Les conservateurs reprennent le pouvoir en Ontario

Le chef du Parti progressiste-conservateur Doug Ford
Photo: Chris Young La Presse canadienne Le chef du Parti progressiste-conservateur Doug Ford

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, du Parti progressiste-conservateur, a été réélu jeudi soir. Son parti a obtenu un mandat majoritaire des Ontariens. Les électeurs ont suivi la tradition, eux qui donnent habituellement au moins deux mandats à leurs premiers ministres.

Doug Ford a lancé un message d’espoir et d’inclusion à ses partisans rassemblés dans une salle de conférences d’Etobicoke. « Votre passion me motive », a-t-il déclaré durant son discours de victoire, devant une foule qui scandait son nom. Son parti, dit-il, a « un potentiel formidable ». « Nous changeons la définition de “progressiste-conservateur” », a poursuivi le chef, qui dit avoir offert à certains électeurs une nouvelle équipe politique.

Le chef conservateur a passé la majorité de sa campagne loin des caméras et des journalistes, tout comme ses candidats, qui ont refusé la plupart des entrevues et participé à peu de débats locaux. Si la tactique n’a pas fait l’affaire de certains, elle a à tout le moins eu les résultats escomptés pour les conservateurs, qui étaient en avance dans les sondages du début à la fin de la campagne.

Le parti de Doug Ford était en voie de remporter 83 circonscriptions au moment où ces lignes étaient écrites. 63 sièges sont nécessaires pour obtenir une majorité à Queen’s Park. Les conservateurs en avaient remporté 76 lors de la dernière élection. Le parti a réalisé des gains dans plusieurs régions de la province, dont le nord et le sud-ouest.

Des départs dans l’opposition

C’est le NPD qui formera l’opposition officielle lors de la prochaine législature, mais le parti aura un visage différent lorsque les députés seront de retour à Toronto au cours des prochaines semaines : la cheffe Andrea Horwath a annoncé en pleurs devant ses partisans qu’elle démissionnerait de son poste après quatre élections à la tête du parti. « Il est temps pour moi de passer le flambeau », a-t-elle laissé tomber.

Son parti était en voie de gagner 31 circonscriptions au moment où ces lignes étaient écrites, soit neuf de moins que lors de la dernière élection. Le parti a perdu des courses aux mains des conservateurs dans des circonscriptions qu’il détenait depuis longtemps, comme Essex, dans le sud-ouest de l’Ontario et Timmins, dans le nord de l’Ontario.

Le chef libéral Steven Del Duca, l’air déçu, a lui aussi remis sa démission. Le leader libéral, qui a mené le parti à partir de son domicile depuis deux ans, n’a même pas été élu dans sa circonscription, Vaughan-Woodbridge. Le chef libéral tentait de regagner le siège qu’il avait perdu aux mains du conservateur Michael Tibollo en 2018. Durant la dernière semaine de campagne, Steven Del Duca a laissé entendre qu’il ne s’en allait nulle part.

Les libéraux espéraient retourner à tout le moins à l’opposition officielle après avoir passé quinze au pouvoir, de 2003 à 2018. Mais non seulement demeurent-ils la deuxième opposition, ils pourraient ne pas obtenir le statut de parti officiel puisqu’ils sont en avance que dans huit circonscriptions. L’élection de 12 députés est nécessaire pour obtenir le statut, qui permet aux partis d’obtenir du financement public. Le parti n’avait pas ce statut officiel au cours des quatre dernières années non plus.

Faiblement engouement

 

Les trois partis ont peiné à attirer l’attention des électeurs tout au long de la campagne. Au moment où ces lignes étaient écrites, Élections Ontario rapportait que seulement 43 % des électeurs avaient exercé leur droit de vote. Si le taux de participation se maintient, il s’agirait du plus faible taux de l’histoire de la province. Pour la deuxième fois en 15 ans, moins de la moitié des Ontariens ont voté.

Selon différents experts interrogés par Le Devoir avant la campagne, le désintérêt pour la politique est avant tout identitaire : les Ontariens s’associent avant tout en tant que Canadiens, ils portent donc moins attention aux enjeux provinciaux qu’ailleurs. Cette culture politique, ainsi que la décision des conservateurs de se faire discrets durant la campagne, aura peut-être eu pour effet de limiter le taux de participation.

Champ libre

 

Quoi qu’il en soit, plus de 1,8 million d’Ontariens ont choisi de voter pour Doug Ford. Ce dernier gouvernera avec un mandat plus fort et avec devant lui deux partis sans chef. Les conservateurs n’ont pas publié de plateforme chiffrée durant la campagne (ils avaient fait la même chose en 2018) mais ils ont présenté certains de leurs grands projets dans le budget déposé à une semaine de l’élection. Ce dernier n’a pas eu le temps d’être adopté avant le déclenchement.

La construction de l’autoroute 413 dans la couronne nord est l’une des idées phares du parti. Le projet pourrait réduire la circulation de 30 minutes pour les automobilistes selon les conservateurs. Des groupes environnementaux s’y opposent toutefois puisque le tracé de l’axe routier traverse entre autres la ceinture de verdure de la province, censée protéger les terres agricoles et les forêts.

Doug Ford ne rendra vraisemblablement pas publiques, non plus, les lettres de mandat envoyées à ses ministres. Ces lettres indiquent habituellement les priorités des ministres. Les conservateurs n’ont pas rendu les lettres publiques en 2018, malgré une demande d’accès à l’information du réseau CBC, qui cherchait à les obtenir. Le parti se rendra bientôt en Cour suprême pour empêcher leur divulgation au réseau de nouvelles.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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