Des arbres financés grâce aux piscines à Saint-Lambert

À Saint-Lambert, près de 1000 ménages possèdent une piscine.
Photo: Samuel Lemieux Creative Commons À Saint-Lambert, près de 1000 ménages possèdent une piscine.

Désespérés de trouver de nouvelles façons de générer des revenus et préoccupés par le sort des arbres dans la municipalité, les nouveaux élus de Saint-Lambert ont décidé d’imposer le versement de 100 $ supplémentaire pour les propriétaires de piscine, qui servira à financer la plantation d’arbres. Avoir une piscine est « un luxe » en 2021, estime la nouvelle mairesse.

« Même si nous sommes au fond du gouffre financier, nous essayons de trouver une façon de financer l’environnement », explique au Devoir Pascale Mongrain, qui a, d’ailleurs, une piscine dans sa cour. En avoir une est « un luxe à notre époque », alors « qu’on sait que nous consommons énormément d’eau » et qu’il faut « la protéger ».

Pressée par le temps pour adopter son budget 2022, la nouvelle administration municipale s’est mise à la chasse aux idées pour diversifier ses revenus. La ville sur la Rive-Sud de Montréal a une dette nette de 75 millions de dollars, et le compte de taxes des résidents sera déjà en hausse de 7,9 % l’année prochaine.

L’idée d’un versement supplémentaire pour les propriétaires de piscine a été soulevée. Ils sont près de 1000 ménages à en posséder une à Saint-Lambert. Quelqu’un a ensuite proposé d’utiliser le 100 000 $ pour planter des arbres.

Même si nous sommes au fond du gouffre financier, nous essayons de trouver une façon de financer l’environnement

 

Plusieurs ont été coupés à cause de l’agrile du frêne depuis une dizaine d’années, explique Pascale Mongrain. L’indice canopée est passé de 34 % en 2017 à 29 % en 2020. « Entre 2020 et 2021, nous avons coupé beaucoup d’arbres matures », ajoute la mairesse, qui n’est pas encore en mesure de dire combien seront ajoutés.

Ce 100 $, qui devrait rester pour les prochaines années, s’ajoute à une « compensation pour les piscines résidentielles », qui s’élève à 75 $ par année sur le compte de taxes des résidents.

Pétition contre

 

Karl Villeneuve, lui aussi propriétaire d’une piscine, et qui s’était présenté à la mairie lors des dernières élections, a lancé une pétition pour protester contre la nouvelle mesure. Il s’agit d’une « première étape pour faire reculer le conseil municipal », a-t-il précisé au Devoir.

« Tout le monde est pour ça, planter des arbres, moi-même j’en plante, mais ça crée une situation injuste, parce que les arbres profitent à tous les citoyens », dit-il. Il ne voit pas le lien entre les deux, et il propose plutôt la création d’une réserve financière pour les arbres à laquelle tous les citoyens contribueraient.

Pascale Mongrain soutient de son côté que les opposants sont « extrêmement minoritaires » et détecte de « l’amertume » chez son ancien opposant.

Appelés à trancher, les experts ne voient a priori pas de problème. « Ce n’est pas un détournement », mentionne la professeure et spécialiste de la gestion municipale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Danielle Pilette, qui compare cette mesure à de l’écofiscalité. « C’est un tarif raisonnable et les arbres, avec leurs racines, aident à la gestion de l’eau et à prévenir les inondations. »

« Ça ne me choque pas, renchérit Michel Poitevin, professeur en sciences économiques à l’Université de Montréal. Je ne pense pas que ça ait un gros impact sur la construction de piscines. »

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