L’opposition attaque le bilan de Legault

Sous la direction de François Legault, les provinces ont fait front commun pour réclamer en priorité l’augmentation des transferts fédéraux.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Sous la direction de François Legault, les provinces ont fait front commun pour réclamer en priorité l’augmentation des transferts fédéraux.

François Legault cède sa place après neuf mois comme président du Conseil de la fédération, n’ayant pas réussi à faire ne serait-ce qu’un seul gain face à Ottawa. C’est le constat d’échec que dressent les partis d’opposition, qui s’attendaient à ce que le premier ministre du Québec obtienne à tout le moins de plus généreux transferts en santé.

M. Legault a plutôt réussi l’exploit de n’avoir rien obtenu pour le Québec et les autres provinces à l’approche d’une élection fédérale, a raillé le porte-parole libéral en matière de relations intergouvernementales, David Birnbaum.

« Show me the money », s’est-il exclamé en entrevue avec La Presse canadienne, en affirmant que seuls les résultats comptaient à cette heure, d’autant plus que le premier ministre du Québec se vante régulièrement d’être un « négociateur chevronné », dit-il.

Sous la direction de François Legault, les provinces ont fait front commun pour réclamer en priorité l’augmentation des transferts fédéraux, afin de faire passer de 22 % à 35 % la part d’Ottawa dans le financement des dépenses en santé.

Le Québec compte en partie sur cette hausse des transferts pour retrouver l’équilibre budgétaire dans sept ans.

Ottawa a plutôt proposé d’investir pour améliorer les services dans les centres de soins de longue durée, tout en imposant des normes nationales de qualité, ce à quoi Québec s’oppose.

« C’est un manque équivalent à 6 milliards de dollars dans les transferts actuels », souligne M. Birnbaum, pour qui le contexte préélectoral représentait clairement le « meilleur moment pour que le Québec se procure sa juste part ».

« Où sont les résultats ? Comment ça se fait que les leviers intéressants dans les mains de notre premier ministre n’ont pas apporté de progrès concret ? » a-t-il martelé.

Le bureau du premier ministre, et celui de sa ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, ont tous deux refusé une demande d’entrevue de La Presse canadienne visant à tracer le bilan de la présidence de M. Legault.

Ce dernier a de surcroît échoué dans son rôle de défenseur de la francophonie, estime M. Birnbaum, qui déplore le manque de soutien apporté à l’Université Laurentienne de Sudbury.

« Est-ce qu’on n’a pas un mot à dire au premier ministre de l’Ontario pour qu’il fasse mieux envers sa minorité linguistique ? a-t-il demandé. Ce qui rend ça même plus décevant, c’est le fait que M. Legault était dans la chaise du président. »

La dernière fois que le Québec a présidé le Conseil de la fédération était en 2008 sous Jean Charest.

Revoir ses attentes

Attention, le seul fait que le front commun n’ait pas éclaté pendant le mandat de M. Legault relève presque du prodige, estime pour sa part le professeur de science politique à l’Université Laval Éric Montigny.

Deuxième bon coup : celui d’avoir tenu des rencontres (virtuelles) plus fréquentes en raison de la pandémie de COVID-19, et d’avoir invité le premier ministre du Canada à y participer, souvent en lui imposant un ordre du jour, croit-il.

« Un des succès de la présidence du Conseil de la fédération par le Québec, c’est que les provinces se sont tenues ensemble. Contrairement à ce qu’on a vu dans d’autres périodes, le front commun des provinces a tenu le coup », explique M. Montigny.

Au chapitre des transferts en santé, « ce qu’on a vu, à l’initiative du Québec, c’est que cet enjeu-là est revenu à l’ordre du jour. Ce que le Conseil de la fédération a réussi à faire, c’est de mettre à l’agenda cet élément-là comme étant prioritaire », souligne-t-il.

Il faut avoir les attentes à la bonne place par rapport au Conseil de la fédération.

Cela n’est pas anodin, considérant la « capacité réelle » du Conseil de la fédération, une institution créée en 2003 par l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, qui vise à promouvoir la coopération entre les provinces, a-t-il rappelé.

« Il faut avoir les attentes à la bonne place par rapport au Conseil de la fédération. »

« Une seule demande »

Il n’empêche que « la conjoncture historique était là, la possibilité d’aller chercher le rapport de force maximal était là, et ça n’a pas fonctionné », constate Sol Zanetti, de Québec solidaire.

« Pour moi, ce que ça veut dire, c’est que […] le système est mal fait, qu’il ne donne pas de pouvoirs au premier ministre du Québec pour aller chercher l’argent, notre argent, dont on a besoin pour financer nos services de santé. »

La pandémie de COVID-19 ne doit pas servir d’excuse, ajoute la députée péquiste de Joliette, Véronique Hivon.

« À l’inverse, s’il y a une année où on a parlé de santé, […] où on a vu les failles, les craques […] et que malgré ce contexte-là M. Legault […] n’a pas réussi à aller chercher ce qu’il demandait, […] je pense que c’est assez éloquent comme échec », a-t-elle déclaré.

« Le bilan, il est inexistant, nul. […] Il n’y a eu absolument aucun résultat. C’est d’autant plus spectaculaire qu’on avait une seule demande », a-t-elle ajouté.

M. Legault a passé le flambeau de président du Conseil de la fédération au premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, au cours d’une conférence téléphonique, jeudi dernier.

Tous les premiers ministres ont convenu de se rencontrer, en présentiel, du 5 au 7 octobre, à Winnipeg. Ils ont assuré que des mesures de santé publique appropriées seraient mises en place afin d’assurer une rencontre sécuritaire.

 

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