Maxime Bernier assure que son PPC est là pour rester

Le politicien de 58 ans dit n’avoir aucune intention de changer sa plateforme ou son ton, malgré le fait qu’il n’a remporté aucun siège et n’a même pas récolté 2% du vote populaire lors des dernières élections fédérales.
Photo: Justin Tang La presse canadienne Le politicien de 58 ans dit n’avoir aucune intention de changer sa plateforme ou son ton, malgré le fait qu’il n’a remporté aucun siège et n’a même pas récolté 2% du vote populaire lors des dernières élections fédérales.

Quand Maxime Bernier a été arrêté pour avoir violé les consignes de santé publique du Manitoba après avoir participé à un rassemblement contre les mesures sanitaires liées à la COVID-19, en juin dernier, le chef du Parti populaire du Canada (PPC) s’est fait demander s’il avait des armes.

« Seulement mes mots », a-t-il répliqué.

Si les mots sont des armes, Maxime Bernier aime garder les siens bien aiguisés. Lors d’un récent discours partisan à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, le chef du PPC venait à peine de débuter qu’il avait déjà accusé Justin Trudeau d’« agir en dictateur » et qualifié de « tyrannie médicale » les mesures sanitaires comme le port du masque, le passeport vaccinal et les confinements.

Sur les réseaux sociaux, il pousse la note encore plus loin en traitant Justin Trudeau de « dangereux psychopathe » et en accusant le chef du NPD Jagmeet Singh d’être un « partisan de sympathisants terroristes et de tueurs de masse communistes » en raison d’un message sur Twitter dans lequel il rendait hommage à Fidel Castro lors de sa mort.

En ce qui concerne le chef conservateur Erin O’Toole, il le traite d’« Erin le rouge » et de « libéral déguisé ».

En entrevue, le politicien de 58 ans dit n’avoir aucune intention de changer sa plateforme ou son ton, malgré le fait qu’il n’a remporté aucun siège et n’a même pas récolté 2% du vote populaire lors des dernières élections fédérales.

« Je ne vais pas vous flatter pour obtenir votre vote et nous sommes le seul parti politique qui ne fait pas dans la rectitude politique, répond-il en entretien téléphonique depuis l’Alberta. J’ai décidé que c’était terminé. Il n’y a pas de sujet tabou pour nous et nous allons dire ce qu’on a à dire. »

Depuis sa création, le PPC a défié la tradition politique canadienne avec des propositions comme une réduction drastique du nombre d’immigrants accueillis au pays, en voulant relancer des projets d’oléoduc, en promettant de retirer le Canada de l’accord de Paris et d’abandonner ce qu’il qualifie de « cibles irréalistes de réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

Il ajoute cette fois-ci qu’un gouvernement du PPC mettrait fin à tous les programmes de dépenses liées à la COVID-19 et qu’il ramènerait l’équilibre budgétaire en quatre ans en coupant les subventions aux entreprises, en coupant l’aide internationale, en coupant le financement des Nations unies et en coupant le financement de Radio-Canada/CBC.

Appel à une révolution « du bon sens »

Mais depuis le début de la campagne, il concentre son attention sur les mesures sanitaires en dénonçant le port du masque obligatoire, les confinements et le passeport vaccinal, qu’il qualifie d’inconstitutionnel et de polarisant.

« Nous croyons à la liberté et nous croyons à la liberté de choix », plaide-t-il.

« Chaque personne a le droit de décider si elle veut porter le masque, si elle veut être vaccinée. »

Toutefois, il maintient ne pas être anti-masque, ni anti-vaccin. S’il a choisi de ne pas être vacciné lui-même, estimant que son risque de mourir de la maladie serait faible, il dit avoir encouragé son père de 87 ans de recevoir ses deux doses.

Celui qui appelle aujourd’hui à une révolution « du bon sens » a pourtant eu des débuts plutôt conventionnels en politique.

Il a été élu une première fois à la Chambre des communes à titre de député conservateur, en 2006, dans la circonscription de Beauce représentée par son père Gilles pendant de nombreuses années. Il a ensuite occupé plusieurs fonctions ministérielles au sein du gouvernement de Stephen Harper.

Maxime Bernier a fini deuxième, tout juste derrière Andrew Scheer, lors de la course à la chefferie du Parti conservateur en 2017. Il a ensuite tourné le dos au parti en le traitant de « trop corrompu intellectuellement et moralement pour être réformé ». Puis, il a créé sa propre formation politique libertarienne.

Le Parti populaire du Canada n’a fait élire aucun député à ses premières élections fédérales et Maxime Bernier a même perdu son propre siège en Beauce.

Deux ans plus tard, le politicien qui a adopté le surnom de « Mad Max » ne cache pas sa colère face à la classe politique et aux médias qui, selon lui, tentent de tenir son parti à l’écart.

De la colère traduite en votes ?

Au cours des derniers jours, il a voyagé du Nouveau-Brunswick à l’Alberta pour tenir des rassemblements partisans. De sa voix énergique qui s’élève en crescendo, il peste contre ses adversaires pour galvaniser ses admirateurs.

Maxime Bernier n’a pas été invité au débat organisé par le réseau TVA, jeudi dernier, ni aux débats des chefs organisés par la commission officielle. La Commission des débats des chefs a établi comme critères pour inviter un chef que son parti doit au moins avoir un député élu sous sa bannière ; ou avoir récolté au moins 4 % du vote populaire ; ou avoir récolté au moins 4 % des intentions de vote dans les sondages cinq jours après le déclenchement de la campagne électorale.

Aux yeux de Maxime Bernier, c’est parce que ses adversaires ont peur de ses idées qu’il n’a pas été invité.

« Vous savez que ce que je dis est puissant et vous ne voulez pas que nous soyons puissants, lance-t-il. Mais nous allons l’être. »

En quelque sorte, la colère fait parler d’elle sur la route électorale. Maxime Bernier refuse de condamner les petites foules enragées qui insultent et menacent Justin Trudeau. Le chef libéral a même dû annuler un événement partisan par crainte pour la sécurité du public.

« Nous sommes dans un pays libre et les gens ont le droit d’exprimer leur opinion pacifiquement », a-t-il commenté au sujet de ces manifestations.

« Les gens sont en colère et ils ont une raison pour être en colère. Nos libertés sont attaquées », a-t-il renchéri.

Jusqu’où ira cette colère et se traduira-t-elle en votes pour le PPC de Maxime Bernier le 20 septembre prochain ? Ça reste à voir. Certains sondages semblent montrer des appuis variables envers le PPC, mais d’autres laissent croire à une légère hausse de l’intérêt des électeurs. Un sondage Léger, publié cette semaine, accordait trois pour cent des voix au PPC chez les électeurs convaincus.

Mais un retour à la Chambre des communes demeure loin d’être acquis pour Maxime Bernier qui tente de tempérer les attentes. Il dit vouloir faire de son mieux pour battre le Parti vert et tenter de reprendre son siège en Beauce en espérant amener d’autres députés avec lui.

Néanmoins, peu importe ce qui se passera le 20 septembre, le chef du PPC promet qu’il sera encore là pour la prochaine élection, et la suivante, et qu’il prêchera toujours le même message.

« Nous allons remporter cette bataille. On peut stopper une armée de soldats, mais vous ne pouvez pas stopper une idée quand le bon moment arrive », mentionne le politicien de 58 ans qui promet d’être là pour les dix prochaines années.

Tous nos textes sur les élections fédérales

https://www.ledevoir.com/elections-federales-2021



À voir en vidéo