Mutinerie au parti municipal Québec 21

Éric Ralph Mercier
Photo: Capture d'écran Québec 21 Éric Ralph Mercier

Rien ne va plus au sein de Québec 21, le seul parti municipal de la capitale nationale à s’opposer au tramway. Son chef, Éric Ralph Mercier, a entrepris une purge au sein de ses troupes, déliant les langues à son endroit et provoquant le désaveu des deux autres élus de la formation.

Les deux premières victimes du coup de balai font partie de la haute hiérarchie du regroupement : Nathalie Blanchet, présidente du parti, et Richard Côté, chef de cabinet de la formation, ont tous deux appris leur congédiement par téléphone mardi.

« Des chefs, j’en ai vu », explique M. Côté, rappelant ses cinq mandats et ses 18 années passées en politique. « Malheureusement, Éric Ralph Mercier n’est pas un chef. Il n’en a pas la stature, il n’en a pas non plus la rigueur. »

Manque d’assiduité, préparation douteuse, invisibilité médiatique : la liste des récriminations à l’endroit de M. Mercier est longue et la grogne au sein du parti remonte à loin, indique-t-il. « Le 14 juin, le conseil d’administration a tenu une rencontre. Un membre a vraiment mis le chef dans le coin : il lui a dit qu’il n’était jamais dans les médias, qu’à la radio, il ne se passait absolument rien, que ses interventions au conseil de ville, c’était pitoyable. »

Après avoir été si vertement rabroué et si ouvertement contesté, Éric Ralph Mercier aurait demandé une période de réflexion pour préparer sa sortie prévue à l’automne. Puis, mardi, coup de théâtre : il appelle son chef de cabinet pour lui annoncer deux grandes décisions. « Il m’a dit qu’il restait chef et qu’il était forcé de me congédier parce que je ne lui faisais plus confiance. Je n’ai rien compris », témoigne M. Côté.

Au cours de l’été, Éric Ralph Mercier aurait demandé à son chef de cabinet s’il avait des chances de devenir un jour maire de Québec. « Il me demandait la vérité : je la lui ai dite », se souvient Richard Côté. « C’était non. »

« Un gars “spécial” »

Éric Ralph Mercier traînait quelques casseroles de son temps à la tête de la délégation du Québec au Mexique. Plusieurs allégations, notamment au sujet de son manque d’assiduité au travail, avaient fait surface à l’époque — des choses que le principal intéressé a toujours niées avec véhémence.

Richard Côté, lui, commence à croire en leur véracité. « Au début, il est arrivé en nous disant qu’il voulait amener une nouvelle vision au parti. Je me disais : “Wow, ça va être le fun !” Neuf mois plus tard, j’attends encore sa nouvelle vision. »

Les congédiements du chef de cabinet et de la présidente de Québec 21 ne semblent avoir fait l’objet d’aucune consultation au sein du caucus. Les deux autres élus du parti, Bianca Dussault et Jean-François Gosselin, l’ont seulement appris une fois le couperet tombé.

Jeudi, en fin de journée, ils ont tous deux publiquement désavoué leur chef. « Si j’étais lui, je ferais une sortie honorable et je quitterais », a lancé la conseillère Dussault depuis le parvis de l’hôtel de ville. Cette dernière a pris la place de M. Mercier en tant que porte-parole de la deuxième opposition officielle en signe de contestation de son leadership.

La dernière semaine est le reflet public des neuf mois de règne de M. Mercier, selon Richard Côté. « C’était brouillon. Nous essayions de camoufler quand ça n’avait pas d’allure, mais honnêtement, c’était pathétique. Ça va l’être plus encore parce qu’il est tout seul ; il n’a plus personne. »

En coulisse, M. Côté avoue qu’il appelait le capitaine de Québec 21 le « chef fantôme » en raison de ses absences répétées et de son allergie aux points de presse. Un quolibet qu’il ne renie pas aujourd’hui, alors que l’homme censé tenir le gouvernail semble déterminé à saborder le navire en entier. « C’est un gars “spécial”, je vais le dire comme ça », conclut Richard Côté.

Au moment où ces lignes étaient écrites, Le Devoir n’avait pas réussi à joindre Éric Ralph Mercier.

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