Legault veut recentrer son message sur l’économie pour la campagne électorale

«On va en parler pendant l’élection, mais je m’attends à parler pas mal plus d’économie et d’inflation que de cet enjeu-là [la souverainté]», a déclaré le premier ministre François Legault vendredi, en conférence de presse,
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «On va en parler pendant l’élection, mais je m’attends à parler pas mal plus d’économie et d’inflation que de cet enjeu-là [la souverainté]», a déclaré le premier ministre François Legault vendredi, en conférence de presse,

Après deux semaines où les débats ont été dominés par l’immigration et la place du Québec dans le Canada, le premier ministre François Legault a conclu les travaux parlementaires, vendredi, en affirmant son intention qu’il parlera davantage d’économie durant la prochaine campagne électorale afin d’obtenir « un mandat fort ».

M. Legault n’a pas précisé combien d’élus il veut ajouter à son caucus qui en compte actuellement 76. Le premier ministre s’est montré satisfait de la performance de son homologue ontarien Doug Ford, dont la majorité est passée récemment de 76 à 83 sièges sur les 124 que compte Queen’s Park.

« J’ai eu l’occasion de lui parler longuement la fin de semaine passée et il a eu un bon mandat, a-t-il dit. Oui, il a eu un mandat fort. »

M. Legault a répété qu’une forte délégation de députés caquistes l’aiderait à convaincre les partis fédéraux de l’importance de lui céder tous les pouvoirs en immigration dans le but de protéger l’avenir du français au Québec.

Fin mai, M. Legault a donné des munitions à ses adversaires en évoquant la possibilité que le Québec devienne la prochaine Louisiane puis annonçant ces derniers jours que deux candidats auparavant associés à la souveraineté, Caroline St-Hilaire et Bernard Drainville, se joignaient à la Coalition avenir Québec (CAQ). Vendredi, M. Legault a donné l’indication d’une réorientation de son message.

« Si on veut convaincre les partis fédéraux de l’importance de nous céder des pouvoirs en matière d’immigration, il faut que plus de Québécois soient d’accord avec ça et y voient une priorité, a-t-il déclaré en conférence de presse. Il y a plusieurs façons de faire ça. On va en parler pendant l’élection, mais je m’attends à parler pas mal plus d’économie et d’inflation que de cet enjeu-là. »

M. Legault tentera de convaincre les électeurs que son équipe a les qualités pour affronter les incertitudes économiques.

« J’ai l’impression que dans les trois prochains mois on va parler beaucoup d’économie, a-t-il assuré. Vous avez vu les marchés boursiers, vous voyez l’incertitude concernant une récession éventuelle. Avoir une bonne équipe économique, je pense que ça va faire partie des discussions. »

Après l’adoption de la réforme de la loi 101 et de la loi sur la laïcité, au cours du mandat actuel, M. Legault se concentrera sur l’immigration s’il est réélu.

« On aura, si les Québécois nous choisissent, l’occasion de trouver toutes sortes de forums pour en parler davantage », a-t-il dit.

Droit à l’autodétermination

Après l’ajournement de vendredi, il faudra attendre l’élection d’un nouveau gouvernement pour la reprise des travaux parlementaires, à la fin de l’automne. M. Legault s’est engagé à cesser toutes les annonces de son gouvernement après le 1er juillet, « à part exception ».

« Il y a une mauvaise habitude de certains gouvernements de faire beaucoup d’annonces à l’aube des élections », a-t-il justifié.

M. Legault a rejeté toute responsabilité pour la résurgence du débat sur la souveraineté et le fédéralisme, qui a suivi l’annonce des candidatures de Mme St-Hilaire et M. Drainville. Le chef caquiste a été forcé de répéter plusieurs fois que le projet nationaliste de la CAQ est à l’intérieur du Canada.

« Il y a deux vieux partis qui sont habitués d’avoir le débat souverainistes-fédéralistes, a-t-il dit vendredi. Il y a des journalistes qui aimeraient ça qu’on revienne dans un débat fédéralistes-souverainistes. Mais les Québécois ne sont plus là. »

M. Legault a évoqué la possibilité d’inclure le droit du Québec à l’autodétermination dans un éventuel projet de constitution québécoise.

