De vifs échanges dans le débat en français en Ontario

Le débat en français a été organisé à Toronto en présence de candidats des quatre principaux partis.
Photo: Capture d'écran Le débat en français a été organisé à Toronto en présence de candidats des quatre principaux partis.

Les enjeux touchant les services offerts aux Franco-Ontariens ont donné lieu à de vifs échanges lors du seul débat en français de l’élection ontarienne. Quatre candidates ont présenté leur vision de la francophonie dans la province à deux semaines du jour du scrutin.

Le débat réunissait la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney, du Parti progressiste-conservateur, son ancienne adjointe parlementaire, la libérale Amanda Simard, la néo-démocrate France Gélinas ainsi que la candidate du Parti vert Cara Des Granges. Même si elles font partie de différents caucus, ces trois dernières candidates ont souvent trouvé un terrain commun dans leur opposition aux coupes conservatrices.

 

Les mesures prises par le gouvernement Ford en novembre 2018 pour réduire le déficit budgétaire ont secoué des milliers de Franco-Ontariens. La province a alors éliminé le commissaire indépendant aux services en français — le chien de garde des Franco-Ontariens — et le projet d’une université francophone dans la province. Quatre ans plus tard, le débat a démontré que les plaies n’étaient toujours pas guéries dans la classe politique.

Caroline Mulroney a défendu la décision d’éliminer le poste de commissaire indépendant, soutenant que la personne détenant le rôle aujourd’hui au sein du bureau de l’Ombudsman de l’Ontario, Kelly Burke, a les mêmes pouvoirs. L’ancien commissaire François Boileau contredit pourtant les propos de la ministre dans son dernier rapport. « François Boileau n’avait pas besoin d’attendre des plaintes », a lancé France Gélinas du NPD.

Face à son ancienne collègue dans le caucus conservateur, qu’elle a quitté fin novembre 2018 en raison de son opposition aux coupes, Amanda Simard a déclaré que le premier ministre Doug Ford ne connaissait pas la différence entre le poste de Commissaire aux services en français et le ministère des Affaires francophones au moment des coupes. « Ce n’est pas rassurant d’avoir un gouvernement qui ne connaît pas la différence », a-t-elle dit.

Le gouvernement de Doug Ford aurait « trahi » les Franco-Ontariens en coupant dans leurs services en novembre 2018, selon Amanda Simard. Le commentaire a suscité une forte réaction de Caroline Mulroney, pour qui les conservateurs en ont fait plus pour les francophones que les Libéraux pendant leurs quinze années au pouvoir, entre 2003 et 2018. « Vous êtes une machine à propagande », lui a répondu Amanda Simard.

Message des chefs

 

C’est Doug Ford lui-même qui a lancé les hostilités dans le débat d’une heure modéré par Gabrielle Sabourin, de Radio-Canada, et Rudy Chabannes, du Groupe Média TFO. Le chef conservateur s’est adressé uniquement en anglais (à l’exception d’un « merci ») aux quelque 600 000 Franco-Ontariens, les décrivant comme un « précieux atout » pour l’Ontario. Les trois autres chefs se sont exprimés en français, bien qu’ils lisaient un texte.

Il s’agit de la première campagne électorale en 50 ans sans chef bilingue dans la province, mais les leaders ont souvent répondu que leurs équipes avaient suffisamment de candidats bilingues pour répondre aux besoins des Franco-Ontariens. Ce sont ces candidates qui se sont retrouvées devant les caméras de télévision mardi soir.

Les débatteuses ont abordé l’enjeu du coût de la vie, d’abordabilité et la gestion de la pandémie, répétant souvent les propos énoncés par leurs chefs lundi soir. Mais elles ont montré leurs couleurs dans les échanges portant spécifiquement sur la francophonie, comme l’immigration francophone et la pérennité de l’éducation postsecondaire en français dans le nord de l’Ontario.

Après l’élimination de 29 programmes en français à l’Université Laurentienne, à Sudbury, plusieurs Franco-Ontariens estiment que la protection du postsecondaire dans le nord de la province passe par la transformation de l’Université de Sudbury — un établissement autrefois associé à la Laurentienne — en université « par et pour » les francophones. Les conservateurs n’ont toujours pas financé le projet.

Caroline Mulroney a expliqué que son gouvernement attendait plutôt l’évaluation de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire, un organisme indépendant qui détermine si les universités peuvent offrir des programmes. « L’Ontario a mis zéro, pas un sou », s’est désolée France Gélinas. Fin avril, le fédéral a pour sa part financé le projet à la hauteur de 1,9 million à la demande du provincial.

Former la prochaine génération

 

France Gélinas souhaite que la future université francophone à Sudbury offre un programme d’enseignement pour former davantage d’enseignants francophones. La pénurie est un enjeu de longue date dans la province. D’après un rapport d’étude publié en 2021, la province doit trouver 1 050 enseignants chaque année pour au moins les cinq prochaines années pour combler les besoins.

D’après Caroline Mulroney, des baccalauréats en éducation en français pourraient voir le jour dans plusieurs établissements, dont l’Université de l’Ontario français. La pénurie de main-d’œuvre, a laissé tomber Caroline Mulroney, « date de l’époque des Libéraux ». Les conservateurs manqueraient de vision a rétorqué Amanda Simard, qui souhaite l’accès universel à l’immersion française. Une promesse « vide » selon Caroline Mulroney.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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