Le plan de Dubé, un «copier-coller» de promesses non tenues, disent les oppositions

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé.
Graham Hugues La Presse canadienne Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé.

Le fameux « plan de refondation » du ministre de la Santé, Christian Dubé, n’est qu’un « copier-coller de la dernière campagne électorale », un « recueil de slogans » et un « constat d’échec » de la part du gouvernement Legault, ont lancé jeudi les partis d’opposition, après que les grandes lignes du plan eurent été divulguées dans les médias.

Le contenu du document, qui doit être présenté au public mardi, a été révélé en matinée par Radio-Canada. Le plan souligne que le gouvernement se donne trois ans pour que réseau de la santé soit « renforcé et modernisé de façon significative ». Il reprend des engagements électoraux de la Coalition avenir Québec (CAQ).

La promesse caquiste de donner accès à un médecin de famille à tous les Québécois — formulée en 2012, puis en 2018, et encore en novembre dernier, — est ainsi transformée en engagement de permettre l’accès à un professionnel de la santé dans un délai de 36 heures, tel qu’écrit dans le budget déposé mardi. La volonté de transformer la rémunération des médecins, elle aussi promise en 2018, apparaît également dans le plan.

Une série d’autres engagements annoncés au cours des derniers mois ou dans le plus récent budget s’y trouvent aussi. C’est le cas de l’élargissement d’un projet de guichet d’accès implanté au Bas-Saint-Laurent. Le service de triage, souvent cité en exemple par le ministre de la Santé, sert à diriger les patients orphelins vers différents professionnels de la santé qui, le plus souvent, ne sont pas des médecins.

Même chose pour le rôle accru des pharmaciens ou la création de « centres de commandements », nommés dans le budget « coordonnateurs aux urgences pour assurer une planification optimale des soins hospitaliers ».

Le ministre Dubé a peu commenté les informations au sujet de son plan jeudi. Au Salon bleu, il a proposé une analogie avec le temps des sucres. « Mardi, on va avoir du très bon sirop d’érable », a-t-il promis, en soulignant que le plan dévoilé dans les médias ne constituait pas une « version finale ».

Un « recueil de slogans »

De l’avis des oppositions, le plan du ministre Dubé n’est rien de plus qu’une opération de marketing et un aveu de la CAQ face à son incapacité à remplir ses promesses électorales. « [Les] 50 mesures qui ont été annoncées, on a l’impression que c’est un copier-coller de la dernière campagne électorale. Donc, un constat d’échec », a lancé la cheffe libérale Dominique Anglade.

Elle a rappelé que « plus d’un million de Québécois » sont en attente d’un médecin de famille. En fait, ce nombre serait de 1,5 million selon ce qu’a déclaré le ministre Dubé en novembre. « On parle de 160 000 personnes qui sont en attente de chirurgie aujourd’hui, de l’attente dans les urgences qui a augmenté. Encore une fois, tous les voyants sont au rouge », a poursuivi Mme Anglade.

Le député Vincent Marissal, de Québec solidaire, a qualifié le plan de « recueil de slogans ». « Encore une fois, ce gouvernement et le ministre Dubé annoncent beaucoup plus qu’il ne livre », s’est-il désolé.

L’attachée de presse du ministre Dubé, Marjaurie Côté-Boileau a fait l’éloge de la prudence d’ici à ce que le plan soit déposé. « Les problèmes, on les connaît. Les solutions aussi. La force du plan de Christian Dubé, ce sera dans l’exécution », a-t-elle écrit dans une déclaration transmise au Devoir.

Une ouverture au privé inquiétante

 

M. Marissal s’est par ailleurs inquiété de l’ouverture du gouvernement face aux agences privées, qu’il souhaiterait mieux encadrer d’après les informations contenues dans le plan. Il a dit craindre que le recours aux agences privées pérennise l’usage du « temps supplémentaire obligatoire ». « Le privé siphonne le public. Alors après nous avoir dit : “c’est épouvantable, il faut mettre fin à ça”, on est en train de nous dire : “on va les garder, puis on va normaliser leur situation” », a dénoncé l’élu.

