Doug Ford ne s’oppose pas au projet de loi 96

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford continue de faire campagne en vue des élections du 2 juin prochain.
Chris Young La Presse canadienne Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford continue de faire campagne en vue des élections du 2 juin prochain.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, n’a pas d’inquiétude par rapport au projet de loi 96, qui préoccupe des milliers d’anglophones au Québec.

Lorsqu’interrogé par Le Devoir sur le projet de loi 96, une réforme de la Charte de la langue française qui a été adoptée à l’Assemblée nationale mardi, Doug Ford a affirmé qu’il avait une relation « phénoménale » avec François Legault et qu’il appuierait le chef caquiste. Le chef conservateur a fait connaître son opinion sur le projet de loi mardi dans une usine au sang québécois. Il se trouvait dans une usine de l’entreprise Alstom, qui a racheté la division des transports de Bombardier en 2020.

Le message de Doug Ford contraste avec celui qu’avait François Legault en 2018, lorsque le gouvernement ontarien a fait des coupes dans les services aux Franco-Ontariens. En début de mandat, Doug Ford a annulé le projet de création d’une université francophone à Toronto et éliminé le poste de commissaire indépendant aux services en français, le chien de garde des Franco-Ontariens. François Legault s’était dit « déçu » de la décision du premier ministre ontarien.

Le premier ministre québécois avait alors demandé à son collègue ontarien de revenir sur sa décision. « Je lui ai dit que c’est important que les deux peuples fondateurs du Canada soient bien servis », avait raconté François Legault après une rencontre avec Doug Ford, quelques jours après l’annonce des compressions.

Le chef conservateur est finalement partiellement revenu sur sa décision. En 2021, l’Université de l’Ontario français a officiellement ouvert ses portes grâce à une entente de financement avec le fédéral. Le commissaire aux services en français n’a pas retrouvé son indépendance, par contre. Le NPD, le Parti libéral et le Parti vert ont promis qu’ils rendraient de nouveau au commissaire son autonomie s’ils sont élus lors des prochaines élections.

Les Franco-Ontariens représentent la plus grande minorité linguistique francophone au pays. L’Ontario compte 622 415 francophones, soit environ 4 % de la population de la province. D’après le recensement de 2016, le Québec compte pour sa part environ 1 103 475 personnes ayant l’anglais comme première langue officielle parlée, ce qui représente environ 14 % de la population totale de la province.

Des valeurs canadiennes

 

En après-midi, près d’une gare de train de banlieue de l’ouest de Toronto, le chef libéral a affirmé que les décisions des gouvernements provinciaux qui limitent les droits et qui rendent la vie de leurs résidents plus difficile devaient être examinées de près. « Il est important de prendre parole lorsqu’il y a des actions contraires aux valeurs chéries des Canadiens », a mentionné Steven Del Duca.

Il s’oppose notamment à la Loi sur la laïcité de l’État. Au mois de décembre, le chef libéral de l’Ontario a offert à l’enseignante québécoise qui a perdu son poste en raison du port du hidjab de venir travailler en Ontario. « En tant que premier ministre de l’Ontario, je soulèverai la question à chaque occasion auprès du gouvernement du Québec », avait-il alors dit.

Pour sa part, la cheffe du NPD, Andrea Horwath, n’a pas spécialement indiqué ce qu’elle ferait par rapport au projet de loi si elle était élue première ministre. La néodémocrate a déclaré que son parti, contrairement aux libéraux et aux conservateurs, « se concentre sur la protection et l’expansion de l’éducation en français ».

Populaire malgré tout

 

Même s’il a réduit leurs services en 2018, Doug Ford et les conservateurs ont la cote chez les Franco-Ontariens, d’après deux sondages publiés vendredi. Un sondage de Radio-Canada publié mardi matin montre toutefois que 61 % des Franco-Ontariens estiment que le français est en déclin dans la province. Le taux passe à 70 % chez les personnes de 18 à 34 ans sondées.

Lors de son point de presse, mardi, Doug Ford a répondu que son gouvernement n’était pas responsable de cette impression. « Nous sommes le seul gouvernement qui a bâti deux universités francophones, le seul gouvernement qui a développé une stratégie économique », soutient Doug Ford.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.



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