui ne le concerne pas en faisant campagne sur le tramway de Québec. « Je pense que ce sont des compétences municipales », a-t-il dit vendredi, en marge du sommet électoral de l’UMQ à Montréal.

« Dans la campagne, il y a beaucoup de promesses qui sont faites en lien avec des enjeux municipaux. Quelque part, c’est intéressant, a-t-il ajouté. Maintenant, à partir du moment où on vient dire qu’on est contre […] le projet de tramway, je pense qu’on s’immisce dans les compétences municipales, et je pense que c’est une très mauvaise chose. »

Ce n’est pas la première fois que l’élu de Québec fort et fier attaque de front le leader du Parti conservateur du Québec (PCQ). Au début de septembre, il avait accusé M. Duhaime de dire « des choses qui sont fausses » par rapport au tramway.

S’il était porté au pouvoir, le PCQ enterrerait bien vite le projet de tramway — impopulaire et inadapté aux besoins de la population de la grande région de Québec, selon M. Duhaime. La formation politique propose plutôt la gratuité du transport collectif dans la région.

Selon un sondage de la firme Segma Recherche publié ce mois-ci, les citoyens de Québec accordent leur appui au tramway dans une proportion de 48 %. L’appui était de 44 % en juin, et de 41 % au début de l’année.

François Carabin


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