Naheed Nenshi, un maire pas comme les autres 

Né à Toronto, Naheed Nenshi grandira à Calgary. 
Photo: Jeff McIntosh Le Presse canadienne Né à Toronto, Naheed Nenshi grandira à Calgary. 

Depuis 11 ans, il est le maire de la ville de Calgary. Naheed Nenshi incarne et revendique la différence : la différence d’être soi, avant tout. Dans une province où le bleu conservateur domine la carte politique, son parcours atypique confère un éclairage différent au visage de l’Alberta.

Les premiers ministres de la province passent, mais lui reste en place. « Je suis maire depuis 11 ans, mais je suis Calgarien depuis (presque) 50 ans », rappelle celui qui fut nommé meilleur maire au monde en 2014 par la fondation des maires urbains, située à Londres, en Grande-Bretagne.

En 2010, personne ne l’avait vu venir. « Je suis devenu d’un coup très populaire », s’exclame le 36e maire de la ville de Calgary. Le lendemain de son élection, lors d’une entrevue, il se rappelle qu’on lui a dit : « Vous n’êtes pas le stéréotype de l’Alberta. » « Je suis Albertain comme tous les autres », avait-il répondu.

Ses parents ont émigré de Tanzanie pour s’installer au Canada voilà plus de 50 ans, et il est de confession musulmane. Né à Toronto, Naheed Nenshi grandira à Calgary. Étudiant brillant, il sortira de l’université de Calgary avec un baccalauréat en commerce en poche, puis de la John F. Kennedy School of Government, de l’université Harvard, avec une maîtrise en politique publique.

Naheed Nenshi, 49 ans, a certes un profil atypique dans une province empreinte de conservatisme. Cependant, les stéréotypes et les idées trop convenues, il n’en veut pas, ni pour lui ni pour les habitants de la ville, où la diversité est plus importante qu’on ne pourrait le penser. « Près de 30 % des Calgariens ne sont pas caucasiens ; Calgary est plus diversifié que la ville de Montréal », affirme-t-il.

Laïcité : une vision controversée

En 2019, il fera les manchettes en montant au créneau contre la loi 21 du Québec, qui interdit à certains employés du secteur public québécois le port de signes religieux. « Ma vision de la laïcité est différente. Tout le monde devrait être le bienvenu. Pourquoi devrais-je être musulman à la maison et une personne sans foi au travail ? » explique-t-il au Devoir.

Avec sa vision différente et des convictions heurtées, Naheed Nenshi pense que cette loi « n’a rien à voir avec la laïcité, mais vise à cibler des femmes musulmanes voilées et des hommes sikhs ». En octobre 2019, il lancera un appel national contre le projet de loi du gouvernement Legault, le conseil municipal de Calgary ayant déjà voté contre à l’unanimité, la taxant alors de rétrograde.

Calgary tout en défis

En attendant, son leitmotiv demeure le même : servir la communauté. Une valeur qu’il met au service de la ville depuis plus d’une décennie, même quand Calgary fut le théâtre d’épreuves difficiles.

En 2013, des inondations dévastatrices toucheront le quart de l’Alberta. « Il s’agissait de la catastrophe naturelle la plus dévastatrice de l’histoire du pays. À ce moment-là, je pensais que rien ne pouvait égaler une telle catastrophe », reconnaît Naheed Nenshi. Toujours au front, il suivra à chaque instant l’évolution de la situation pour en informer quotidiennement les Albertains. Son implication durant la crise est telle qu’elle finira par lui conférer le statut de vedette internationale comme maire.

L’autre défi majeur pour lui demeure, encore aujourd’hui, l’important taux d’inoccupation des bureaux de la ville. « Il y a plus d’espaces vides dans le centre-ville de Calgary que de bureaux à Winnipeg », résume-t-il. « Nous devons encourager les petites entreprises à s’y installer », lance-t-il. Il envisage déjà de transformer certains bureaux en logements, voire en logements abordables.

Enfin, en 2020, la COVID-19 a frappé — et cela fait bientôt un an qu’il gère cette situation au quotidien. 

Sa propre couleur politique

Aujourd’hui, les droits humains et les politiques urbaines le passionnent. Naheed Nenshi est un expert des municipalités, mais la politique de parti n’a jamais été, pour lui, d’un grand intérêt. Il ne cadre ni avec l’UCP, ni avec le parti néodémocrate.

En attendant, la seule couleur politique qu’il se reconnaît, « c’est le violet, car le violet est bleu et rouge ». Le violet est une couleur idéale pour mettre tout le monde au « centre ».

« Il ne s’agit pas de partisanerie », précise-t-il. Si cette couleur lui va bien, elle est aussi d’intérêt public, pour mieux rassembler les municipalités et les politiques provinciales et fédérales, selon lui.

Quand on lui demande s’il se représentera aux prochaines municipales, il répond : « Je ne sais pas, je suis très occupé avec la pandémie. » Reste à savoir si Naheed Nenshi suivra les traces de Ralph Klein, l’ancien maire progressiste de la ville de Calgary, qui a été de 1992 à 2006 le premier ministre de l’Alberta.

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