Des élus montrés du doigt

Plusieurs personnalités politiques québécoises montrées du doigt pour des manquements à l’éthique et à la déontologie ont décidé de solliciter un nouveau mandat.
Photomontage: Olivier Zuida Le Devoir Plusieurs personnalités politiques québécoises montrées du doigt pour des manquements à l’éthique et à la déontologie ont décidé de solliciter un nouveau mandat.

Gilles Carpentier, maire de la Paroisse de Sainte-Marie-Madeleine

Maire depuis 2017 de la Paroisse de Sainte-Marie-Madeleine, une municipalité de 3000 habitants en Montérégie, Gilles Carpentier s’est fait taper sur les doigts pour une histoire d’asphaltage. En septembre 2018, l’élu avait demandé et obtenu de l’entrepreneur qui effectuait de l’asphaltage sur la rue où il habite d’étendre les travaux jusqu’à sa résidence et ce, sans l’accord du conseil municipal ou de la direction générale. Le maire a par la suite reconnu ses torts et remboursé 250 $ à la municipalité pour les travaux effectués. Il a plaidé coupable et a collaboré à l’enquête de la CMQ, mais cela n’a pas empêché celle-ci de lui imposer une suspension de 45 jours sans salaire. Il tentera de se faire réélire le 7 novembre.

François Ghali, maire de Wentworth-Nord

 

La CMQ ne s’est pas encore prononcée dans le dossier du maire de Wentworth-Nord, François Ghali, mais celui-ci conteste les reproches qui lui sont faits. L’élu fait face à 13 manquements en déontologie. La CMQ lui reproche notamment d’avoir, à plusieurs reprises, fait déneiger et fait niveler son entrée privée par des employés de la Ville et d’avoir fait déménager ses meubles personnels et ceux de sa fille par deux employés municipaux. La CMQ l’accuse aussi d’avoir menti sous serment lors d’une rencontre avec les enquêteurs de la Direction du contentieux. M. Ghali, qui sollicitera un autre mandat comme maire, est cependant convaincu que « son honnêteté irréprochable sera reconnue ».

Alain Laplante, maire de Saint-Jean-sur-Richelieu

 

Élu en 2017 à la mairie de Saint-Jean-sur-Richelieu, Alain Laplante s’est retrouvé en situation minoritaire au conseil municipal face à neuf élus issus de l’équipe de l’ancien maire, désignés comme le « Groupe des neuf ». Le climat est tendu et le congédiement du chef de cabinet du maire — et ami du maire — par le conseil municipal a été le déclencheur d’une guérilla. Non seulement le maire Laplante a-t-il tenté d’empêcher le congédiement de son chef de cabinet, mais il a aussi défendu son employé au détriment des intérêts de la Ville, selon la CMQ. Celle-ci a conclu à des fautes graves, « indignes du comportement d’un élu municipal », et a imposé à Alain Laplante une suspension de 95 jours. Le maire sortant sollicitera un deuxième mandat. Son slogan de campagne : « Digne de confiance ».

Yves Charlebois, maire de Saint-Ferdinand

 

La directrice générale de la MRC de l’Érable a eu l’heur de déplaire un jour au maire de cette municipalité de 2000 habitants située non loin de Plessisville. Commentaire du maire Yves Charlebois à son égard : « Attache-la avec du tape électrique et de la corde ». Ces propos, d’abord répétés, ont fini par le conduire à devoir s’excuser. Résultat ? Suspendu de ses fonctions pour 25 jours. Et les excuses ont dû être rendues publiques. Au moment de se reporter candidat, le maire a affirmé que « partout les gens étaient emballés de mon travail en pleine transparence ». Le maire Charlebois fait face à Mario Gosselin lors du scrutin du 7 novembre.

