Sommet de l’OTAN: le rôle du Canada incertain face au conflit en Ukraine

Les dirigeants des pays de l’OTAN, dont le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, se sont réunis afin de discuter des moyens de répondre à l’invasion russe de l’Ukraine.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne

Les dirigeants des pays de l’OTAN, dont le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, se sont réunis afin de discuter des moyens de répondre à l’invasion russe de l’Ukraine.

Plus de quatre mois après que les troupes russes ont envahi l’Ukraine, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui entame mercredi à Madrid un sommet de ses dirigeants, se dit prête à entreprendre la plus importante refonte de ses capacités de dissuasion depuis la guerre froide.

Les dirigeants des pays de l’OTAN, dont le premier ministre du Canada Justin Trudeau, se sont réunis afin de discuter des moyens de répondre à l’invasion russe de l’Ukraine.

« Nous nous réunissons au milieu de la crise de sécurité la plus grave à laquelle nous ayons été confrontés depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à son arrivée au sommet mercredi. « Ce sera un sommet transformateur parce que nous prendrons des décisions historiques. »

Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, devrait s’adresser aux dirigeants au début de la réunion, dans la foulée de nouvelles attaques russes contre des civils de son pays, dont celle de lundi sur un centre commercial de Krementchouk, dans le centre de l’Ukraine, qui a tué au moins 18 personnes.

L’OTAN a régulièrement renforcé sa présence près des frontières russes avant l’agression de l’Ukraine, dans le but de dissuader la Russie de se battre avec une nation alliée. Mais si la Russie devait pénétrer sur le territoire de l’OTAN, cela déclencherait une guerre impliquant des dizaines de pays, car une attaque contre une nation alliée est considérée comme une attaque contre les 30 membres de l’alliance atlantique.

Le président de la Russie, Vladimir Poutine, a présenté les aspirations de l’Ukraine à rejoindre l’OTAN comme l’une des justifications de l’invasion.

Sommet du G7

 

Lors du sommet des pays du G7 tenu plus tôt cette semaine en Allemagne, le chancelier Olaf Sholz a déclaré qu’il fallait « être prudent afin d’aider l’Ukraine autant que possible, tout en évitant qu’il y ait un grand conflit entre la Russie et l’OTAN. »

Le secrétaire général Stoltenberg a signalé que davantage de troupes sont désormais requises et qu’un état de préparation accru sera nécessaire pour tenir la Russie à distance.

La principale contribution du Canada au front contre la Russie se trouve en Lettonie, une nation balte située le long de la frontière ouest de la Russie, où le Canada dirige un groupement tactique de 2000 militaires depuis 2017. Des unités similaires dirigées par l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis sont réparties sur la côte sud de la mer Baltique.

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les membres de l’OTAN ont convenu de créer quatre autres groupements tactiques en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie, étendant ainsi le front oriental de l’alliance jusqu’à la mer Noire.

Plus tôt cette semaine, Jens Stoltenberg a déclaré que le nombre de soldats dans ces groupes tactiques doublerait pour atteindre entre 3000 et 5000. L’alliance atlantique augmente également considérablement le nombre de forces qui seraient prêtes à réagir rapidement en cas de guerre à grande échelle, de 40 000 à 300 000, mais on ignore si le Canada contribuera à faire croître cette présence militaire de même que les fonds nécessaires.

Selon David Perry, analyste de la défense et de la politique étrangère à l’Institut canadien des affaires mondiales, « il semble que l’alliance cherche à faire des annonces concrètes sur l’augmentation de ses capacités réelles, sur une meilleure préparation, mais il faut voir si le Canada a des ressources à ce sujet ».

Le premier ministre Trudeau a dit que c’est ce dont il parlera avec d’autres dirigeants à Madrid. « Nous, comme d’autres, élaborons des plans pour pouvoir réagir rapidement », a-t-il déclaré lors d’un point de presse en Allemagne, mardi, à l’issue du sommet du G7.

Lors d’une rencontre en tête-à-tête avec M. Trudeau avant la réunion de l’OTAN, Jens Stoltenberg a tout de même fait l’éloge du Canada pour ses contributions à l’alliance. « C’est formidable de voir à quel point le Canada joue vraiment un rôle clé dans le renforcement de la dissuasion et de la défense de l’OTAN au milieu de la plus grave crise de sécurité à laquelle nous ayons été confrontés depuis la Seconde Guerre mondiale en Europe. »

Pourtant, le Canada ne respecte déjà pas la promesse faite à l’OTAN de consacrer 2 % de son Produit intérieur brut (PIB) à la défense militaire. D’ailleurs, un rapport publié par M. Stoltenberg estime que les dépenses de défense du Canada diminueront plutôt en pourcentage du PIB à 1,27 % cette année, contre 1,32 % l’an dernier et 1,42 % en 2020.

Le sommet accueillera également de nouveaux partenaires potentiels en Europe et en Asie. Des délégations de Suède et de Finlande, qui ont demandé à rejoindre l’OTAN, seront présentes, et le premier ministre du Japon, Fumio Kishida, et le président de la Corée du Sud, Yoon Suk-yeol, seront les premiers dirigeants de leurs pays respectifs à participer à un sommet de l’OTAN.

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