Le monde municipal bien souvent en première ligne

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Les 12 et 13 mai, près de 1 500 participants seront réunis au Centre des congrès afin de participer aux centièmes assises annuelles de l'UMQ.
Photo: Centre des congrès de Québec Les 12 et 13 mai, près de 1 500 participants seront réunis au Centre des congrès afin de participer aux centièmes assises annuelles de l'UMQ.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

« C’est d’abord la municipalité qu’on appelle quand il y a un problème de santé mentale, d’itinérance, d’hébergement, de logement. De nos jours, la police répond surtout à des questions sociales, plaide la mairesse de Percé, Cathy Poirier, qui copréside le comité organisateur de ces centièmes assises annuelles. Sur les changements climatiques, le GIEC ne dit pas autre chose : les municipalités sont aux premières loges. »

Selon Bruno Marchand, maire de Québec, ville hôte de ces assises, la jeune génération est particulièrement consciente de l’impact colossal des gouvernements de proximité. « Ça explique que tant de jeunes se sont fait élire aux dernières élections, alors que cette génération a longtemps boudé le municipal. On assiste à la montée d’un appétit réel pour la chose municipale, parce qu’une ville, ce n’est plus juste le ramassage des poubelles et le déneigement. »

Younes Boukala, conseiller de l’arrondissement de Lachine et coprésident du comité organisateur, s’attend à un gros congrès, le premier en présentiel depuis 2019, avec près de 1 500 participants réunis au Centre des congrès. « Les assises sont le temps fort du monde municipal au Québec. C’est notre Union. »

Mairesse d’une municipalité située à 1000 km de Montréal, Cathy Poirier juge que les mesures sanitaires auront au moins eu le mérite d’installer la vidéoconférence dans les usages, ce qui facilite les réunions. « Mais ça prend un congrès en présence, parce qu’on est des petites bêtes sociales. C’est inspirant de tous se voir parce que le monde municipal est rempli de gens brillants qui ont envie de changer le monde. »

Bruno Marchand, dont ce sera les premières assises, se réjouit que sa ville ait été choisie comme hôtesse. « C’est important pour l’économie de la ville, oui, mais plus encore pour notre vitalité. Une capitale, c’est un lieu où l’on se rassemble, où l’on discute. Pour Québec, ça vient ajouter à notre positionnement comme ville du futur. »

Gros programme

 

La programmation de l’événement touchera à l’habitation, à la rémunération des élus, à l’électrification des transports, à l’écofiscalité, à l’occupation du territoire, aux médias sociaux et même à l’autonomie alimentaire.

Selon Younes Boukala, les assises visent à outiller les élus, et plus particulièrement les nouveaux venus, après les dernières élections municipales qui ont inscrit 50 % de nouveaux élus municipaux. Lui qui avait été en 2017 le plus jeune élu de l’histoire de Montréal, à 22 ans, peut en témoigner. « Ça nous permet d’aller chercher les expériences des autres. En matière d’écofiscalité et d’électrification des transports, par exemple, j’ai appris beaucoup lors des dernières assises. » Il cite également l’exemple du « code villageois », mis en place par la ville de Pointe-Claire, et présenté précédemment. Un nouvel outil de travail permettant de faciliter la compréhension et l’application des règles d’urbanisme et qui, dit-il, a beaucoup simplifié la vie des citoyens et des employés municipaux. « C’est inspirant. »

L’UMQ s’est dotée d’un comité organisateur à deux têtes, parce qu’il était important d’avoir deux coprésidents représentatifs des métropoles et des régions. Même pour des thèmes aussi fédérateurs que l’habitation et l’environnement, largement mis en valeur dans les grands forums de ces assises, le problème se pose différemment selon le lieu géographique. « Le logement, en région, on en manque, alors qu’à Montréal, la question est davantage celle de l’abordabilité. Donc, si le gouvernement du Québec a un plan, il doit se faire avec les municipalités parce que nous, nous connaissons notre territoire. Le mur à mur ne marchera pas. »

« L’autonomie alimentaire, comment on travaille ça au niveau de la ville ? » demande quant à lui Bruno Marchand, qui a fait une tournée au début du mois d’avril pour encourager les municipalités à transcender leurs limites territoriales. Il félicite d’ailleurs le maire de Prévost, Paul Germain, qui présentera son projet de taxer certains types de contenants. « Ça montre que l’initiative est possible, mais aussi qu’on ne pourra pas le laisser tout seul non plus. Les grands enjeux comme l’environnement et les questions sociales et économiques se foutent des barrières municipales. Il faut travailler ensemble pour régler des problèmes qu’une ville ne peut pas régler seule. À la Communauté urbaine de Québec, on travaille à développer ce réflexe. »

Bruno Marchand donne pour exemple l’enjeu de l’approvisionnement en eau de sa ville dans le lac Saint-Charles, dont le bassin versant comprend six villes. « Si ces six villes se développent isolément et mettent du bitume partout et imperméabilisent les sols, le lac va en souffrir. On est condamné à s’entendre, sinon on est mort. »

Des revendications entendues

 

Même si la notion de gouvernement de proximité reste à gagner, aux dires de Bruno Marchand, ces centièmes assises marqueront un important changement de ton vis-à-vis de Québec.

En 2017, en réponse aux revendications des municipalités, le gouvernement du Québec a adopté le projet de loi 122 qui visait à reconnaître les municipalités en tant que palier de gouvernement à part entière. Pour Montréal, qui a une charte distincte, il s’agissait du PL 121. Ces deux projets de loi ont augmenté l’autonomie des municipalités et leur pouvoir de taxer. Les villes ont mis quelques années à s’ajuster, mais ces assises seront la première grande occasion de prendre la mesure de l’évolution sur ce plan.

Ce nouveau pacte a eu des effets partout, explique Cathy Poirier. Ainsi, à Percé, depuis le 1er avril, toutes les transactions de plus de 20 dollars sont soumises à une « redevance réglementaire » d’un dollar. « Les citoyens en sont exemptés de même que les biens non taxables. Ce n’est pas vrai qu’une petite ville de 3 000 habitants qui reçoit un demi-million de touristes par an peut payer seule le renouvellement d’infrastructures touristiques juste avec la taxe foncière. »

Un des aspects les plus importants de la nouvelle Loi de la métropole du Québec, c’est le droit de préemption, explique Younes Boukala. Ce nouveau droit, qui complète le pouvoir d’expropriation, offre à Montréal une plus grande souplesse d’action et facilitera la réalisation de projets structurants. « Ce sont les villes, par exemple, qui ont désormais la tâche d’acheter les terrains pour les écoles et donc de décider de leur localisation. On doit donc penser à ce qui se bâtit pour 50, 100 ans. Une ville n’a pas le luxe de rater des occasions d’aménagement aussi importantes. »

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