Sylvie Lapointe, mairesse de Cookshire-Eaton

 

La mairesse de Cookshire-Eaton, en périphérie de Sherbrooke, doit être entendue les 27 et 28 octobre pour une seconde histoire de « plusieurs manquements » au code d’éthique et de déontologie des élus. La plainte qui lui a été signifiée comporte la mention de 21 manquements entre 2019 et le printemps 2021. La mairesse Lapointe aurait profité des services de la Ville dans le cadre de ses fonctions alors qu’elle agissait par ailleurs comme directrice d’un établissement pour personnes âgées. La mairesse a depuis quitté cet établissement. En 2017-2018, elle était présidente du conseil d’administration d’une structure qui veille à l’organisation des loisirs dans la municipalité, ce qui est interdit. Un conseiller municipal sortant, Mario Gendron, se propose de remplacer la mairesse Lapointe, laquelle fait campagne en arborant sur ses affiches un mot-slogan : « transparence ».

Steve Castonguay, maire de Saint-Léandre

 

À Saint-Léandre, dans le Bas-Saint-Laurent, le maire Steve Castonguay a été reconnu coupable de manquements déontologiques. La municipalité qu’il dirige s’est retrouvée à défrayer des coûts d’achats ou de location de matériel d’une compagnie qui lui appartient, entre 2018 et 2020. Le maire de la municipalité de 400 habitants, non loin de Matane, a dû rembourser 683,98 $. Il a plaidé coupable devant le tribunal déontologique à la suite d’une enquête de la CMQ. Le maire Castonguay s’est à nouveau porté candidat cette année. Il est déclaré élu d’emblée, faute d’opposition.

Sue Montgomery, mairesse de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce

Le cas de Sue Montgomery a retenu beaucoup d’attention médiatique. Le bras de fer entre la mairesse de CDN-NDG avec Projet Montréal et Valérie Plante dure depuis près de deux ans. À l’origine du litige : la volonté de Sue Montgomery de dénoncer la gestion qu’elle jugeait déficiente de la part du directeur d’arrondissement, alors que le contrôleur général a plutôt conclu à du harcèlement de la part de sa directrice de cabinet contre deux fonctionnaires. En juin dernier, la CMQ a reconnu Sue Montgomery coupable de 11 manquements à l’éthique, lui reprochant notamment d’avoir négligé de prendre des mesures pour assurer un climat de travail exempt de harcèlement, et lui a imposé une suspension de 90 jours. L’élue s’est aussitôt adressée aux tribunaux pour contester le verdict de la CMQ, d’autant que les élections approchent et qu’elle souhaite être réélue. La décision de la Cour supérieure n’a pas encore été rendue.

Sonia Fontaine, mairesse de Pointe-Calumet

 

Tenter d’annuler un constat d’infraction n’est jamais une bonne idée pour un élu. La mairesse de Pointe-Calumet, Sonia Fontaine, l’a pourtant fait après qu’une citoyenne se soit plainte d’avoir reçu une contravention de stationnement bien qu’elle détienne une vignette qui lui permettait de garer son véhicule. Désireuse de régler ce qu’elle considérait comme une injustice, Mme Fontaine a communiqué avec le chef de police et présenté au conseil municipal une résolution pour faire annuler ladite contravention. Elle a même fait appel dans ce dossier à la mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Sonia Paulus, qui, en plus d’être son amie, est avocate. Le verdict de CMQ a été sans équivoque : la mairesse Fontaine est allée trop loin et a fait de l’ingérence politique. Mme Fontaine a finalement écopé d’une suspension de 45 jours sans rémunération. Elle briguera un second mandat le 7 novembre.

Sonia Paulus, mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac

 

Ce dossier est intimement lié à celui de son amie, la mairesse de Pointe-Calumet, Sonia Fontaine. À la demande de Sonia Fontaine, Sonia Paulus, qui est aussi avocate, est intervenue auprès du chef de police en regard avec un constat d’infraction remis à une citoyenne de Pointe-Calumet. Sonia Paulus a été blâmée par la CMQ pour avoir mélangé deux ordres de juridiction dûment séparés, le judiciaire et le politique. La CMQ reproche aussi à la mairesse de « ne pas avoir tenu compte des avertissements du chef de police et de sa directrice générale sur le fait qu’il appartenait à la citoyenne de contester elle-même sa contravention ». L’élu a fini par écoper d’une suspension de 15 jours. De nouveau candidate à la mairie en 2021, et affronte deux adversaires, Hubert Bastien et François Robillard.

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