Les conservateurs ont la cote chez les Franco-Ontariens

31,4 % des électeurs franco-ontariens estiment que Doug Ford serait le meilleur premier ministre.
Nathan Denette La Presse canadienne 31,4 % des électeurs franco-ontariens estiment que Doug Ford serait le meilleur premier ministre.

Deux sondages d’opinion publique publiés vendredi matin concernant les intentions de vote des Franco-Ontariens ont de quoi réjouir les progressistes-conservateurs. Le Parti libéral reçoit la palme du plus grand défenseur du fait français dans la province, mais cela ne semble pas se refléter dans les intentions de vote des francophones en Ontario.

D’après un sondage Ipsos Canada commandé par Radio-Canada Ontario, les partis sont à égalité dans les intentions de vote. Quelque 31,4 % des électeurs franco-ontariens estiment que Doug Ford serait le meilleur premier ministre, et ce, même si seulement 12,9 % d’entre eux pensent que son parti est le mieux placé pour défendre les intérêts de la francophonie. 30 % des électeurs jugent que ce sont plutôt les libéraux qui sont les mieux placés pour le faire.

Matthew Conway, un ancien conseiller de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, avoue avoir lu les résultats du sondage avec un « grand sourire » au visage. « En novembre 2018, on n’aurait jamais pu imaginer ça », dit-il. Le gouvernement Ford avait alors effectué des compressions dans les services en français. Il avait annulé le projet d’une université francophone et éliminé le poste de commissaire indépendant aux services en français, incitant des milliers de Franco-Ontariens à sortir manifester dans les rues.

Trois ans et demi plus tard, la colère de l’époque ne galvanisera peut-être pas les électeurs francophones : l’accès aux services en français est le septième enjeu (5,3 %) en importance pour les Franco-Ontariens, loin derrière le coût de la vie, l’économie et la gestion du système de santé. « Le fait que l’enjeu soit au septième rang démontre qu’une page a été tournée sur le dossier », pense Matthew Conway. Ce dernier attribue le revirement au travail de Caroline Mulroney.

Vendredi, après avoir glissé qu’il était « obsédé » par l’apprentissage du français, Doug Ford a salué le travail de sa ministre. Mais le premier ministre a lui aussi gagné en popularité depuis le début de la pandémie, en 2020, et il mène une bonne campagne, évalue Pierre Cyr, qui a été conseiller de la première ministre libérale Kathleen Wynne. En revanche, la performance du chef libéral Steven Del Duca — le meilleur premier ministre selon seulement 14,6 % des francophones — affaiblit celle de certains de ses candidats.

Et sur le terrain ?

Steven Del Duca était à Ottawa vendredi matin devant des candidates francophones de la région lorsqu’il a répondu qu’il lui restait 13 jours de campagne pour faire bonne figure auprès des Franco-Ontariens. En après-midi, le chef libéral s’est rendu dans la circonscription à majorité bilingue de Glengarry-Prescott-Russell, où sa candidate Amanda Simard est dans une lutte serrée contre le conservateur Stéphane Sarrazin, un ancien maire de la région.

Un sondage de la firme Mainstreet commandé par le site Web QP Briefing et publié vendredi matin révèle que les deux candidats sont à égalité dans les intentions de vote. Les résultats du sondage de Radio-Canada expliquent en partie celui dans la circonscription, pense Matthew Conway. Si la campagne avait lieu en 2019, Stéphane Sarrazin l’aurait commencée avec un boulet au pied. Maintenant, « il a un bilan à défendre pour les francophones », dit Matthew Conway.

Pierre Cyr prévient toutefois que les sondages peuvent être trompeurs dans la circonscription. Si la publicisation de sondages sur les Franco-Ontariens comme ceux divulgués reste rare, les partis politiques en réalisent en interne, indique-t-il. Et ceux menés dans Glengarry-Prescott-Russell montrent habituellement des résultats plus serrés que ceux du jour du scrutin, raconte Pierre Cyr.

 

L’ancien stratège libéral explique que de nombreux fonctionnaires habitent la circonscription et ne parlent pas aux sondeurs en invoquant un droit de réserve. De plus, près de 11 000 électeurs, soit environ 10 % de l’électorat, sont unilingues francophones et ne répondent donc pas à certains sondeurs. « C’est une nuance dans la région de la capitale nationale », soutient Pierre Cyr.

Les libéraux auraient appris la leçon en 2014, dit-il, lorsque les sondages internes plaçaient le candidat Grant Crack derrière la conservatrice Roxane Villeneuve Robertson. Pierre Cyr, qui travaillait à ce moment dans la gestion centrale de la campagne libérale, a été dépêché dans Glengarry-Prescott-Russell pour aider l’équipe locale durant la dernière semaine. Grant Crack a finalement été élu à Queen’s Park avec 49,7 % des voix.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

À voir en vidéo