QS présente son «Plan respect» pour ramener les infirmières dans le réseau

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois
Photo: Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois

Québec solidaire (QS) a présenté lundi à l’Assemblée nationale son « Plan respect » pour ramener les soignantes dans le réseau de la santé, pendant qu’à Montréal, cinq organisations syndicales représentant des infirmières ont fait une sortie pour dénoncer les conditions de travail imposées par le gouvernement Legault.

« Quand on parle aux soignantes, c’est le mot qui revient le plus. On veut se sentir respecté. On est tanné de ne pas se sentir respecté », a lancé le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois en présentant son projet de 365 millions. « C’est un plan qui coûte moins cher que le statu quo », a-t-il fait valoir, en soulignant que le gouvernement octroie 1 milliard de dollars par année aux agences privées.

Peu de temps après la sortie de QS, le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, a reproché à ses adversaires politiques de « défonce[r] des portes ouvertes ». « À maintes et maintes reprises, le ministre de la Santé a déclaré que la décentralisation passe par un changement de culture, et non un changement de structure », a rappelé son attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau.

Pour « réparer vingt ans de réformes centralisatrices, de coupes, d’austérité, de modèle néolibéral », QS propose de dresser des bilans mensuels de l’utilisation des agences privées et du recours au « temps supplémentaire obligatoire » (TSO), deux pratiques qu’il souhaite voir disparaître.

En ce moment, « c’est la croix et la bannière » pour obtenir des données au sujet du recours aux agences ou au TSO, a souligné le député de Rosemont, Vincent Marissal. Or « si on ne le mesure pas, on ne sait pas ce qu’on fait », a-t-il ajouté.

Son parti aimerait que, d’ici trois ans, l’ensemble du personnel des agences privées soit rapatrié dans le réseau public. À terme, l’objectif est « qu’il [ne] reste plus d’employés d’agences privées dans le réseau de la santé », a résumé M. Marissal.

De l’avis du cabinet Dubé, les propositions solidaires sur le TSO ou le recours aux agences « sont recyclées des annonces du gouvernement », qui consistent à donner des heures défavorables au personnel d’agences ou à offrir des primes au personnel dans les régions éloignées. « Chose certaine, Québec solidaire n’est pas un parti de gestionnaires : avoir une meilleure gestion des données au sein du réseau de la santé ne fait même pas partie de leur plan ! » a ajouté l’attachée du ministre dans une déclaration écrite.

Plus de pouvoirs et des ratios

Québec solidaire propose par ailleurs d’instaurer une loi sur les ratios patients/infirmières. « L’idée, c’est d’instaurer un plancher en matière de sécurité pour les patients. Et ça, peu importe l’hôpital, peu importe la région », a déclaré M. Nadeau-Dubois. Le parti veut aussi « donner plus de pouvoirs aux soignantes » en déléguant la conception des horaires au personnel, en donnant plus de pouvoirs aux sages-femmes et en favorisant la présence d’infirmières dans les postes de chefs d’unité.

Les solidaires demandent aussi que les établissements de santé soient obligés de mettre à disposition du personnel soignant des centres de la petite enfance, afin de favoriser la conciliation famille-travail. Leur parti mise aussi sur un « forfait grande séduction » pour retenir les soignantes en région. Remboursement des frais de déménagement ou de la mise de fonds pour une maison, élargissement des primes de disparité régionale et « prime région » pour retenir les stagiaires font partie des solutions avancées.

QS demande également au gouvernement Legault d’adopter son projet de loi de sur les lanceuses d’alerte. Au cours des derniers mois, les médias ont exposé les cas de lanceurs d’alerte qui ont perdu leur emploi après avoir dénoncé publiquement des situations qu’ils jugeaient inacceptables.

Avec ses propositions, QS a dit vouloir transformer la culture du réseau de la santé en « culture de respect ». « La raison fondamentale pour laquelle les femmes partent pour des agences de placement, c’est la culture autoritaire, souvent méprisante qui règne dans notre système de santé », s’est désolé M. Nadeau-Dubois.

Front commun

En parallèle de son annonce, d’ailleurs, cinq organisations syndicales représentant les infirmières — FIQ, CSQ, FSSS, SCFP, SQEES — ont fait front commun pour réclamer la fin du gouvernement par arrêtés ministériels.

Elles en veulent particulièrement à l’arrêté 007, qui suspend des conditions de travail de leurs conventions collectives pour donner une très large marge de manœuvre aux CISSS et aux CIUSSS dans l’affectation des ressources humaines.

Avec la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) en tête, elles ont déploré le fait que le ministre de la Santé et des Services sociaux ne les ait pas écoutées pour trouver des pistes de solution aux problèmes comme la pénurie de main-d’œuvre, les heures supplémentaires obligatoires et autres.

Les syndicats ont dit envisager différents recours si le gouvernement Legault ne change pas son fusil d’épaule. La FIQ a récemment évoqué publiquement la possibilité d’une action judiciaire pour faire annuler l’arrêté ministériel qui encadre le versement de primes de rétention de 15 000 $ par infirmière.

Dans le passé, la FIQ a déjà tenu des « journées sans TSO » par exemple. Et les directions d’établissement avaient réussi à réorganiser le travail sans recourir à ces heures supplémentaires obligatoires.

Interrogée à ce sujet, la présidente par intérim de la FIQ, Nathalie Lévesque, a admis que le moyen de pression pourrait de nouveau être utilisé, peut-être même avec les autres organisations syndicales.

D’autres voies s’ouvrent aussi aux organisations syndicales, comme des plaintes d’entraves aux activités syndicales en vertu du Code du travail, puisqu’elles se plaignent du fait que le gouvernement passe par-dessus la tête des syndicats pour déterminer les conditions de travail de leurs membres, sans négociation.

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo