La CAQ évalue le coût de ses promesses électorales à près de 30 milliards $

M. Legault a dévoilé le cadre financier «prudent», «responsable», «crédible» et «équilibré» sur lequel s’appuierait un prochain gouvernement caquiste au cours des quatre prochaines années. Il était pour l’occasion accompagné d’Eric Girard, candidat dans Groulx et ministre des Finances.
Graham Hughes La Presse canadienne M. Legault a dévoilé le cadre financier «prudent», «responsable», «crédible» et «équilibré» sur lequel s’appuierait un prochain gouvernement caquiste au cours des quatre prochaines années. Il était pour l’occasion accompagné d’Eric Girard, candidat dans Groulx et ministre des Finances.

La Coalition avenir Québec évalue le coût de ses promesses électorales à 29,6 milliards de dollars sur quatre ans, dont quelque 21 milliards seulement pour le déploiement de son « bouclier anti-inflation ».

« Actuellement, la principale préoccupation des Québécois — tous les députés l’ont vu sur le terrain — c’est l’inflation, l’augmentation [du prix] de l’épicerie, du prix de l’essence, puis, plus récemment, des taux d’intérêt, en particulier chez les aînés qui ont de petites pensions », a fait valoir le chef caquiste, François Legault, lors de la présentation du cadre financier de la CAQ, à Saint-Jérôme samedi.

Il a invité les électeurs à « calculer » sur le site Web de la CAQ leur part du « bouclier anti-inflation » promis par sa formation politique. « Vous ne pouvez pas le manquer [le calculateur], il est en première page », a-t-il fait remarquer à cinq jours du premier face-à-face télévisé entre les chefs.

Les quatre mesures du « bouclier anti-inflation » grèveront les finances publiques. À elle seule, la baisse d’un point de pourcentage des taux d’imposition des deux premiers paliers à compter de 2023 privera le Fonds des générations de 7,4 milliards sur quatre ans. Pour sa part, le « montant ponctuel » de 400 $ ou de 600 $ consentis aux contribuables ayant gagné moins de 100 000 $ en 2021 coûtera plus de 3,5 milliards. La bonification de l’aide financière offerte aux aînés à revenu modeste de 411 $ à 2000 $ coûtera, elle, près de 7,9 milliards. Enfin, le plafonnement de la hausse des tarifs gouvernementaux à 3 % lors de poussées inflationnistes priverait l’État québécois de revenus de près de 2,2 milliards.

L’État québécois financera notamment les engagements électoraux de la CAQ à partir de « marges de manoeuvre » budgétaires additionnelles de 9 milliards. En effet, la CAQ anticipe une croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel plus soutenue (+ 0,5 %) de 2024 à 2027, ce qui se traduirait par des revenus supplémentaires de 3 milliards. Elle escompte aussi de faire des économies supplémentaires de 4 milliards en poursuivant la « révision des programmes ». « Je veux être clair : on parle de dépenses de programmes de 150 milliards en 2026-2027 et [d’une] révision de programmes de 1,5 milliard, donc 1 %. Donc, c’est juste une bonne pratique. Chaque année, il y a des programmes qui sont moins utilisés que d’autres », a relativisé le candidat dans Groulx, Eric Girard, qui a été porté à la tête du ministère des Finances à l’automne 2018. « Il reste beaucoup de travail à faire [pour réduire la bureaucratie] », a précisé de son côté M. Legault.

De plus grands déficits

 

Cependant, la CAQ n’entrevoit pas un retour à l’équilibre budgétaire avant l’année financière 2027-2028. Le parti politique de François Legault prévoit des déficits plus importants que ceux qu’il appréhendait dans le Rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec : 7,7 milliards en 2022-2023 (et non plus 729 millions) ; 2,1 milliards en 2026-2027 (et non plus 1,9 milliard) après des versements (revus à la baisse) au Fonds des générations et des prélèvements dans différentes réserves. « On se donne un objectif de cinq ans pour atteindre l’équilibre budgétaire », s’est contenté de dire M. Legault en conférence de presse.

Parole de caquistes : le ratio de la dette nette par rapport au PIB diminuera progressivement, pour passer de 38 % à 35,9 % de 2022 à 2026. « C’est nous qui réduisons le plus la dette en pourcentage du PIB. C’est important parce que cette dette-là, on la laisse à nos enfants », a souligné M. Legault avant d’égratigner les cadres financiers « imprudent » du Parti libéral du Québec et « déconnecté » de Québec solidaire. « Ce n’est pas le temps de jouer aux cow-boys avec l’argent des Québécois. L’argent ne pousse pas dans les arbres », a lancé le chef de la CAQ.

François Legault jure que le cadre financier « prudent », « responsable », « crédible » et « équilibré » sur lequel s’appuierait un gouvernement caquiste au cours des quatre prochaines années tient compte du « contexte mondial incertain » entraîné par la guerre en Ukraine, le bond des taux d’intérêt et le niveau de l’inflation. D’ailleurs, il prévoit une provision pour les risques économiques et autres mesures de soutien et de relance de 8 milliards, en plus d’un Fonds de suppléance de 2 milliards, a-t-il fait remarquer.

Et la « feuille de route » caquiste offre « un financement adéquat de tous les services aux citoyens » à commencer en santé et en éducation et en enseignement supérieur où elle prévoit une bonification des investissements à hauteur de, respectivement, 4,5 % et 3,5 %. « L’éducation reste la priorité des priorités pour la CAQ », a mentionné M. Legault, avant d’aborder les thèmes de l’environnement et de la culture.

Le PLQ, QS et le PQ choqués

 

La cheffe du PLQ, Dominique Anglade, appréhende une période d’« austérité » si la CAQ est réélue le 3 octobre prochain. « La révision de programmes, c’est la même chose que des coupures. C’est de l’austérité caquiste qui nous est annoncée. 1,5 milliard de coupures. Où vont-ils couper ? », a-t-elle demandé, tout en accusant l’équipe de François Legault de « s’invente [r] des revenus qui sont basés sur absolument rien sinon que du vent ».

De son côté, le porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a reproché à la CAQ pour n’avoir inscrit « rien, pas une cenne » de plus dans son cadre financier pour intensifier la lutte contre les changements climatiques. « Québec solidaire vous a présenté sa Vision 2030, François Legault vous présente aujourd’hui sa vision 1990. C’est un cadre financier d’une autre époque, c’est le plan d’un homme d’une autre époque », a-t-il gazouillé.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon, s’en est quant à lui pris aux baisses d’impôts promises par la CAQ, qui affaibliront à coup sûr, selon lui, « notre capacité à financer nos services publics ». « C’est un aller simple vers l’austérité. Qui plus est, on utilise le Fonds des générations pour financer une baisse d’impôt. Je ne trouve pas ça responsable », a-t-il dit, tout en s’engageant à présenter le cadre financier du PQ avant le premier des deux débats des chefs, jeudi.

Congé de cotisations au RRQ

 

Par ailleurs, Eric Girard a confirmé samedi qu’un prochain gouvernement de la CAQ donnera congé de cotisations au Régime des rentes du Québec (RRQ) aux travailleurs âgés de 65 ans et plus le souhaitant. La CAQ y voit une mesure de plus pour pallier la pénurie de main-d’oeuvre.

Avec Isabelle Porter

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