Les 38 promesses du Bloc québécois pour contrer une majorité libérale

Imposer des peines plus sévères pour les crimes liés à la violence familiale, cesser d’appliquer la Loi sur les langues officielles dans les entreprises québécoises, ne plus percevoir la TPS sur les factures d'Hydro-Québec, lancer une campagne pour redorer l’image du Québec en plus de taxer davantage les grandes fortunes… Il s’agit de quelques-unes des promesses les plus récentes contenues dans le programme électoral du Bloc québécois adopté par les militants dimanche.

Fait rare en temps de pandémie, une centaine de délégués étaient réunis en personne au Centre des congrès de Saint-Hyacinthe, et virtuellement, pour la tenue de ce conseil général. La distanciation physique, le port du masque et la preuve vaccinale étaient de mise.

« Je crois, et je soumets humblement aux Québécoises et aux Québécois, que le Bloc est en meilleure position plus que jamais pour les protéger contre une majorité libérale, a déclaré le chef de la formation politique, Yves-François Blanchet. Une majorité qui reculerait sur tous les gains du Québec. »

Les 38 promesses du programme sont regroupées en trois axes : « Pour en finir avec la pandémie », « Québécois par ce que nous sommes » et « Québécois par ce que nous voulons ». Le parti fait de la hausse des transferts en santé son principal cheval de bataille. Le Québec, tout comme les autres provinces, exige une hausse immédiate de 28 milliards, qui ferait passer la contribution du gouvernement fédéral de 22 % à 35 %.

Le Bloc québécois réclame également la suspension de la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre, sauf pour des secteurs ciblés comme celui de la culture et de l’aéronautique, quitte à la réactiver en cas d’une nouvelle vague de COVID-19 qui forcerait à nouveau la fermeture de commerces. Il compte aussi proposer des mesures pour encourager le travail des aînés aux revenus modestes sans pénalité.

Le parti réitère sa demande d’augmenter la Pension de la Sécurité de vieillesse dès 65 ans. Le budget présenté par le gouvernement libéral en avril prévoit une bonification seulement à partir de 75 ans, qui a débuté avec un chèque de 500 $ envoyé durant la première semaine de campagne électorale. Les prestations mensuelles seront ensuite haussées de 10 % à compter de juillet 2022.

Le programme bloquiste reprend ainsi plusieurs des propositions faites par le parti durant la dernière législature et qui n’avaient pas trouvé écho auprès du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Il renouvelle sa demande pour que de l’argent public ne soit pas utilisé pour contester la Loi sur la laïcité de l’État ou toute autre loi québécoise.

Il revient aussi avec l’idée d’imposer une péréquation verte, d’abord présentée en 2019, qui imposerait le principe de « pollueur-payeur » aux provinces. Le parti ajoute l’idée d’exiger un « test climat » pour mesurer l’impact de chaque politique fédérale sur les changements climatiques. La lutte contre le réchauffement de la planète et la transition écologique sont deux volets importants de son programme.

Éliminer la TPS sur l’hydro

Parmi ses propositions les plus récentes, le Bloc québécois demanderait que la taxe sur les produits et services ne soit plus perçue sur les factures d’électricité des ménages en guise de compensation pour « la concurrence déloyale de Terre-Neuve contre Hydro-Québec ». Deux semaines avant le déclenchement de la campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau avait annoncé 5,2 milliards de dollars pour couvrir les coûts de la centrale hydroélectrique de Muskrat Falls qui plombent les finances de la province.

Les bloquistes comptent aussi lancer une campagne de promotion du Québec sur la scène internationale pour contrer l’effet du « Québec bashing » dans la foulée du débat sur la laïcité de l’État. « C’est tellement un sous-produit direct du multiculturalisme canadien, a dénoncé M. Blanchet. Ça a terni l’image du Québec. » Le chef bloquiste veut également « reconstruire le réseau international qui a déjà été une grande, grande force du Québec, notamment des nationalistes et des souverainistes ».

Avant l’adoption du programme électoral, un militant a déploré qu’il n’est pas suffisamment axé sur l’indépendance du Québec comme le préconisait le congrès de refondation du parti en 2019. Le mot est d’ailleurs absent des 30 pages de promesses, tandis que le mot « souveraineté » n’y apparaît qu’une seule fois.

« Il n’y a pas eu de changement à l’Assemblée nationale où le processus menant à l’indépendance sera amorcé entre notre dernière élection et celle-ci, s’est défendu M. Blanchet en point de presse. On ne peut pas inventer un contexte. Mais vous savez cette époque où la politique se décidait en mesurant l’indépendantisme avec un “indépendantomètre” des gens qui sont dans une salle ? Pour moi, c’est complètement terminé. »

« Je ne fais pas la souveraineté des incantations, mais bien la souveraineté de la preuve, et chacun des éléments de notre programme est contributif à cette preuve-là », a-t-il ajouté.

Une seule personne a voté contre le programme après s’être trompée, selon le président d’assemblée, si bien que les propositions électorales du Bloc québécois ont été adoptées à l’unanimité.

Le parti a présenté ses 78 candidats qui feront campagne dans les circonscriptions québécoises — cinq d’entre eux étaient absents. Le chef bloquiste les a tous invités à faire preuve de modestie. « Nous devons mériter chaque vote, a-t-il rappelé dans son discours en début de journée. Les Québécois ne sont pas obligés de voter pour le Bloc, ils doivent en avoir le goût. Nous devons leur en donner le goût. »

Abolir la Loi sur les Indiens

Le chef bloquiste a défendu le droit des peuples autochtones à entretenir des relations de nation à nation avec le gouvernement. Il compte travailler pour que le gouvernement fédéral applique dans son intégralité la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones dans le but éventuel d’abolir la Loi sur les Indiens. « Il faut remplacer la loi imposée sur ceux qu’on appelait “les Indiens” par un traité ou un ensemble de traités librement consentis entre nations qui sont toutes et chacune d’entre elles des nations à part entière », a affirmé M. Blanchet.



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