Le Parti québécois s’est montré prudent dans ses commentaires sur le plan, préférant attendre son dévoilement officiel avant d’y réagir. Reste qu’« à un moment donné, il va falloir que la discussion porte sur ce que la CAQ a réellement fait ou pas fait pendant quatre ans », a indiqué le chef Paul St-Pierre Plamondon.

Il s’est, en outre, inquiété de l’amoncellement de projets de loi à quelques semaines de la fin de la session parlementaire. « Regardez les projets de loi s’accumuler : on aurait dit que c’est un gouvernement qui ne s’est pas penché sur toutes ces questions-là, qui sont fondamentales » avant les « dernières semaines », a-t-il souligné.

Du côté de Québec Solidaire, Vincent Marissal a lui aussi pointé la « difficulté » du gouvernement à gérer son agenda législatif. « Mais on n’est pas dupe. Et je l’ai dit au ministre hier : “ce que vous êtes en train de faire, c’est vous préparer une fin de session en juin, vous allez vous lever ici puis dire : c’est la faute des méchantes oppositions !”», a-t-il lancé. « J’espère qu’ils n’ont pas fait exprès, parce que ce serait vraiment prendre le Parlement pour un bibelot ridicule qui ne sert à rien. »

Réactions du milieu de la santé

 

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard, n’a pas voulu se prononcer sur le plan du ministre avant d’avoir pris connaissance du document dans son intégralité. Toutefois, elle déplore que son syndicat n’ait pas été consulté. Elle note aussi que des mesures citées ont déjà fait l’objet d’annonce. « Entre autres, les 1000 infirmières qu’ils veulent aller recruter à l’étranger », précise-t-elle.

De son côté, le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), y voit de « bonnes intentions », mais se demande comment elles seront mises en œuvre. « C’est beau de dire qu’on veut former et recruter des gens, et qu’on veut assurer de la rétention, mais il va falloir qu’il y ait des gestes concrets, dit Réjean Leclerc. Parce que là, on met encore en compétition le privé et le public. »

Le président de l’Association des spécialistes en médecine interne, Hoang Duong, apprécie la volonté du ministre Christian Dubé de donner un visage « humain » au réseau de la santé ainsi que son intention d’« éliminer » le temps supplémentaire obligatoire (TSO). « Ça détonne un peu ce langage-là, dit le médecin qui pratique à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne. [Avant], on cherchait toujours à extraire un peu plus de tout un chacun pour ensuite se retrouver sans plan B, quand il y a une pandémie par exemple. »

Reste maintenant à voir, dit le Dr Duong, si le « message du ministre va vraiment percoler » au sein du réseau et si le plan sera bel et bien « exécuté » par les hôpitaux.

Régis Blais, professeur titulaire au Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l’Université de Montréal, estime « très louable, mais très ambitieu[ses] » les 50 mesures du plan du ministre dévoilées par Radio-Canada. « C’est comme si toutes les affaires qu’on n’a pas réussi à régler depuis 20 ans ou 30 ans — incluant l’urgence, le manque de médecins, le TSO, etc. —, là, ils veulent régler ça en trois ans », affirme-t-il.

Les ordres professionnels et les syndicats devront faire preuve « de bonne volonté » et « d’ouverture » pour que le gouvernement parvienne à élargir les champs de pratique de certains et à partager autrement leurs tâches, signale Régis Blais. « Les négociations vont prendre du temps pour que tout ça se mette en place, pense-t-il. Ça va tirer un peu : “ah ben là, est-ce qu’on va nous payer pour faire une consultation ?” ou bien “est-ce que je vais perdre de l’argent si comme médecin, je confie des tâches à une infirmière praticienne spécialisée ?”»

Rénover des CHSLD et construire de nouveaux hôpitaux prendra aussi « des années ». « Je prédis que tout ça ne sera pas réalisé en trois ans », avance Régis Blais.



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