L’usine d’épuration des eaux usées de Terrebonne dans la mire de la VG

L’explosion des coûts de la station d’épuration des eaux usées de Terrebonne est notamment attribuable à une mauvaise planification et au choix technologique retenu, selon la VG.
Ville de Terrebonne L’explosion des coûts de la station d’épuration des eaux usées de Terrebonne est notamment attribuable à une mauvaise planification et au choix technologique retenu, selon la VG.

L’explosion des coûts de la station d’épuration des eaux usées de Terrebonne est notamment attribuable à une mauvaise planification et au choix technologique retenu, qui ont fait passer la facture de 11 millions de dollars, en 2011, à 99 millions dix ans plus tard, estime la vérificatrice générale (VG) de la Ville de Terrebonne, Sonya Guilbault.

Dans son rapport annuel déposé au conseil municipal lundi soir, la VG se penche sur l’évolution du projet d’usine d’épuration lancé par l’administration de l’ancien maire, Jean-Marc Robitaille.

À l’origine, le projet visait à répondre à la demande anticipée en matière de gestion des eaux usées en raison de l’augmentation de la population de la ville, la couronne nord de Montréal étant la région de la Communauté métropolitaine de Montréal où la croissance démographique était la plus élevée.

Les coûts grimpent

 

Au fil des années cependant, le dossier a connu plusieurs embûches. La solution technologique des boues activées à aération prolongée ayant été retenue, dès 2015, à l’étape des plans et devis, la facture a grimpé à 44 millions. En 2021, au moment de la réception des soumissions — qui étaient limitées à deux — dans le cadre d’un appel d’offres, la facture est passée à 87 millions. Le contrat a finalement été octroyé en octobre dernier par le conseil municipal au montant de 99 millions, soit neuf fois l’estimation initiale.

À quoi est attribuable cette évolution vertigineuse ? L’absence d’encadrement et une planification déficiente qui n’a pas permis d’établir les besoins de conception de façon rigoureuse, estime la VG. « Ils se sont retrouvés avec des omissions importantes. Après les premières études, à l’étape des plans et devis, il y avait des composantes techniques qui requéraient un plus grand bâtiment, mais ils ont oublié le bâtiment dans l’analyse des options. Ça représentait 10 millions de dollars », explique Sonya Guilbault, en entrevue au Devoir.

Et à l’étape des soumissions, en 2021, des exigences du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques n’ont pas prises en compte. Ces éléments auraient dû dès le départ être prévus, dit-elle.

Le temps a aussi joué en défaveur de la Ville, notamment en raison des technologies disponibles qui ont évolué au fil des années et de l’inflation.

Malgré le coût élevé du projet, Sonya Guilbault note que la Ville a pris certaines précautions. Elle a ainsi prévu deux phases de réalisation de manière à pouvoir hausser la capacité de l’usine si nécessaire. Quant au choix de technologie de traitement aux boues activées, elle estime que c’est une bonne option. « Je ne pense pas que la Ville de Terrebonne va faire une erreur, mais ont-ils toutes les informations pour s’assurer que c’est l’option la plus économique ? Clairement non », explique-t-elle.

Allégations de conflit d’intérêts

Le dossier de l’usine d’épuration des eaux avait aussi attiré l’attention médiatique, non seulement en raison de l’augmentation des coûts, mais également à cause d’allégations de conflits d’intérêts. Sous contrat depuis 2017 pour la conception des plans et devis et la surveillance du chantier de l’usine, la firme FNX-INNOV avait entrepris des négociations pour faire l’acquisition de l’entreprise CWA, qui devait réaliser certains travaux. CWA était un sous-traitant de CRT Construction qui, en octobre 2021, a obtenu le contrat de construction de l’usine.

En mars dernier, l’Autorité des marchés publics a cependant informé la Ville qu’après analyse du dossier, aucun manquement n’avait été révélé. FNX-INNOV s’est toutefois retirée de la surveillance du chantier pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts.

Selon Le Journal de Montréal, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a ouvert une enquête sur cette affaire, mais lundi, celle-ci n’a pas voulu confirmer cette information « afin de ne pas compromettre la collecte de renseignements ».

De son côté, la VG de la Ville de Terrebonne s’est dite satisfaite des mesures de mitigation mises en place par la Ville.

Rappelons que la Ville de Terrebonne a déjà été dans la mire de l’UPAC dans le passé. En 2016, le maire Jean-Marc Robitaille avait démissionné de ses fonctions dans la foulée de perquisitions effectuées à l’hôtel de ville. Il avait alors admis avoir séjourné sur le bateau de l’entrepreneur Tony Accurso. Il avait été finalement été arrêté en 2018 et accusé d’abus de confiance et de corruption dans les affaires municipales. Il avait obtenu un arrêt des procédures en octobre dernier, la Cour ayant estimé que la poursuite avait enfreint les règles de procédure dans cette affaire.

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