Ottawa présente des excuses publiques aux membres des Forces armées canadiennes

La ministre de la Défense nationale, Anita Anand
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne La ministre de la Défense nationale, Anita Anand

Les membres des Forces armées canadiennes ont suspendu lundi, sur le coup de 13 h, leurs activités non opérationnelles afin de tourner leur regard vers l’écran de leur ordinateur ou de leur téléphone portable pour y voir la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, le chef d’état-major de la Défense, Wayne Eyre, et la sous‑ministre de la Défense nationale, Jody Thomas, présenter tour à tour des excuses publiques aux personnes « affectées par l’inconduite sexuelle et la discrimination » qui ont gangrené leur organisation.

« Pendant trop longtemps, votre gouvernement n’a pas consacré suffisamment de temps, d’argent, de personnel et d’efforts pour lutter contre le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles et la discrimination fondée sur le sexe, le genre, l’identité de genre et l’orientation sexuelle dans l’armée et le ministère. […] Ces institutions vous ont laissé tomber, et pour cela, nous sommes désolés. Je suis désolée », a déclaré Mme Anand devant un parterre virtuel de quelque 9000 personnes.

Quelques-uns des spectateurs, qui suivaient la présentation des excuses en direct sur l’une des pages Facebook des Forces armées (anglaise ou française), ont trouvé curieux de voir des femmes — la ministre Anita Anand, puis la sous-ministre Jody Thomas — présenter longuement des excuses pour des « actes perpétrés pour la plupart par des hommes ». « Des excuses sans un changement de comportement ne sont qu’une tentative de manipulation », a averti une membre des Forces. Une de ses consœurs a remercié la nouvelle ministre d’être « plus directe » que son prédécesseur, Harjit Sajjan, qui répétait être « désolé que vous vous sentiez… » après avoir été victime d’inconduite sexuelle. « Merci », a-t-elle écrit.

Des milliers de demandes de réclamations

 

Pas moins de 18 966 demandes de réclamations ont été soumises par des personnes ayant, selon toute vraisemblance, vécu de l’inconduite sexuelle à l’Administrateur des réclamations découlant du règlement des recours collectifs intentés par sept anciens membres des Forces armées canadiennes. À ce jour, 28 % d’entre elles ont été approuvées. Des indemnisations financières seront versées : 5 000 dollars à une victime de « harcèlement sexuel [ou] discrimination fondée sur le sexe et l’appartenance à la communauté LGBTQ2+ » et de 30 000 à 50 000 dollars à une victime d’« agression sexuelle [ayant pris] la forme d’attaques de nature sexuelle ou d’activité sexuelle à laquelle la personne n’a pas consenti ou n’était pas en mesure de consentir », par exemple.

Le premier ministre, Justin Trudeau, a lui aussi offert, lundi — près de sept ans après la publication du rapport Deschamps sur la « culture sous-jacente de la sexualisation » au sein des Forces armées canadiennes —, ses « excuses à tous les survivants et survivantes » des « erreurs terribles du passé ». « Nous avons beaucoup de travail à faire encore pour être à la hauteur des femmes et des hommes qui ont choisi de servir le pays, choisi de servir dans les Forces armées », a-t-il fait remarquer en marge d’un autre événement.

« Nous avons déçu les Canadiens, qui veulent être fiers de leurs forces armées, mais qui trouvent cela de plus en plus difficile chaque fois que de nouveaux actes de préjudice leur sont révélés », a admis pour sa part le général Wayne Eyre lundi, tout en soulignant que l’incapacité de ses prédécesseurs à faire face à leurs responsabilités a « volé beaucoup de potentiel » notamment à l’état-major, à la marine, à l’infanterie et à l’aviation canadiennes au fil des dernières années. « Nous devrons prendre des mesures concrètes pour apporter un changement réel et durable », a-t-il fait valoir.

Promu chef d’état-major après la mise au jour d’allégations d’inconduite sexuelle visant son prédécesseur, M. Eyre a promis de « ne pas échouer » dans sa tentative de balayer la culture « hostile aux femmes et aux LGTBQ, et propice aux incidents graves que sont le harcèlement sexuel et l’agression sexuelle » observée par l’ex-juge de la Cour suprême du Canada Marie Deschamps en mars 2015.

À voir en vidéo