Le CHUM ne veut pas d’un REV sur la rue Viger

L’hôpital a fait parvenir une mise en demeure à la Ville de Montréal, soutenant que la piste cyclable nuirait à l’accès des ambulances.
Jacques Nadeau Le Devoir L’hôpital a fait parvenir une mise en demeure à la Ville de Montréal, soutenant que la piste cyclable nuirait à l’accès des ambulances.

Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) envisage de s’adresser aux tribunaux pour empêcher l’aménagement d’un Réseau express vélo (REV) devant l’entrée des ambulances, rue Viger. Le centre hospitalier, qui a fait parvenir une mise en demeure à la Ville de Montréal, estime que cette dernière fait la sourde oreille à ses préoccupations.

Dans une lettre envoyée à la mairesse Valérie Plante le 29 juin dernier, dont TVA a révélé l’existence mardi, la direction du CHUM dit être favorable à la pratique du vélo et à l’aménagement de pistes cyclables, mais elle estime que l’endroit choisi pour le futur REV — le côté nord de la rue Viger — n’est pas approprié. Chaque jour, une cinquantaine d’ambulances accèdent à l’urgence de l’hôpital par l’entrée située sur cette rue. Il arrive aussi que des ambulances se garent en bordure de rue après avoir déposé des patients lorsque le garage est plein ; des voitures de police s’y stationnent aussi à l’occasion.

« La circulation est extrêmement dense autour du quadrilatère du CHUM (Sanguinet, René-Lévesque, Saint-Denis et Viger). Pour une fluidité optimale, il est important de garder toutes ces voies ouvertes », soulignait d’ailleurs la p.-d.g. adjointe du CHUM, Danielle Fleury, dans sa lettre adressée à la mairesse Plante le mois dernier.

N’ayant pas obtenu de réponse de la Ville, le CHUM lui a fait parvenir une mise en demeure dans les jours suivants. Une rencontre entre des représentants du CHUM et des représentants de l’administration municipale a eu lieu lundi, mais selon Mme Fleury, la Ville n’a pas voulu déroger de sa position : le REV passera sur la rue Viger. « C’était un peu un dialogue de sourds. Selon nous, ce n’est pas sécuritaire pour les patients ni pour les cyclistes », a-t-elle fait valoir lors d’un entretien téléphonique.

Une bande cyclable était déjà présente quand le CHUM a emménagé dans son nouveau bâtiment, en 2017, mais elle est peu utilisée, selon Mme Fleury. La Ville de Montréal a annoncé son intention d’y aménager un REV dès 2019.

Un secteur achalandé

 

Plusieurs rencontres avec la Ville ont eu lieu dans les derniers mois, mais sans résultat satisfaisant pour le CHUM. « On ne nous proposait pas de solutions. Les seules solutions qu’on a eues [de la Ville], c’est du marquage et des débarcadères. On nous a suggéré que les ambulanciers et les voitures de police se stationnent sur Sanguinet, ce qui n’est pas viable avec les activités », soutient Mme Fleury.

Chaque jour, le CHUM accueille 4500 patients en consultation externe et en consultation ambulatoire, ainsi que 700 autres en radiologie. Pour sa part, l’urgence reçoit entre 170 et 220 patients quotidiennement.

La circulation est intense dans le secteur. De 300 à 500 véhicules s’immobilisent chaque jour sur la rue Sanguinet pour déposer des échantillons destinés aux laboratoires du CHUM, précise Mme Fleury. « On ne veut pas en faire une guerre entre les vélos et les automobiles. Ce qu’on souhaite, c’est de pouvoir discuter avec la Ville, de trouver des solutions, et que la Ville prenne conscience du type d’activités qu’on a au CHUM. On a peu de patients qui viennent à vélo ; il y en a très peu qui sont en forme. »

Danielle Fleury affirme que le CHUM ne privilégie pas la voie juridique pour en arriver à un accord, mais soutient que l’institution n’a pas d’autre choix. Elle envisage ainsi de déposer une demande d’injonction pour bloquer le projet. La Ville doit installer son REV ailleurs, estime le CHUM.

La Ville réplique

 

À la Ville, on s’étonne de l’attitude du CHUM et de sa sortie publique. « On est loin d’avoir fait la sourde oreille parce qu’on les a rencontrés [les dirigeants] à de nombreuses reprises pour ouvrir la discussion avec eux et trouver des façons d’aménager l’espace », soutient le conseiller Robert Beaudry, responsable de l’urbanisme au comité exécutif. « On a toujours été super ouverts, mais là, on nous répond avec une mise en demeure. C’est un peu particulier. »

Selon lui, aménager un REV à cet endroit n’est pas incompatible avec l’accès des ambulances à l’urgence, d’autant qu’une piste cyclable existe déjà sur la rue Viger depuis 12 ans et qu’aucune collision n’a été rapportée jusqu’à maintenant. De plus, assure-t-il, la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal serait favorable à ce projet.

De la signalisation, des avertisseurs sonores (comme aux entrées des casernes de pompiers) et des recouvrements de sol sont différentes options qui peuvent être envisagées, explique le conseiller Beaudry.

 

À l’heure actuelle, après avoir déposé des patients, les ambulances se stationnent dans la piste cyclable actuelle « pour remplir des papiers ». « Ce n’est pas une question d’urgence », dit l’élu. « On a proposé au CHUM de leur réserver des emplacements de stationnement sur la rue Sanguinet. Ça serait être plus fluide pour tout le monde, autant pour les cyclistes que les ambulances. Mais chaque fois qu’on a fait des propositions, il y avait un refus catégorique de les analyser. On est face aux gestionnaires immobiliers de l’hôpital, qui ne veulent pas travailler avec nous. »

Robert Beaudry précise que les travaux sur ce tronçon ne seront réalisés qu’en 2025. « On demande au CHUM de faire preuve d’ouverture. […] Cette sortie est un peu décevante. »

Le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville, Aref Salem, estime que l’administration Plante devrait être davantage à l’écoute des préoccupations du CHUM. « En ce moment, elle fait preuve d’une attitude cavalière. Nous l’invitons à une plus grande ouverture, à rediscuter avec lui et à se mettre à la recherche de solutions afin qu’un projet cyclable sécurisé voie le jour dans le secteur sans compromettre l’accès prioritaire aux services d’urgence. »

Favorable aux REV, la DRSP de Montréal rappelle que celui prévu sur la rue Viger est un projet pilote de trois ans géré par la Ville. Le retrait d’une voie de circulation réduirait le débit de circulation, souligne-t-on. « Qu’il y ait ultimement un REV ou non, ce secteur doit être sécurisé pour tous les usagers sans que cela nuise aux activités de l’hôpital », précise par courriel Jean Nicolas Aubé, conseiller aux relations médias de la DRSP de Montréal. « Nous sommes prêts à soutenir le projet pilote et à l’évaluer pour trouver les meilleures pistes de solution. »

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