Petits villages, grande mobilisation au municipal

Parmi les cinq plus grandes villes de la province, seule Québec a franchi la moyenne nationale de participation (38,5%): 45,2% des personnes inscrites sur la liste électorale se sont rendues aux urnes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Parmi les cinq plus grandes villes de la province, seule Québec a franchi la moyenne nationale de participation (38,5%): 45,2% des personnes inscrites sur la liste électorale se sont rendues aux urnes.

Dans le village de Lac-Poulin, en Chaudière-Appalaches, on ne compte que 16 électeurs qui n’ont pas exercé leur droit de vote lors du dernier scrutin municipal. C’est donc plus de 92 % de la population admissible qui a choisi le nouveau maire, une tendance qui reflète celle des autres petites municipalités de la province, car de l’autre côté du spectre, les citoyens des grandes villes ont boudé les urnes.

« Il y a une certaine pression sociale d’exercer son devoir dans un petit village », explique Julie Caron-Malenfant, qui est directrice générale de l’Institut du Nouveau Monde et qui siège à la Commission canadienne sur l’expression démocratique. « Les gens surveillent les allées et venues de leurs voisins, alors qu’en ville, ils sont perdus dans la foule, ils ont l’impression qu’ils n’ont pas le pouvoir de changer les choses. »

 

 

Parmi les cinq plus grandes villes de la province, seule Québec a franchi la moyenne nationale de participation (38,5 %) : 45,2 % des personnes inscrites sur la liste électorale se sont rendues aux urnes.

À Montréal, 38,3 % du 1,1 million d’électeurs ont voté. À Gatineau, un peu plus du tiers des citoyens ont exercé leur droit, soit 35,1 %. Même à Longueuil, qui était le théâtre d’une haletante course à quatre, seulement 34,1 % des citoyens admissibles se sont mobilisés.

C’est à Laval, toutefois, que le taux est le plus bas, avec un faible 28,8 %.

Explorez dans les tableaux suivants les municipalités québécoises qui ont voté le plus — et le moins — lors des élections municipales de 2021.

 

 

Légère baisse à travers le Québec

Une autre surprise de ces élections est la participation globale à l’échelle de la province, qui a chuté à 38,5 %, selon les données consultées au moment où ces lignes étaient écrites, alors qu’étaient disponibles les résultats de 473 municipalités sur les 477 où s’est déroulée une course à la mairie.

Pourtant, de 2005, l’année des premières élections générales simultanées au Québec, à 2017, le taux a toujours été au-delà de 44 %. On observe donc une baisse d’environ cinq points de pourcentage de la participation citoyenne.

 

 

« Les gens ne font pas le lien entre le vote et leur qualité de vie, déplore Julie Caron-Malenfant. Pourtant, s’il y a bien un ordre de gouvernement qui change la vie des gens, c’est le municipal. »

On compte parmi ses responsabilités l’aménagement du territoire, les logements sociaux, les parcs, les loisirs, mais aussi le transport en commun et l’entretien des routes.

Mme Caron-Malenfant justifie d’ailleurs cette diminution de la participation citoyenne par une perte de confiance quant à la capacité des gouvernements de résoudre des problèmes qui ont de véritables répercussions dans notre vie. La pandémie aurait aussi diminué la mobilisation en raison de l’impossibilité de passer à l’action.

« On voit une lassitude et une indifférence qui découlent de l’inertie qui s’est installée dans nos vies depuis deux ans. Les gens se disent que, de toute façon, on ne décide de rien, les politiciens prennent les décisions à notre place. Ça peut influer sur notre perception de la capacité à changer les choses », avance la chercheuse.

La solution pour sortir de cet état passif, c’est de reprendre contact avec sa communauté, rappelle-t-elle, puisque c’est le sentiment d’appartenance qui a le plus grand effet sur la décision de se présenter au bureau de scrutin le jour du vote.

« On est dans une société qui est de plus en plus éclatée, morcelée, les gens sont isolés. Ils forment des communautés qui n’ont rien à voir avec le territoire sur lequel ils résident, ce qui les pousse à ignorer leurs voisins. Ça nous ramène à une société d’utilisateurs-payeurs plus que de citoyens qui se préoccupent les uns des autres pour former un tout qui va être meilleur que la somme de ses parties. »

Méthodologie

Le Devoir a analysé les données fournies par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation en date du mardi 9 novembre 2021. En fin de journée, les résultats n’étaient toujours pas disponibles pour Marsoui, Boisbriand, Sainte-Lucie-des-Laurentides, Trécesson et Godbout. Les taux de participation ne comprennent pas les courses où un seul candidat à la mairie s’est présenté (604 municipalités) ni celles où le poste est demeuré vacant (11 municipalités).



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