Les syndicats nuisent aux efforts de recrutement, selon Dubé

Le ministre compte quand même assouplir les conditions rattachées aux primes de rétention.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre compte quand même assouplir les conditions rattachées aux primes de rétention.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a reproché mardi aux délégués syndicaux de nuire à ses efforts de recrutement de personnel en cherchant surtout à satisfaire leurs propres intérêts. Il a reconnu du même souffle qu’il allait assouplir les nombreuses restrictions associées aux primes d’attraction proposées par le gouvernement.

« Je vais vous dire le fond de ma pensée aujourd’hui. […] Je vais peut-être être un petit peu dur envers les syndicats », a lancé le ministre d’entrée de jeu.

M. Dubé s’en est ensuite pris aux délégués syndicaux, qui tentent selon lui d’élargir l’accès aux primes d’attraction et de rétention du personnel « pour ceux qui sont [en] libération syndicale ». « C’est plus leur priorité d’avoir accès à cette prime-là, alors que l’intention de nos primes était pour les infirmières qui sont sur le terrain en train de soigner des patients », a-t-il pesté.

C’est faux, ont ensuite répondu cinq syndicats en santé. « Le ministre Dubé laisse entendre que nous n’en avons que pour les libérations syndicales, alors qu’il n’a pas été question de ce sujet lors des récentes rencontres avec le [ministère] », ont écrit la FSQ-CSQ, la FIQ, la FSSS-CSN, le SQEES-FTQ et le SCFP. « Le ministre semble vouloir trouver un coupable pour les difficultés qu’il rencontre dans le recrutement de personnel », ont-ils aussi écrit.

« Le plan ne fonctionne pas », a lancé au Salon bleu le député solidaire Vincent Marissal, en reprochant lui aussi au gouvernement de chercher des coupables. « Il y a deux semaines, c’étaient les médecins de famille. Là, aujourd’hui, ce sont les délégués syndicaux. Demain, j’imagine qu’on blâmera les patients d’être malades. »

En réponse à une question du député péquiste Joël Arseneau, le premier ministre a déclaré que 300 délégués cherchaient à obtenir la prime pour eux-mêmes. « Je sais que le Parti québécois est proche des syndicats. Moi, je voudrais le savoir, est-ce qu’ils nous suggèrent de donner le 15 000 $ à ces 300 membres du syndicat ? » a demandé François Legault.

Une sortie commune l’a dérangé

Toujours en point de presse, le ministre Dubé a déclaré qu’une sortie conjointe des organisations syndicales l’avait encouragé à parler de cette affaire publiquement. Lundi, cinq organisations syndicales représentant les infirmières — FIQ, CSQ, FSSS, SCFP, SQEES — ont fait front commun pour réclamer la fin de la gouvernance par arrêtés ministériels.

« Quand j’entends leur point de presse d’hier [lundi], où il n’y a aucune mention de l’aspect de la délégation syndicale, je pense qu’à un moment donné il faut mettre les pendules à l’heure », a-t-il lancé. Le ministre a ensuite demandé aux délégués syndicaux de « s’élever au-dessus de leurs intérêts personnels » et de « nous aider à chercher du personnel ». « Je ne peux pas dire qu’on a eu leur attention pour la vaccination obligatoire dans la santé », a-t-il par ailleurs souligné.

Sur le fond, Christian Dubé s’est néanmoins dit ouvert à assouplir les nombreuses conditions associées aux primes d’attraction et de rétention du personnel. « On a eu au moins trois rencontres la semaine passée. On a dit qu’on était très ouverts » à des modifications, notamment au sujet des congés sans solde, a-t-il déclaré. Dans sa formule actuelle, le guide d’application des primes du ministère de la Santé prévoit qu’une seule journée sans solde entraîne un remboursement complet des primes.

« Demain ou dans les prochains jours, on va vous faire quelques corrections. On aurait aimé mieux en discuter et avoir une approbation de la part du syndicat, mais ça n’a pas vraiment l’air d’être dans leurs cartes d’accepter les changements qu’on veut faire. Alors, on reviendra comme si c’était un arrêté puis on va dire : voici les changements qu’on suggère », a conclu le ministre.

En réponse, les syndicats ont écrit que le ministre n’avait « visiblement […] pas pris connaissance des nombreuses solutions [proposées] par les organisations syndicales ». « Nous proposons des solutions sans mesure coercitive, “disqualifiante” et inéquitable pour les membres. Plutôt que de s’engager dans des échanges et discussions permettant de rapidement implanter des mesures, le gouvernement a refusé de nous faire un retour », ont-ils écrit.

En date du 4 novembre, le ministère se disait en discussion avec 3721 personnes intéressées à prêter main-forte dans le réseau de la santé. Au total, 102 personnes qui étaient à la retraite et 762 ressources issues de la main-d’œuvre indépendante se sont manifestées. À cela s’ajoutent 2713 personnes qui travaillaient à temps partiel et qui sont passées à temps complet.

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