Joe Biden ne rassure pas Justin Trudeau quant au ​protectionnisme américain

Le premier ministre Justin Trudeau est reparti bredouille de la Maison-Blanche, jeudi. Le président américain, Joe Biden, n’a pas voulu s’engager à reculer sur un crédit d’impôt protectionniste sur les véhicules électriques, bien que la délégation canadienne ait passé deux jours à plaider qu’il nuirait à son économie et à la bonne entente entre les deux pays.
Photo: Doug Mills/Getty Images/AFP Le premier ministre Justin Trudeau est reparti bredouille de la Maison-Blanche, jeudi. Le président américain, Joe Biden, n’a pas voulu s’engager à reculer sur un crédit d’impôt protectionniste sur les véhicules électriques, bien que la délégation canadienne ait passé deux jours à plaider qu’il nuirait à son économie et à la bonne entente entre les deux pays.

Justin Trudeau est reparti bredouille de la Maison-Blanche, le président Joe Biden n’ayant rien fait pour rassurer le Canada quant à ses visées protectionnistes. Bien que la délégation canadienne ait passé deux jours à plaider qu’un crédit d’impôt pour véhicules électriques nuirait à son économie et à la bonne entente entre les deux pays, le gouvernement Biden a continué de défendre sa mesure et a semblé écarter tout compromis.

À l’issue de ses rencontres avec le président américain et celles à trois avec le président mexicain Andrés Manuel López Obrador, M. Trudeau a tenté de minimiser le peu de progrès réalisés dans ce dossier que son équipe présentait la veille comme ayant le potentiel de devenir l’« enjeu dominant » de la relation bilatérale.

« Il y aura toujours des défis qui surviendront. Même lorsque nous en réglerons certains, d’autres naîtront », a prétexté le premier ministre. « Le plus important, c’est que nous ayons de solides voies de communication directes et que nous discutions avec eux de façon constructive. C’est précisément ce que nous avons fait », a-t-il plaidé, en conférence de presse en fin de soirée jeudi au terme d’un voyage de deux jours à Washington.

Les dirigeants canadien et américain ont tenu un tête-à-tête d’une vingtaine de minutes avant le sommet des leaders nord-américains qu’accueillait jeudi Joe Biden à la Maison-Blanche. Les délégations du premier ministre et du président les ont ensuite rejoints pendant plus d’une demi-heure.

Dès l’ouverture de la rencontre d’une heure, M. Trudeau aurait soulevé, selon son bureau, l’épineux dossier des crédits d’impôt pour véhicules électriques qui est à l’étude au Congrès. Les crédits ne s’appliqueraient qu’aux véhicules fabriqués aux États-Unis. L’entourage du premier ministre n’a pas relayé quelle avait été la réponse du président.

Mais lors de la séance photo qui a précédé la rencontre bilatérale, Joe Biden a semblé repousser à plus tard toute discussion sur le crédit d’impôt. Invité à préciser s’il entrevoyait un terrain d’entente possible avec M. Trudeau sur ce que les Canadiens ont qualifié de potentiel « enjeu dominant » dans la relation bilatérale, le président américain a avoué qu’il n’en avait aucune idée. « Je ne sais pas ce qui sera devant nous, bien franchement, lorsque cela deviendra loi, alors nous en parlerons à ce moment-là », a-t-il laissé tomber, assis dans un fauteuil du Bureau ovale aux côtés de Justin Trudeau.

Son attachée de presse, Jen Psaki, est allée encore plus loin, lors de son briefing quotidien aux journalistes, en laissant entendre que le président n’était pas favorable à l’idée de modifier la proposition protectionniste.

« Le président est personnellement très enthousiaste de l’élément du plan [de relance] qui porte sur les véhicules électriques », a-t-elle insisté. Car M. Biden estime « qu’il s’agit d’une industrie de l’avenir » qui est susceptible de créer des « emplois syndiqués bien payés » et qui en outre contribuera à la lutte contre les changements climatiques, a fait valoir Mme Psaki.

Le gouvernement canadien argue en outre que le crédit d’impôt, tel que proposé, violerait le nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Jen Psaki a répliqué que l’équipe gouvernementale américaine « ne voit pas cela de cette façon ».

Un différend à suivre

Justin Trudeau a argué que son gouvernement continuerait de faire valoir ses préoccupations auprès des Américains, sans toutefois préciser ce qu’il pourrait avoir dans son arsenal pour les mieux convaincre éventuellement.

« Le processus législatif est toujours en cours », a-t-il insisté. « Nous allons continuer de souligner nos préoccupations. Nous allons continuer de travailler avec les Américains pendant qu’eux entament les différents processus législatifs qui entourent cette proposition », a-t-il répété, en plaidant que le gouvernement américain et les membres du Congrès qu’il a rencontrés depuis mercredi avaient bien entendu les avertissements du Canada.

Dans sa forme actuelle, le projet de loi « Build Back Better » à l’étude au Sénat ne précise pas les modalités du crédit d’impôt envisagé et ce qui constituerait un « véhicule électrique fabriqué aux États-Unis ». Il reviendra à la Maison-Blanche de le spécifier par voie de réglementation.

Nul ne prédisait que la délégation canadienne repartirait de Washington avec en main une concession taillée sur mesure pour l’industrie automobile du Canada. Mais le président et son équipe n’ont même pas feint de l’envisager pour l’instant. Le gouvernement canadien avait pourtant multiplié les rencontres pour plaider sa cause auprès de membres du Congrès de même que de quelques secrétaires du gouvernement Biden au cours des dernières semaines. Le Mexique partage lui aussi les inquiétudes du Canada.

Tout au plus le communiqué conjoint partagé par la Maison-Blanche suite au sommet des leaders nord-américains parlait-il d’un engagement des trois pays à « accélérer la production et le déploiement de véhicules à zéro émission pendant [qu’ils] travaillent ensemble pour atteindre un avenir tout électrique ».

M. Trudeau a également évoqué l’oléoduc ligne 5, qui transporte le pétrole albertain vers l’Ontario et le Québec en traversant le Michigan et que la gouverneure de l’État tente de fermer. Le bureau du premier ministre n’a pas précisé là encore ce que le président lui a offert comme réponse.

Partage de vaccins nord-américains

Le premier ministre, le président Biden et le président López Obrador se sont réunis pendant près de trois heures dans le cadre de ce premier sommet des leaders nord-américains organisé depuis 2016. Le communiqué final de leur rencontre a d’ailleurs annoncé la tenue d’un prochain sommet au Mexique, l’an prochain.

Les trois dirigeants ont notamment convenu jeudi de redistribuer les doses de vaccin que les États-Unis avaient offert au Canada (2,5 millions de doses d’AstraZeneca) et au Mexique le printemps dernier. Les délégations n’ont pas précisé combien de ces doses seraient envoyées en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Le communiqué partagé par la Maison-Blanche a par ailleurs appelé à une « approche coordonnée » pour freiner le trafic d’armes à feu à la frontière avec le Mexique — mais celle avec le Canada n’est pas mentionnée.

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