Sécurité publique: Projet Montréal souhaite miser sur des équipes mixtes

La violence liée aux armes à feu se fait plus visible à travers la province, particulièrement dans l’est de Montréal.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La violence liée aux armes à feu se fait plus visible à travers la province, particulièrement dans l’est de Montréal.

Au moment où les fusillades s’enfilent dans la métropole, la cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, propose un plan de 110 millions de dollars sur quatre ans en matière de sécurité publique, en complément du budget annuel du SPVM, si elle est réélue. Au cœur de sa stratégie : le financement d’équipes mixtes pour s’attaquer à cet enjeu de taille.

La hausse des fusillades dans la métropole n’est pas qu’une impression. On en rapporte en effet plus d’une centaine depuis le début de l’année sur le territoire du Service de police de la Ville de Montréal, soit presque autant que pendant toute l’année 2020. La moitié d’entre elles seraient liées à des gangs criminalisés.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a par ailleurs confirmé samedi au Devoir qu’un jeune homme de 19 ans, connu des policiers, est décédé dans un centre hospitalier de Montréal à la suite d’une fusillade survenue tôt samedi matin dans la métropole. Il s’agit du 22e homicide depuis le début de l’année dans la métropole, confirme le corps de police. Le nombre de tentatives de meurtre commises avec une arme à feu a d’ailleurs quadruplé dans la métropole en 2020, par rapport à 2016.

« C’est inacceptable » , a soupiré Mme Plante samedi après-midi, lors d’une conférence tenue au centre-ville, tout en insistant sur le fait que Montréal demeure « une ville qui est sécuritaire ».

Une approche « non répressive »

C’est dans ce contexte – et à un peu plus d’un mois du scrutin du 7 novembre – que Valérie Plante a présenté samedi ses couleurs en matière de sécurité publique. Ainsi, tout en maintenant le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui est en hausse annuellement, la candidate à sa réélection propose un plan complémentaire de 110 millions pour financer divers projets visant à « assurer la sécurité » de la population montréalaise.

De cette enveloppe, une somme de 15 millions devrait permettre de déployer l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS), qui fait actuellement l’objet d’un projet pilote dans Ville-Marie, dans tous les arrondissements de la métropole. Cette équipe, composée entièrement de travailleurs sociaux, intervient principalement auprès des personnes vulnérables en situation de crise dans l’espace public, en optant pour une approche de désescalade.

« Au cours des quatre prochaines années, nous nous engageons à renforcer ce modèle qui favorise la proximité de la police avec les communautés », a déclaré Mme Plante. Elle estime d’ailleurs qu’une telle équipe contribuera à « délester » les agents du SPVM d’un certain poids dans leur charge de travail en permettant à des travailleurs sociaux de répondre à une partie des appels liés à des enjeux de santé mentale dans la métropole. On recense d’ailleurs 2100 appels du genre en 2020, a-t-elle indiqué.

« On sait aussi que le SPVM reçoit beaucoup d’appels qui sont de nature psychosociale, donc on vient renforcer une équipe de première ligne qui, elle, va pouvoir [intervenir dans] des situations où les policiers ne sont pas obligés d’intervenir et donc, il y aura plus de policiers qui feront la lutte contre la criminalité », entrevoit Mme Plante.

Le candidat de Projet Montréal au poste de conseiller de ville dans le district de Snowdon, Victor Armony, se montre d’ailleurs confiant qu’une telle équipe contribuera à bâtir une approche « non répressive » dans les interventions visant à venir en aide à des personnes « marginalisées ou en détresse », notamment celles en situation d’itinérance.

« Cette équipe a le pouvoir de réduire les risques d’escalade et de contribuer à une meilleure cohabitation sociale », estime celui qui est également professeur au département de sociologie de l’UQAM. Il est d’ailleurs co-auteur d’une vaste étude qui a fait état en 2019 de « biais systémiques » liés à l’appartenance raciale dans les interpellations effectuées par les agents du SPVM.

Un fonds d’urgence de 15 millions de dollars visera pour sa part à répondre aux « besoins urgents » du SPVM, tout en soutenant ses diverses équipes mixtes, qui interviennent notamment pour lutter contre les gangs de rue et prévenir la violence conjugale, a indiqué Mme Plante.

Le plan ne détaille pas comment Projet Montréal entend, concrètement, répartir les 80 millions de dollars restants, si le parti est reporté au pouvoir en novembre.

La question du financement

Chose certaine, « avec nous, le financement [du SPVM] est garanti à long terme », a assuré Mme Plante, au moment où le budget annuel du corps de police est passé d’environ 647 à plus de 679 millions de dollars entre 2018 et 2021, selon les données du SPVM.

« Dans un deuxième mandat, nous entendons gouverner avec le souci d’assurer un financement adéquat des forces policières, qui font un travail essentiel et dont nous avons grandement besoin », a d’ailleurs insisté samedi la responsable de la sécurité publique au sein du comité exécutif et candidate de Projet Montréal, Caroline Bourgeois.

À l’inverse, le parti Mouvement Montréal propose de diminuer le budget annuel du SPVM pour rediriger une partie de celui-ci vers la création de logements sociaux, d’infrastructures sportives et divers « programmes sociaux », rappelle son chef, Balarama Holness, en entrevue au Devoir samedi. Il assure cependant qu’il ne compte pas diminuer le nombre de policiers actuellement en poste, mais plutôt couper dans certaines dépenses du corps de police qu’il juge superflues.

« C’est un autre 110 millions d’investissements dans la sécurité publique qui ne va pas changer la situation parce qu’on n’adresse pas la racine des enjeux », lance M. Holness, qui propose de miser plutôt sur la prévention du crime.

Ensemble Montréal a pour sa part qualifié l’annonce de Valérie Plante samedi « d’électoraliste ». Car, selon le parti, celle-ci survient « après des mois d’inaction et de refus d’augmentation des effectifs [du SPVM] de la part de l’administration actuelle ».

« De son côté, Ensemble Montréal propose une saine gestion, une hausse des effectifs et la promesse de ne pas définancer, ni désarmer la police », ajoute une déclaration écrite attribuée au porte-parole de l’opposition officielle en matière de sécurité publique, Abdelhaq Sari.

Le plan de Projet Montréal prévoit par ailleurs d’encourager les policiers à s’engager à demeurer au moins trois ans au sein de leur poste de quartier afin de faciliter la création d’un lien de confiance avec la population. Le Devoir n’a toutefois pu recueillir les réactions de la Fraternité des policiers et policières de Montréal à ce sujet, samedi.

Avec La Presse canadienne

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