Des défis pour le monde municipal en 2022

Des manifestants lors d’un rassemblement en faveur de la construction de logements abordables à Montréal, en mai dernier
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Des manifestants lors d’un rassemblement en faveur de la construction de logements abordables à Montréal, en mai dernier

Au Québec, les élections municipales de novembre 2021 ont porté au pouvoir nombre de nouveaux maires et mairesses dans plusieurs grandes villes de la province. Pour ceux-ci, comme pour ceux qui ont été réélus, l’année 2022 s’annonce pleine de défis, toujours sur fond de pandémie et d’incertitude. Tour d’horizon.

Québec | La première année de Bruno Marchand
 

Le 7 novembre dernier, Bruno Marchand coiffait au fil d’arrivée Marie-Josée Savard, la dauphine de Régis Labeaume, dans une finale électorale digne d’Hollywood.

Quelques semaines plus tard, ce sont les agissements de certains policiers de la capitale et le variant Omicron qui rattrapaient le maire en souliers de course, bouleversant l’agenda chargé de cet élu pressé. Le manque de diversité au sein du corps policier de la capitale occupera la nouvelle administration en 2022, qui a exigé des comptes sur ce front.

Parmi les autres incontournables cette année à Québec : le tramway. Le premier arrêt arrivera dès janvier pour Bruno Marchand, qui a promis de dresser l’état de la situation — et de l’ampleur d’éventuels dépassements de coûts — en début d’année. Pour ce tramway qui continue de faire grincer les dents de plusieurs, le nouveau maire entend miser sur la transparence pour promouvoir son acceptabilité sociale. L’année 2022 dira bien vite si Bruno Marchand saura rallier autour d’un projet qui a plutôt divisé sous l’administration Labeaume.

Le changement de garde à l’hôtel de ville a réchauffé les relations au conseil municipal. Le maire Marchand promet une ère de collaboration, là où son prédécesseur affichait parfois ouvertement son mépris pour ses opposants. La nouvelle harmonie a survécu à l’adoption du budget, mais les premières fausses notes pourraient se faire entendre cette année. En campagne électorale, le nouveau maire n’a pas manqué d’ambition, en visant l’itinérance zéro au terme d’un premier mandat et en promettant de revitaliser les centres-villes dans la périphérie de Québec.

La nouvelle année montrera si la pandémie et la réalité politique rattraperont les promesses électorales — même avec un maire en souliers de course.

Sébastien Tanguay  


Saguenay | Julie Dufour a un centre-ville à repenser

La nouvelle mairesse de Saguenay, Julie Dufour, a promis de densifier le centre-ville de Chicoutimi en construisant 1000 logements dans l’ancienne zone ferroviaire. Un projet de taille taxé par certains d’irréaliste. Saura-t-elle confondre les sceptiques ?

Mme Dufour dit vouloir y attirer des étudiants et de jeunes travailleurs, qui pourront donner un nouvel élan aux commerces environnants de la rue Racine, l’avenue principale qui longe la ville en parallèle avec la majestueuse rivière Saguenay.

Le pari est de taille pour cette municipalité où l’automobile semble aussi dominante qu’indispensable. Depuis la fusion, la nouvelle ville de Saguenay ne compte pas moins de 1280 km2, l’équivalent de trois fois le territoire de la ville de Montréal.

Déjà, des voix disent craindre que le nouveau développement sur le site de la gare ne prévoie pas assez de stationnements.

Or il se trouve que le site projeté est, pour l’heure, un immense stationnement souvent déserté depuis la fermeture de la gare par Via Rail, à la fin des années 1980. Un stationnement à ciel ouvert jouxté par un autre stationnement intérieur étagé qui doit, de toute façon, être rénové à grands frais (35 millions de dollars).

L’idée d’en tirer quelque chose ne date pas d’hier. La mairesse sortante, Josée Néron, voulait y ériger un amphithéâtre sportif ; d’autres ont évoqué un grand parc public, un cinéma, voire un minigolf.

La mairesse Dufour s’est donné jusqu’à mars pour définir les contours de son projet. Pour l’échafauder, elle a constitué un comité spécial, dans lequel siège la conseillère municipale et ex-députée péquiste Mireille Jean. Parions qu’il en sera question à la rentrée du conseil municipal, le 17 janvier prochain.

Isabelle Porter


Gatineau | France Bélisle dans une position confortable

Élue avec une majorité de conseillers à la tête de Gatineau, France Bélisle amorce son mandat dans une position plus confortable que celle de son prédécesseur, Maxime Pedneaud-Jobin. Reste à savoir quelle direction elle donnera à sa ville, qui est en plein essor.

L’ancienne patronne de Tourisme Outaouais prend la tête de la Ville dans un contexte intéressant. Avec le projet de tramway dans l’ouest et la construction du nouvel hôpital régional, des milliards de dollars de fonds publics vont pleuvoir sur Gatineau ces prochaines années. Or en entrevue à Radio-Canada avant les Fêtes, Mme Bélisle avait laissé entendre que ces deux projets ne seraient pas très bien ficelés. Elle s’en est prise en outre au gouvernement du Québec concernant l’emplacement de l’hôpital, que la Ville souhaite ériger au centre-ville.

