Le président de l’UMQ appréhende un faible taux de participation aux élections municipales

Le taux de participation aux élections municipales est plus bas dans les grands centres urbains d’un scrutin à l’autre, tandis qu’il est plus élevé dans les petites municipalités.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Le taux de participation aux élections municipales est plus bas dans les grands centres urbains d’un scrutin à l’autre, tandis qu’il est plus élevé dans les petites municipalités.

Le taux de participation aux prochaines élections municipales pourrait écoper de la pandémie et de la tenue en amont des élections fédérales, appréhende le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Daniel Côté. Ce dernier presse d’autre part les paliers de gouvernement supérieurs de donner plus d’argent aux municipalités pour s’attaquer de front à la « pénurie » de main-d’œuvre et de logements aux quatre coins de la province.

« On sait que ce sera un enjeu d’envoyer les gens aux urnes deux fois en deux mois », lance d’emblée Daniel Côté, qui a succédé à Suzanne Roy à la tête de l’UMQ en mai dernier. En entrevue éditoriale au Devoir, mardi, celui qui est également maire de Gaspé a dit ainsi craindre que la tenue des élections fédérales, le 20 septembre, nuise au taux de participation du prochain scrutin municipal, le 7 novembre. D’autant plus que celui-ci aura lieu dans le contexte de la montée du variant Delta, au cœur de la quatrième vague de la pandémie de COVID-19.

« Le taux de participation aux élections municipales, c’est tout un enjeu », insiste M. Côté, qui note que celui-ci est particulièrement bas dans les grands centres urbains d’un scrutin à l’autre, tandis qu’il est plus élevé dans les petites municipalités.

Ce sont par exemple 42 % des Montréalais qui ont voté lors des dernières élections municipales, ayant porté Valérie Plante au pouvoir, contre environ 50 % à l’échelle du Québec. « Pourtant, les municipalités sont au cœur de la vie quotidienne des gens », insiste M. Côté, qui entend miser sur des campagnes de sensibilisation pour « démystifier » le rôle que jouent les élus municipaux, et ainsi faire sortir le vote en novembre.

Main-d’œuvre et logement

Le président de l’UMQ s’inquiète par ailleurs de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe l’ensemble de la province, notamment dans les milieux de la santé, de la restauration et de la construction. Au premier trimestre de 2021, le nombre de postes vacants a ainsi atteint 146 865, soit 14,4 % de plus qu’à pareille date, un an plus tôt, selon des données de l’Institut du Québec. Cette hausse a été particulièrement marquée dans certaines régions, incluant les Laurentides, Lanaudière, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec.

« L’enjeu qui nous guette, c’est qu’il y ait carrément des services très essentiels dans nos vies, notamment en santé, [qui soient affectés par cette pénurie de main-d’œuvre]. Ce sont des défis qui vont nous attendre dans les prochaines années si on n’adresse pas cela », soulève Daniel Côté.

Ce dernier presse ainsi Québec d’accueillir « le plus que possible » d’immigrants et de travailleurs étrangers pour combler les besoins de notre économie, dans un contexte où la crise sanitaire a ralenti l’arrivée de nouveaux arrivants l’an dernier. Il demande aussi que les municipalités en région aient accès à une plus grande aide financière gouvernementale en matière d’intégration des nouveaux arrivants qui viennent s’y installer.

« On a besoin du maximum de travailleurs sur nos territoires. C’est une question de relance économique, de développer nos territoires », insiste M. Côté. Ce dernier estime par ailleurs que la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), mise en place par Ottawa pour soutenir les travailleurs affectés par la pandémie, a eu pour effet d’« exacerber » la pénurie de main-d’œuvre dans la province, associée à une multitude de facteurs.

« Comme toute mesure d’urgence, elle doit avoir une fin », estime M. Côté, qui croit donc que celle-ci ne devrait pas être prolongée au-delà de la fin octobre.

D’autre part, M.Côté se dit préoccupé, par la « pénurie » de logements qui frappe à divers degrés les différentes régions de la province, incluant celles éloignées des grands centres. « On manque de logements et c’est très difficile », constate le président de l’UMQ, qui note que dans des municipalités comme Gaspé, le problème ne réside pas dans le manque de logements sociaux, mais plutôt d’habitations provenant du secteur privé. « Le problème de base, c’est qu’on manque d’offre », affirme-t-il.

Daniel Côté propose ainsi à Québec de créer un programme de soutien à la construction de logements privés qui serait accessible aux promoteurs dans les régions où le taux d’inoccupation des logements « est très faible ». Une telle mesure permettrait par ailleurs d’obtenir des logements dits abordables à la clé, estime-t-il, à condition que l’accès à ce programme par les promoteurs soit bien encadré.

« C’est certain qu’il ne faut pas que ce soit des chèques en blanc parce que ça ouvre la porte à de l’abus », reconnaît-il.

Changements climatiques

Les changements climatiques viennent également complexifier le rôle des municipalités, qui doivent notamment diversifier l’offre de transport en commun sur leur territoire, électrifier leurs véhicules et multiplier les efforts de verdissement pour réduire leur empreinte carbone. Des actions coûteuses qu’elles ne pourront mener à terme sans l’aide — encore une fois — de Québec et d’Ottawa, martèle M. Côté.

« Il y a une série de mesures qu’on ne pourra pas réaliser sans avoir les moyens de nos ambitions », fait-il valoir. Le président de l’UMQ demande notamment au gouvernement fédéral de majorer à 5 milliards de dollars le transfert annuel dans le Fonds pour le développement des collectivités du Canada pour financer l’aménagement d’infrastructures vertes dans les municipalités du pays.

Daniel Côté entrevoit par ailleurs déjà de réclamer une bonification du pacte fiscal qui lie les municipalités de la province au gouvernement du Québec, au moment de son renouvellement en 2024. Le pacte fiscal actuellement en vigueur a déjà permis aux municipalités de réduire en partie leur dépendance à l’impôt foncier grâce au versement par Québec d’une part de la TVQ à celles-ci.

« On a créé des brèches, donc il y aura sans doute des brèches qui vont s’élargir dans le prochain pacte fiscal », illustre M. Côté, qui estime qu’il faut « continuer de diversifier l’assiette fiscale » de laquelle les municipalités tirent l’essentiel de leurs revenus.

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