Injonction accordée, état d’urgence déclaré en Ontario

Le juge a permis un délai de 2 h 30 avant l’entrée en vigueur de l’injonction interlocutoire, de manière à laisser le temps aux manifestants de quitter le secteur.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le juge a permis un délai de 2 h 30 avant l’entrée en vigueur de l’injonction interlocutoire, de manière à laisser le temps aux manifestants de quitter le secteur.

La centaine de manifestants qui bloquent depuis plusieurs jours l’accès au pont Ambassador, entre Windsor et Detroit, doivent partir vendredi soir, a tranché la Cour supérieure. Le tribunal a accepté la demande d’injonction temporaire de Windsor et octroie ainsi une mesure supplémentaire à la police locale, qui a aussi obtenu des pouvoirs spéciaux en vertu de l’état d’urgence déclaré par le gouvernement ontarien.

Le juge Geoffrey B. Morawetz avait repoussé à 19 h vendredi soir l’entrée en vigueur de l’injonction interlocutoire, de manière à laisser le temps aux manifestants de quitter le secteur. Dans les minutes qui ont suivi la décision, la police de Windsor a averti les manifestants que les individus bloquant la rue pourraient être accusés d’acte criminel.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré l’état d’urgence, une mesure qui permettra aux forces policières d’imposer des amendes allant jusqu’à 100 000 dollars aux personnes bloquant le transport de biens et d’individus, comme c’est le cas depuis lundi à Windsor. La police locale est assistée dans ses efforts entre autres par la Police provinciale de l’Ontario, la police de Waterloo et la Gendarmerie royale du Canada.

Les nouveaux pouvoirs en raison de l’état d’urgence « ne vont pas entraver le droit de manifester », a promis le premier ministre lors d’une conférence de presse. La mesure touche aussi les manifestants rassemblés à Ottawa. « C’est une occupation illégale, ce n’est plus une manifestation », a lancé à ce sujet Doug Ford. Le premier ministre dit avoir parlé au téléphone avec des représentants de tous les niveaux de gouvernement pour tenter de mettre fin à l’occupation de façon pacifique. « Les occupants des rues d’Ottawa ne nous écoutent pas », dit-il.

Va-et-vient

 

Au cours de la journée de vendredi, la barrière de véhicules sur les voies à la sortie du pont Ambassador a montré des signes de faiblesse. Certains protestataires en matinée ont d’abord affirmé être prêts à rouvrir une voie à destination du territoire canadien. Mais d’autres ont par la suite recommandé de ne pas quitter l’endroit. En fin d’après-midi, l’Agence des services frontaliers du Canada a précisé que son poste douanier demeurait fermé.

Le juge Morawetz a rendu sa décision quelques minutes après avoir obtenu la confirmation du chef adjoint de la police de Windsor, par l’entremise de l’avocate de la municipalité, indiquant que les voies du pont à destination du Canada étaient toujours fermées. Le magistrat s’est dit satisfait du respect des trois critères de l’arrêt RJR‑MacDonald, qui articule le test applicable à l’octroi d’une injonction.

Les avocats des manifestants ont remis en doute l’impact du blocage sur la circulation. « Il n’y a pas de preuve significative de l’étendue et de la fréquence du barrage routier », a avancé l’un d’entre eux.

L’interruption de la circulation a pourtant forcé des milliers de camionneurs à faire un détour d’une centaine de kilomètres au nord, au pont Blue Water de Sarnia, pour revenir au Canada. Plusieurs usines automobiles des deux côtés de la frontière, dont celles de Ford et de Toyota, ont dû suspendre temporairement leurs opérations au cours de la semaine en raison des délais occasionnés par le détour.

Me James Kitchen, qui défendait certains des manifestants, a fait valoir que cela ne représentait pas une preuve de préjudice irréparable, l’un des trois volets du test de l’arrêt RJR‑MacDonald. « Je n’ai pas entendu parler d’usines automobiles qui ont été touchées de manière permanente », a suggéré l’avocat. Les preuves mises de l’avant par l’avocat de l’un des groupes de plaignants, l’Association des fabricants de pièces d’automobile, démontrent que « certaines personnes ne sont pas payées » en raison du blocage, a alors répondu le juge.

Mauvaise presse pour le Canada

 

Sur les réseaux sociaux, la décision du juge n’a pas satisfait le président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile, Flavio Volpe. La situation au pont Ambassador a « potentiellement causé un préjudice irréparable à la réputation du Canada en tant que partenaire économique fiable », a-t-il écrit.

Dans les jours qui ont suivi le début du blocage, certains élus américains au Michigan, tels que la représentante démocrate Elissa Slotkin, ont rappelé l’intérêt de ramener aux États-Unis des éléments du secteur manufacturier. « Nous devons continuer le travail que nous avons commencé il y a trente ans au Michigan et ramener l’industrie manufacturière ici, de façon à ne pas être à la merci des autres pour notre sécurité économique », a-t-elle écrit.


Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Vers la fin des mesures sanitaires en Ontario

Vendredi matin, le premier ministre Doug Ford a laissé savoir que presque toutes les mesures sanitaires pour les entreprises en Ontario pourraient bientôt être levées. « Le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore, travaille sur un plan qui permettra de retirer le passeport vaccinal », a précisé Doug Ford.

 

Le Dr Moore avait souligné jeudi que le pic de la vague causée par le variant Omicron était maintenant passé et que la province pouvait commencer à revoir ses échéanciers. À la fin janvier, l’Ontario a présenté un plan de réouverture en trois étapes, censé se conclure le 14 mars, tout en conservant l’utilisation du passeport vaccinal.



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