C’est loin d’être un détail dans cette région où la population s’estime négligée depuis des décennies par Québec, surtout dans le domaine de la santé.

L’ancien maire, Maxime Pedneaud-Jobin, et d’autres élus locaux avaient d’ailleurs convaincu le gouvernement de la CAQ d’adopter en octobre 2019 une motion reconnaissant le statut particulier de la région. France Bélisle aura-t-elle ce genre de leadership ? Chose certaine, elle aurait davantage les coudées franches que son prédécesseur, qui était minoritaire au conseil municipal et a dû faire face à bien des vents contraires. À l’heure actuelle, 11 des 19 élus au conseil soutiennent actuellement Mme Bélisle, bien qu’elle n’ait pas de parti et qu’ils soient tous des conseillers indépendants. Leur première tâche consistera à adopter le budget d’ici au 31 janvier. On surveillera aussi le plan de la nouvelle mairesse pour rendre la Ville plus transparente et développer le centre-ville.

Isabelle Porter
 

Lévis | Un opposant pour Gilles Lehouillier

À Lévis, Gilles Lehouillier entame un troisième mandat avec, en face de lui, une nouveauté au conseil municipal : un opposant. Après avoir régné sans partage sur sa ville pendant près de huit ans, il doit désormais composer avec un élu issu d’une autre formation politique que la sienne. La cohabitation s’annonçait houleuse à l’issue du premier conseil : tandis que l’élu de Repensons Lévis, Serge Bonin, déplorait un manque d’information qui l’empêchait d’étudier adéquatement le budget, le maire résumait la sortie à un « show ».

L’enjeu politique de l’année à Lévis se résume à une pelletée de terre : la première du coûteux et controversé troisième lien, promise avant l’élection d’octobre par la CAQ. Le maire Lehouillier a mis tout son poids politique dans la réalisation de ce projet, qu’il estime essentiel à la prospérité et à la sécurité de ses concitoyens. De nombreux doutes persistent quant à la viabilité du projet, qui fait l’objet de mille et une promesses encore non étayées par la science. Il reviendra à ses partisans, dont Gilles Lehouillier compte parmi les plus ardents, de prouver que la lumière au bout de ce tunnel vaudra les milliards que les Québécois vont devoir débourser pour le creuser.

Enfin, Lévis entame cette année la réalisation de son plan de mobilité durable. Sa pièce maîtresse, soit l’ajout de voies réservées au transport collectif le long de ses deux boulevards urbains, fait pâle figure devant le réseau de transport structurant projeté par Québec. Pour changer l’habitude du tout-à-l’auto ancrée chez les Lévisiens, le maire devra convaincre que le transport collectif représente une solution compétitive dans sa ville — un pari qui semble loin d’être gagné.

Sébastien Tanguay
 

Rimouski | Guy Caron devra s’attaquer à la pénurie de logements
 

En novembre, Guy Caron a accédé à la mairie de Rimouski avec, dans ses bagages, une expérience fédérale et de l’ambition pour la ville qui l’a vu naître. Son premier défi, toutefois, sera d’enrayer la pénurie de logements, qui freine le développement économique et accule la relève à aller voir ailleurs pour trouver un toit. Le taux d’inoccupation s’établit à 0,9 %, un des plus bas du Québec. Pour renverser cette tendance, le maire nouvellement élu veut modifier le plan d’urbanisme et favoriser, par des changements au règlement de zonage, la densification de Rimouski.

Dans une ville où 50 000 habitants se répartissent sur 533 km2, le transport collectif peine à s’implanter dans les habitudes de déplacement de la population. Le maire Caron veut attaquer de front ce problème en 2022 et il doit présenter sa vision du transport en commun au courant de l’année. Le service, promet-il, sera mieux adapté aux besoins des Rimouskois, puisque la réorganisation qu’il entend mettre en œuvre découle d’une consultation tenue sous l’administration précédente.

Autre chantier qui occupera la mairie en 2022 : la revitalisation d’un centre-ville en manque d’amour. L’ancien centre commercial La Grande Place, qui n’a de grand que le nom depuis qu’il est à l’abandon et qu’il balafre le centre-ville, doit être démoli au printemps pour faire place à des tours d’habitation consacrées aux aînés. La cathédrale Saint-Germain, fermée depuis sept ans, doit aussi faire l’objet d’une revalorisation au cours de l’année. Le nouveau maire entend profiter de ces chantiers pour insuffler une vocation à son centre-ville et en faire un carrefour de la culture, inspiré, dit-il, du quartier des spectacles qui fait battre le cœur de Montréal.

Sébastien Tanguay


Sherbrooke |  Évelyne Beaudin et l’appétit de changement

Élue mairesse à 33 ans à peine avec un programme vert et progressiste, Évelyne Beaudin devra trouver, en 2022, la mesure réelle de l’appétit du changement des Sherbrookois. Son leadership devrait être mis à l’épreuve dès la première séance du conseil municipal de l’année (le 18 janvier) lors du vote sur les bandes riveraines.