« C’est discuté actuellement, encore une fois je vous demande d’être patients, a-t-il dit aux journalistes. On aura une plateforme électorale. Y aura-t-il une constitution québécoise et qu’y aura-t-il dedans, on n’est pas là encore. »

En plus du retour de ce débat qui est venu entraver sa fin de session parlementaire, une nouvelle demande d’enquête sur l’éthique du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, l’a également forcé à le défendre. Ce rebondissement a fait ressurgir des propos de Bernard Drainville qui, quand il était chroniqueur politique, accusait M. Fitzgibbon de « je-m’en-foutisme » et de « désinvolture » face aux règles éthiques.

M. Legault a laissé entendre que M. Drainville, qui réagissait à un rapport de la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, avait fait une déclaration en s’appuyant sur un portrait incomplet de la situation de M. Fitzgibbon.

« M. Drainville était un commentateur, il y a de l’information qu’il faut avoir de façon détaillée pour vraiment bien commenter, a-t-il dit. Je pense que Pierre a toujours respecté une règle de base, pas se mettre en conflit d’intérêts. »

Anglade rêve d’une majorité

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a beau stagner dans les sondages, il entend regagner la majorité en octobre en récoltant au moins 63 sièges.

 

Dans le cadre du bilan de la 42e législature, la cheffe libérale Dominique Anglade a dit être « confiante » en vue du prochain scrutin. Elle souhaite former un gouvernement majoritaire, malgré les intentions de vote qui placent le parti à 18 %, selon le dernier sondage Léger de mai dernier. Cela représente un point de plus que le coup de sonde réalisé un mois plus tôt.

Le gouvernement de François Legault est celui de « l’arrogance et de la division », a martelé Dominique Anglade. La Coalition avenir Québec (CAQ) a fait « passer les intérêts partisans devant ceux des Québécois », a-t-elle déploré, ajoutant au passage que seul son parti défendait la cause du Québec dans le Canada.

Au terme d’une semaine marquée par le débat sur l’indépendance, le caucus « résolument fédéraliste » du PLQ a clos la session en entonnant la version bilingue du Ô Canada, puis Gens du pays, dans une salle de commission de l’hôtel du Parlement.

Au sujet du départ de 13 membres du caucus libéral, Dominique Anglade a dit être en train « d’assurer le renouveau de la formation politique », tout en bâtissant sur l’héritage du parti. Ceux qui partent « sont des personnes qui ont contribué durant des années et qui ont rendu meilleurs » les députés qui se représentent, a-t-elle souligné.

Gabriel Nadeau-Dubois a « pris de l’expérience »

Dix ans après le printemps érable, Gabriel Nadeau-Dubois demandera cette fois aux Québécois de l’appuyer comme premier ministre du Québec. L’élu de Québec solidaire assure avoir pris « de l’expérience ». « Il n’y a personne qui ne change pas », a-t-il dit, lui qui avait été critiqué par une importante part de la population pour son implication dans le mouvement étudiant en 2012.

Québec solidaire est appelé à grandir, croit « GND ». L’élection d’octobre sera l’occasion de faire des gains, a-t-il affirmé, sans dire combien. « La CAQ patche les crises comme on patche des nids-de-poule au Québec. Ça ne marche pas, ce n’est pas sérieux, on ne peut pas patcher la crise du coût de la vie », a-t-il soutenu.

« Rien n’est joué »

Le Parti québécois (PQ) perdra au moins trois de ses députés d’ici octobre. Des poids lourds comme les ex-ministres Véronique Hivon et Sylvain Gaudreault quittent le navire.

Malgré tout, son chef, Paul St-Pierre Plamondon amorce l’été électoral en se disant que « rien n’est joué ». « Je ne pense pas que les sondages sont un bilan d’un gouvernement, a-t-il affirmé lors du bilan de la législature de son parti. Regardez attentivement les problèmes réels, dans la vie des gens, qui demeurent après quatre ans de la CAQ, écoutez les groupes qui se disent ouvertement insatisfaits du gouvernement. »

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