Ottawa déplore la situation «inacceptable» dans les bureaux de passeports et réalloue des ressources

«On comprend que les gens font face à des délais inacceptables, une situation extrêmement difficile, mais nous continuons notre travail tous les jours pour régler cette situation et nous allons la régler», a dit le premier ministre, Justin Trudeau.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne «On comprend que les gens font face à des délais inacceptables, une situation extrêmement difficile, mais nous continuons notre travail tous les jours pour régler cette situation et nous allons la régler», a dit le premier ministre, Justin Trudeau.

La situation dans les bureaux de passeports est « inacceptable », a tranché mardi le premier ministre Justin Trudeau, pendant que son gouvernement tentait de rediriger vers Service Canada des ressources additionnelles en provenance d’autres entités de l’appareil fédéral. Un système de billets est en cours d’implantation pour éviter que les voyageurs fassent la file jour et nuit.

« On comprend que les gens font face à des délais inacceptables, une situation extrêmement difficile, mais nous continuons notre travail tous les jours pour régler cette situation et nous allons la régler », a-t-il dit durant la période des questions.

Plus tôt dans la journée, la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, a indiqué que son ministère était venu en renfort. « La demande nous a déjà été faite, et il y a des ressources qui ont été prêtées pour aider à Passeport Canada, mais il faut comprendre que pendant cette période-là, il fallait aussi traiter la saison des impôts », a-t-elle affirmé en mêlée de presse.

La ministre de la Famille, Karina Gould, responsable du dossier, a fait savoir que des discussions étaient en cours pour dégager davantage de soutien tant du côté du ministère du Revenu national que de celui de l’Immigration, en plus d’Affaires mondiales Canada.

« Nous allons bien sûr chercher des ressources [peu importe] d’où elles viennent. Même dans mon ministère, nous avons réaffecté des centaines de personnes à l’interne aussi », a-t-elle soutenu. La ministre Gould a souligné, de nouveau, que les employés de Service Canada travaillent des heures supplémentaires, y compris durant les week-ends, et que certains membres du public sont reçus sur rendez-vous en dehors des heures normales.

En soirée, interviewée au Téléjournal de Radio-Canada, l’élue a également avancé qu’un système de rendez-vous avec billets avait été mis en place pour éviter que des voyageurs doivent attendre en file jour et nuit. La ministre a également reconnu que la situation « inacceptable » à Montréal était « la plus difficile de tout le pays ».

Lors du passage du Devoir devant le bureau de Service Canada au Complexe Guy-Favreau, mardi en fin d’avant-midi, l’ambiance était tendue. Au moins neuf voitures de police étaient stationnées à l’extérieur du bâtiment, et des dizaines de personnes patientaient déjà dans des campements de fortune à l’extérieur afin d’obtenir un rendez-vous le lendemain. À l’intérieur, plus d’une dizaine de policiers régulaient l’accès aux escaliers roulants qui mènent à l’étage du bureau des passeports, tandis que plus d’une centaine de personnes patientaient à l’étage du bas.

Pour une deuxième journée d’affilée, François était en file devant le local bondé. « J’ai eu un rendez-vous hier, mais ils ont oublié de photocopier mon ancien passeport, alors ils m’ont dit de revenir », a-t-il confié, désemparé parmi la foule morose.

« La maison des fous »

Durant la période des questions aux Communes, conservateurs et bloquistes ont aussi maintenu la pression en talonnant le premier ministre Trudeau sur ce dossier.

 

Le leader adjoint de l’opposition officielle, Luc Berthold, a qualifié la situation de « crise nationale », pendant que le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a parlé de « la maison des fous ».

« Avant de partir, cette semaine, en voyage, est-ce que le premier ministre a envie d’essayer ça, dormir à la pluie pendant deux jours ? » a raillé le chef bloquiste.

M. Trudeau a répondu que les efforts continuent d’être déployés pour endiguer la crise.

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, estime que les renforts en provenance d’autres ministères sont dus de longue date. « Ça semble pour l’instant un peu trop peu, trop tard, mais il faut quand même mettre l’effort nécessaire, et espérons que les nouvelles personnes vont réussir à accélérer le processus », a-t-il dit en entrevue.

Pourquoi ne pas garder les bureaux de passeports ouverts 24 heures sur 24, sept jours sur sept ? À cette question, la ministre Gould a répondu que cela comporte des défis puisque les employés doivent aussi prévoir du temps pour traiter les dossiers reçus.

« Dans les heures de service et, bien sûr, après les heures normales, le personnel de Service Canada est toujours en train de recevoir les documents, mais il a aussi besoin de faire les vérifications, d’imprimer les documents », a-t-elle affirmé

Québec doit faire plus, disent QS et le PQ

Le gouvernement Legault doit faire plus que des « tweets » pour presser Ottawa de régler les ratés qui privent des Québécois de passeports, affirment des partis de l’opposition. Le député de Québec solidaire Alexandre Leduc a soutenu mardi que la réaction du gouvernement du Québec, et de sa ministre des Relations intergouvernementales canadiennes, Sonia LeBel, était insuffisante jusqu’ici, soulignant qu’elle doit « faire pression pour que les services auxquels nous avons droit soient rendus ». En matinée, la ministre LeBel avait utilisé les réseaux sociaux pour inviter Ottawa à trouver une solution afin de traiter « plus adéquatement les demandes ». Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, s’est indigné en ligne de la méthode de communication employée par la ministre, écrivant avec ironie que la ministre « passe désormais par Twitter pour lancer des “invitations” au fédéral. Comme une bouteille à la mer. On sent tout le rapport de force ».

Alexandre Robillard


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