Un budget ontarien à une semaine de l’élection

Doug Ford réduira les impôts des contribuables, apprend-on dans le budget.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Doug Ford réduira les impôts des contribuables, apprend-on dans le budget.

À moins d’une semaine du déclenchement de l’élection provinciale, le gouvernement ontarien a déposé un budget à saveur électorale. Puisqu’il n’aura pas le temps d’être adopté à Queen’s Park avant la dissolution du gouvernement la semaine prochaine, le budget servira vraisemblablement de plateforme électorale pour le Parti progressiste-conservateur.

Le ministre des Finances de l’Ontario, le Montréalais Peter Bethlenfalvy, prévoit que la province atteindra l’équilibre budgétaire en 2027-2028, soit deux ans plus tôt que ce qui était prévu dans le budget 2021. Avant la pandémie, le gouvernement Ford espérait atteindre l’équilibre budgétaire en 2023. En avril, le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF) prévoyait que celui-ci serait atteint en 2023-2024.

Le gouvernement anticipe un déficit de 19,9 milliards de dollars en 2022-2023, et 12,3 milliards de dollars en 2023‐2024, et de 7,6 milliards de dollars en 2024‐2025. Le gouvernement dépensera 198,6 milliards de dollars lors de la prochaine année fiscale.

La province prévoit des revenus fiscaux de 126 milliards de dollars en 2022-2023. Ceux-ci passeront à 157 milliards en 2027-2028, lorsque la province atteindra l’équilibre budgétaire. La croissance des revenus « ne suppose pas d’augmentation future des impôts », lit-on dans le document. Les revenus tirés de l’impôt sur le revenu des particuliers augmenteront tout de même en raison de la croissance de la rémunération des salariés.

Suite au dépôt du budget, le ministre Bethlenfalvy n’a initialement pas confirmé que le Parti progressiste-conservateur présenterait le même budget s’il était élu le 2 juin. Sur les réseaux sociaux, après-coup, la directrice exécutive des relations avec les médias du premier ministre Doug Ford, Ivana Yelich, a clarifié que le budget serait bel et bien le même.

Un plan pour l’infrastructure

Dans une série de conférences de presse à saveur électorale au cours des derniers mois, le premier ministre Doug Ford a annoncé plusieurs mesures qui se retrouvent dans le budget. C’est le cas, entre autres, d’investissements importants dans le système hospitalier à Brampton, Ottawa et Toronto, où le gouvernement Ford investira plus d’un milliard de dollars dans le réseau de santé Unity Health. Certains de ces investissements étaient aussi prévus dans l’énoncé économique.

Le budget prévoit au total des dépenses de plus de 158 millions de dollars en infrastructure, une hausse de 10 milliards par rapport à l’énoncé économique de l’automne. Un peu plus de 10 % de ces investissements seront réalisés en 2022-2023. L’Ontario investira 25 milliards dans la construction et la réparation d’autoroutes provinciales, 10 % de plus que ce qui était prévu dans l’énoncé économique à l’automne.

Ces investissements serviront notamment à élargir l’autoroute 401 à l’est de Toronto et à construire un nouveau pont jumelé enjambant le canal Welland. Le gouvernement prévoit s’est aussi engagé à construire l’autoroute 413, un axe routier qui contournera la couronne nord-ouest de la banlieue torontoise pour notamment combattre les embouteillages. Mais le budget ne chiffre pas les investissements nécessaires pour le projet routier.

Tous les partis d’opposition à Queen’s Park s’opposent à la construction de l’autoroute. Celle-ci, disent-ils, ne réglera pas les problèmes de congestion dans la grande région de Toronto et pose un risque environnemental puisque le tracé traverse une partie de la ceinture de verdure, une zone en périphérie de Toronto qui protège les terres agricoles, les collectivités, les forêts.

Des bonis aux contribuables

 

Doug Ford réduira les impôts des contribuables, apprend-on dans le budget, sous forme d’une augmentation du plafond requis pour obtenir le Crédit d’impôt pour les travailleurs à faible revenu. Il s’agit d’un crédit non remboursable permettant de réduire ou éliminer l’impôt sur le revenu des contribuables. Depuis 2019, seuls les contribuables faisant moins de 38 500 $ par année pouvaient en bénéficier. Le plafond passe maintenant à 50 000 $, tandis que l’allégement augmente de 25 $ pour atteindre 875 $.

Le gouvernement introduira aussi un crédit d’impôt de l’Ontario pour les soins à domicile à l’intention des aînés âgés de 70 ans. Le crédit d’impôt pourra couvrir jusqu’à 25 % des frais médicaux à domicile, jusqu’à concurrence de 6000 $, soit un crédit maximal de 1 500$. Les admissibles incluent les soins prodigués par une infirmière, les soins dentaires ainsi que les rénovations permettant d’améliorer les déplacements de l’aîné à son domicile.

Le salaire minimum des Ontariens augmentera à 15,50$ de l’heure le 1er octobre, comme l’avait annoncé le gouvernement au début du mois d’avril.

Au cours des dernières semaines, le gouvernement a aussi annoncé qu’il prévoyait réduire la taxe sur l’essence pendant six à partir du 1er juillet, soit un mois après le jour du scrutin. La taxe passera de 14,7 cents le litre, à 9,0 cents le litre. En raison de la diminution du nombre d’usagers sur les routes durant la pandémie, les revenus associés à la taxe sur l’essence ont atteint 1,8 milliard en 2019, une baisse d’environ 30 % par rapport à l’année fiscale précédente.

Le budget confirme aussi l’élimination des frais associés au renouvellement des plaques d’immatriculation, par l’entremise de l’achat annuel d’une vignette au coût de 120 $. En entrevue avec le réseau CTV News, Peter Weltman, le directeur du BRF, a affirmé que l’élimination des frais associés à la vignette représente des coupes de 6,7 milliards de dollars sur cinq ans dans les revenus de la province.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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