Les élections municipales dans l’ombre du scrutin fédéral

Le taux de participation aux élections municipales est beaucoup plus faible qu’aux paliers fédéral et provincial, même en temps normal: la moyenne québécoise se situe à 45%. Élections municipales Montréal.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le taux de participation aux élections municipales est beaucoup plus faible qu’aux paliers fédéral et provincial, même en temps normal: la moyenne québécoise se situe à 45%. Élections municipales Montréal.

Les formations politiques municipales se faisaient de plus en plus visibles à travers le Québec en vue du scrutin du 7 novembre prochain, mais elles se voient maintenant forcées de céder le passage à la campagne électorale fédérale. Trente-six jours au cours desquels les enjeux municipaux seront absents de la place publique, se désolent certains.

Avant même que Justin Trudeau ne déclenche des élections, le nouveau parti politique de la députée provinciale Catherine Fournier, Coalition Longueuil, avait déjà dévoilé ses candidats, commencé le porte-à-porte et même installé quelques pancartes. « On est en mode préélectoral depuis mai-juin. Nos candidats sont déjà sur le terrain. On savait que des élections fédérales s’en venaient, alors c’était d’autant plus important de commencer le travail de terrain en amont », explique la présidente de la formation, Véronique Lalande.

Même si la campagne électorale municipale ne commence officiellement que le 17 septembre, soit trois jours avant le scrutin fédéral, certains acteurs politiques affichent déjà leur déception.

Nicolas Lemire, candidat à la mairie de Laval, craint surtout qu’« avec des élections fédérales anticipées, il soit encore plus difficile, même pour des formations majeures dans d’autres villes, de faire valoir des idées et des projets ». Aussi, « ça pourrait servir les candidats plus connus, car le débat public risque de stagner », croit-il.

Sur la Rive-Sud de Québec, le chef de Repensons Lévis, Elhadji Mamadou Diarra, tentera de détrôner le maire Gilles Lehouillier, qui est en poste depuis 2013. M. Diarra croit avoir du temps d’ici le 7 novembre pour se faire connaître, mais il est conscient qu’il devra s’adapter à la situation actuelle : « La plupart de nos candidats ont été dévoilés avant le déclenchement des élections fédérales, mais c’est sûr que pour le reste, idéalement, ça aurait été mieux qu’il n’y ait pas d’élections fédérales », reconnaît-il.

« Dans l’ombre » du fédéral

« Les élections municipales sont loin d’être [liées] au palier de gouvernement qui suscite le plus d’intérêt », commente d’emblée Philippe Dubois, doctorant en science politique à l’Université Laval et spécialiste en communication politique municipale. « Elles vont être dans l’ombre, car l’espace médiatique qui aurait pu servir aux courses municipales se concentrera sur les élections fédérales », poursuit celui qui a aussi été conseiller au cabinet de l’opposition à la Ville de Québec, de 2014 à 2017.

Pour sa part, Élections Québec craint une confusion chez certains électeurs, notamment en ce qui concerne le mode d’inscription, qui diffère selon les différents paliers de gouvernement. « On peut avoir certaines appréhensions quant à la communication aux électeurs, qui peut être plus complexe », affirme la porte-parole Julie Saint-Arnaud.

Les conséquences de la proximité de ces deux scrutins sur le taux de participation ont rarement fait l’objet d’études scientifiques, mais Philippe Dubois croit que c’est le palier municipal qui en sortira perdant. Le spécialiste cite un précédent : les élections fédérales et provinciales de 2008, qui se sont tenues respectivement en octobre et en décembre. Le taux de participation au scrutin provincial avait alors atteint 57 %, le plus bas enregistré en 70 ans, alors qu’il s’établit habituellement à environ 70 %.

Le taux de participation aux élections municipales est d’ailleurs beaucoup plus faible qu’aux paliers fédéral et provincial, même en temps normal : la moyenne québécoise se situe à 45 %.

Plusieurs autres facteurs peuvent toutefois influencer le taux de participation, précise Élections Québec. « Les raisons pour ne pas aller voter à différents paliers ne sont pas toujours les mêmes », précise la porte-parole Julie Saint-Arnaud.

Mobilisation de l’électorat

Danielle Pilette, professeure spécialiste de la gestion municipale à l’UQAM, voit plutôt ces deux élections rapprochées comme « un enchaînement très heureux », puisque le parti qui prendra le pouvoir à Ottawa aura déjà mis la table aux débats. « Les astres vont être alignés pour que les programmes électoraux municipaux reposent sur des investissements potentiels [du fédéral] », estime-t-elle.

« Le défi au municipal, c’est de mobiliser l’électorat. Mais si on regarde le contexte en 2021, il est très possible que la campagne fédérale galvanise les électeurs sur certains enjeux — la diversité, le vivre-ensemble, la police ou la sécurité publique. Ce sont des enjeux nationaux, mais aussi municipaux, notamment dans les grandes villes », souligne-t-elle.

À la veille de sa campagne électorale à Lévis, M. Diarra convient que le contexte pandémique, ces deux élections rapprochées et la possible lassitude des électeurs pourraient poser problème. « Mais dans certains endroits dans le monde, ils n’ont même pas le loisir de voter. Nous, on a la possibilité de le faire deux fois en trois mois », répond-il, optimiste.

 
 

Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément que Catherine Fournier n’était plus députée provinciale, a été modifiée.

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