Anglade défie Legault de témoigner devant la coroner sur la crise des CHSLD

« Ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est une véritable opération de camouflage », s’est indignée la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne « Ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est une véritable opération de camouflage », s’est indignée la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade.

La responsabilité du gouvernement de François Legault dans la crise des CHSLD revient à l’avant-scène. Mardi, les partis d’opposition ont accusé le bureau du premier ministre d’avoir dissimulé des informations sur l’hécatombe, exigeant du chef caquiste qu’il aille défendre ses décisions devant la coroner.

La coroner Géhane Kamel a entendu la semaine dernière plusieurs personnes occupant des postes élevés dans le gouvernement du Québec quant à leur rôle dans la crise qui a fait des milliers de morts dans les foyers pour personnes âgées. La ministre Danielle McCann et plusieurs hauts fonctionnaires ont donné leurs versions des faits.

La sous-ministre adjointe de la direction générale des aînés et des proches aidants, Natalie Rosebush, avait notamment affirmé mardi dernier qu’il n’existait pas de rapports d’inspection sur les CHSLD touchés lors de la première vague de la pandémie. Les inspecteurs, a-t-elle dit, consignaient des informations dans un fichier qui « écrasait » les constats notés lors de visites précédentes.

Or, mardi matin, Radio-Canada rapportait que les rapports existaient et étaient envoyés systématiquement dans les CISSS et les CIUSSS. Tour à tour, mardi, les partis d’opposition ont accusé Québec d’avoir dissimulé des informations de haute importance.

« Ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est à une véritable opération de camouflage », a déclaré mardi, indignée, la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade. Elle exige du premier ministre Legault lui-même qu’il aille répondre aux questions de la coroner.

« C’est lui qui prenait les décisions. C’est de l’information qui n’est pas disponible aujourd’hui. Clairement, il y a quelqu’un qui ne nous dit pas la vérité », a-t-elle lancé en direct de l’Assemblée nationale.

Appelé à répondre en Chambre mardi après-midi, le premier ministre Legault s’est offusqué des allusions de l’élue libérale. « Je veux être très clair. Aucun rapport n’a été détruit », a-t-il répété à plusieurs reprises lors d’une période des questions particulièrement corsée.

Les propos de Mme Anglade sont « innommables » et « faux », a martelé le premier ministre derrière son pupitre. Après s’être fait demander de retirer ses propos par le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, M. Legault est revenu à la charge : « Bien, ce n’est pas exact ! » a-t-il rétorqué, agacé.

Enquête publique

Depuis des mois, les groupes d’opposition à Québec exigent le lancement d’une enquête publique sur la tempête pandémique. Mardi, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a réitéré cette demande, ajoutant que les révélations du Bureau du coroner menaçaient de créer une crise de confiance.

« Ça soulève la question de la confiance qu’on peut avoir en ce gouvernement-là. Est-ce que ce gouvernement-là est digne de confiance s’il est prêt à mentir à la coroner puis à détruire des documents pour éluder sa responsabilité ? » s’est-il interrogé à voix haute.

Cacher ou détruire des preuves, a-t-il indiqué, « c’est un acte très grave ».

Chez Québec solidaire, on croit aussi que le premier ministre doit accepter une part du blâme dans cette affaire. « Le premier ministre, clairement, est responsable de ce qui se passe. Il a pris les décisions dans la pandémie puis il ne peut pas, comme ça, sacrifier des ministres en rejetant la responsabilité sur eux », a indiqué le porte-parole solidaire pour les aînés, Sol Zanetti.

Indigné par les propos des partis d’opposition mardi, le directeur de cabinet du premier ministre, Martin Koskinen, a vivement nié les accusations. « C’est très mal connaître [François Legault] et son cabinet d’imaginer que nous cachons des informations suite à une tempête [pandémie] parfaite », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Pratiquement 6000 personnes sont mortes dans les CHSLD durant la pandémie, la plupart entre mars et juin 2020. Les témoignages devant Me Kamel se poursuivront la semaine prochaine.



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