Le mouvement #CancelCanadaDay se poursuit cette année

Des événements organisés par des groupes autochtones se tiendront vendredi, dans la foulée du mouvement #CancelCanadaDay, qui a d’abord émergé en 2021 après la découverte de tombes anonymes près de pensionnats.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Des événements organisés par des groupes autochtones se tiendront vendredi, dans la foulée du mouvement #CancelCanadaDay, qui a d’abord émergé en 2021 après la découverte de tombes anonymes près de pensionnats.

Des militants autochtones de partout au pays réclament, pour une deuxième année, d’annuler la fête du Canada. Ils estiment qu’il n’y a « pas de fierté » à célébrer le 1er juillet, alors que de nouvelles tombes anonymes ont été trouvées près de pensionnats ces derniers mois.

Lors de la fête du Canada, les gens devraient « se sentir coupables plutôt que d’agiter des drapeaux », soutient Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal. Elle souligne le racisme systémique touchant les peuples autochtones, en plus des découvertes potentielles de restes d’enfants près de pensionnats qui se poursuivent cette année. « C’est très difficile », souffle-t-elle.

En mars dernier, la communauté de la première nation Kapawe’no, au nord de l’Alberta, a révélé la possible découverte de 169 tombes anonymes aux abords d’un ancien pensionnat fédéral.

Des événements organisés par des groupes autochtones se tiendront donc vendredi, dans la foulée du mouvement #CancelCanadaDay, qui a d’abord émergé en 2021 après la découverte de tombes anonymes près de pensionnats. Plusieurs activités visant à commémorer les enfants autochtones disparus auront lieu à travers le pays, notamment à Edmonton, Winnipeg, ainsi qu’à Saskatoon.

Le travail « n’est pas encore commencé »

Lors du 1er juillet dernier, des milliers de personnes ont marché dans les rues de Montréal, Ottawa, Toronto, Winnipeg et Vancouver. Le chandail orange, porté en hommage aux enfants victimes des pensionnats, était à l’honneur. « Nous avions besoin de nous réunir pour exprimer notre douleur », raconte Nakuset, qui avait organisé l’évènement montréalais.

Une semaine avant la fête du Canada, la Première Nation de Cowessess avait révélé la détection de 751 tombes anonymes par un radar sur le site de l’école résidentielle de Marieval, en Saskatchewan. Un mois avant, la nation Tk’emlúps te Secwépemc avait annoncé avoir détecté les possibles restes de 215 enfants, dans des sépultures non marquées au pensionnat de Kamloops. Certaines villes, notamment au Nouveau-Brunswick, avaient annulé leurs festivités dans la foulée de ces découvertes.

Un an plus tard, Nakuset déplore le silence de la population générale au sujet des enjeux autochtones. « C’est comme si cette année, pour la fête du Canada, on devait oublier et passer à autre chose, déplore-t-elle. Mais le travail n’a même pas commencé. » Des questions demeurent en suspens quant aux circonstances entourant ces tombes anonymes, fait-elle valoir. Selon elle, les témoignages des personnes impliquées doivent être entendus.

Il reste encore plusieurs sites d’écoles résidentielles à fouiller, souligne Janis Qavavauq-Bibeau, coordonnatrice de recherche du Foyer pour femmes autochtones de Montréal. La jeune Inuk estime donc qu’il « n’y a pas de fierté à célébrer la fête du Canada ». Être Canadien signifie aussi reconnaître « le côté sombre de l’Histoire » et les « histoires d’horreur » du pays, soulève-t-elle.

Reconnaître et commémorer

 

Pour Médérik Sioui, historien et consultant, le 1er juillet pourrait être l’occasion de sensibiliser la population aux réalités des Premières Nations, Métis et Inuit du pays. « Je suis plus pour l’organisation d’activités et d’évènements, dit le membre de la Nation huronne-wendat. Quelque chose pour reconnaître et commémorer [les peuples autochtones], plus que d’annuler [la fête du Canada]. »

S’il existe déjà une journée nationale des Autochtones, le 21 juin, la plupart des Canadiens n’ont pas congé à cette date, fait remarquer M. Sioui. Le fait de marcher et de parler des enjeux autochtones lors du 1er juillet permettrait d’avoir une plus grande visibilité, selon lui. « S’il y a beaucoup d’orange parmi le blanc et rouge [des drapeaux du Canada], ça va vouloir dire quelque chose », soulève-t-il.

Mais il est nécessaire de poursuivre la réflexion tout au long de l’année, souligne Widia Larivière, directrice fondatrice de Mikana, un organisme de sensibilisation aux réalités autochtones. « Je ne voudrais pas que les gens portent leurs chandails oranges demain et qu’après ils passent à autre chose », affirme cette membre de la Nation anichinabée.

Avec La Presse canadienne

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