Avant les Fêtes, la nouvelle mairesse avait indiqué qu’elle pourrait annuler les assouplissements consentis aux gens qui résident aux abords des rivières en matière de protection des berges. Face au mécontentement d’une centaine de résidents, l’administration de l’ex-maire Steve Lussier avait réduit de cinq à trois le nombre de mètres protégés le long des rivières.

Or le programme de Sherbrooke Citoyen était clair : la ville devait être plus sévère en matière de protection des cours d’eau, pas le contraire.

Soutenue par sept conseillers de son parti sur un conseil de seize élus, la nouvelle mairesse n’aura pas le choix de collaborer avec l’opposition au conseil municipal. Le conseil exécutif à 100 % féminin qu’elle a constitué après l’élection compte d’ailleurs deux élues sur quatre n’appartenant pas à Sherbrooke Citoyen.

À une animatrice de Cogeco qui lui demandait récemment quel serait son grand défi, elle a dit vouloir « poursuivre le changement de culture entamé à la Ville de Sherbrooke ».

« Poursuivre » parce que les changements ont débuté, dès décembre, avec la réforme de la gouvernance et l’élimination de nombreux comités et instances jugés superflus. La nouvelle administration Beaudin a également rendu publiques des séances de travail autrefois tenues à huis clos, en plus de donner une place inédite aux femmes et aux minorités immigrantes à la tête de la municipalité.

Isabelle Porter


Longueuil | Les cerfs de Virginie dans la mire de Catherine Fournier

Plusieurs défis attendent la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, en 2022, en commençant par le délicat dossier des cerfs de Virginie au parc Michel-Chartrand et celui de la rainette faux-grillon.

En novembre dernier, Catherine Fournier avait annoncé que l’abattage d’une soixantaine de cervidés serait nécessaire pour protéger le parc Michel-Chartrand. « L’idéal, c’est d’agir au début de 2022 parce que plus tard au printemps, il va y avoir la mise bas, donc une augmentation du nombre de cerfs [de Virginie] », a-t-elle indiqué au Devoir. Avant d’aller de l’avant, Longueuil devra toutefois obtenir l’approbation du comité d’éthique de l’Université de Montréal et le permis du ministère de la Faune.

Catherine Fournier devra aussi décider des suites à donner au projet de prolongement du boulevard Béliveau, qui met en péril l’habitat de la rainette faux-grillon. Les travaux effectués à 70 % ont été suspendus en novembre. La mairesse entend rencontrer les ministres de l’Environnement fédéral et provincial, Steven Guilbeault et Benoit Charette, au cours du mois de janvier afin, dit-elle, de trouver une façon de protéger à perpétuité les milieux naturels à proximité du boulevard.

Avec son homologue de Laval, Stéphane Boyer, Catherine Fournier compte également tenir cette année un sommet panquébécois sur l’habitation. La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, s’est déjà engagée à y participer ; 2022 sera une année électorale au Québec et les villes souhaitent que cet enjeu devienne incontournable.

Sur la liste de ses travaux figurent notamment la création de l’Office de participation publique promis en campagne et la nomination d’un conseiller scientifique en chef pour la Ville.

Jeanne Corriveau


Laval | Stéphane Boyer inquiet pour le « bien-être » de ses citoyens

Les villes doivent apprendre à sortir des sentiers battus pour améliorer « le bien-être » de leur population, qui a été mis à mal par la pandémie, estime le maire de Laval, Stéphane Boyer, qui voit aussi là un moyen d’assurer une meilleure prévention du crime.

En 2022, les municipalités devront apprendre à aller « au-delà des besoins de base de la population », dans le contexte de la pandémie qui s’étire, estime le maire de la troisième ville du Québec. « Les villes se sont rarement intéressées aux besoins psychologiques des gens. Mais là, avec bientôt deux ans de pandémie, j’ai l’impression que ça ne sera pas sans impact sur le moral des citoyens, sur le sentiment de communauté », s’inquiète l’élu de 34 ans.

« C’est une chose qui me préoccupe : comment est-ce qu’on va réussir à répondre aux besoins de bien-être des citoyens ? C’est certainement quelque chose qui, je crois, va s’imposer au municipal », ajoute M. Boyer. Pour s’attaquer à cette situation, une bonification des investissements dans l’offre d’activités et d’infrastructures sportives et communautaires s’impose, selon l’élu, qui voit aussi là un moyen de contribuer à la prévention du crime à Laval en évitant « que nos jeunes tombent dans des gangs de rue ».

La hausse des coûts de construction complexifie toutefois la tâche des municipalités qui souhaitent construire de nouveaux centres communautaires ou équipements sportifs, constate M. Boyer. « Ce sont tous des établissements qu’on doit construire, qu’on doit entretenir, et les prix augmentent de façon importante depuis plusieurs mois. Ça, c’est aussi un défi financier que les villes devront assumer », entrevoit M. Boyer.

Zacharie Goudreault

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