Bob Rae nommé ambassadeur du Canada à l’ONU

Bob Rae avait quitté la politique active en 2013, après avoir été chef intérimaire du Parti libéral du Canada pendant deux ans et député libéral depuis 2008.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Bob Rae avait quitté la politique active en 2013, après avoir été chef intérimaire du Parti libéral du Canada pendant deux ans et député libéral depuis 2008.

Le Canada compte un nouvel ambassadeur aux Nations unies. L’ancien politicien libéral Bob Rae prend la relève de l’ambassadeur Marc-André Blanchard, en défendant à son tour l’importance de l’organisation internationale, tout en se permettant de critiquer la Chine au passage.

L’ancien chef intérimaire du Parti libéral du Canada, à qui Justin Trudeau a succédé en 2013, a été nommé à son nouveau poste lundi par son ancien collègue devenu premier ministre. M. Rae s’est réjoui de cet « énorme honneur », lui dont le père a été diplomate et ambassadeur aux Nations unies lui aussi.

Sa nomination survient deux semaines après que le Canada a échoué à se faire élire à l’un des sièges non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Son prédécesseur, Marc-André Blanchard, a assuré qu’il avait l’intention de quitter son poste bien avant cette défaite, qu’il a une fois de plus attribuée à une « multiplicité de facteurs ».

Conseil de sécurité

« Ni une victoire ni une défaite ne sont permanentes », a renchéri le nouvel ambassadeur Rae, qui entrera en fonction au mois d’août. « J’estime encore que les fondements de notre approche, les fondements de nos politiques, notre façon d’aborder les relations internationales sont solides. Et je ne voudrais pas nous voir jeter le bébé avec l’eau du bain », a-t-il insisté, en plaidant que cette défaite ne représente pas selon lui « un message de mauvais augure » quant à la place du Canada dans le monde.

Au contraire, M. Rae a affirmé qu’Ottawa doit poursuivre ses efforts multilatéraux et convaincre les Canadiens de l’importance d’institutions internationales comme l’ONU. L’organisation n’est pas parfaite, a-t-il consenti, mais elle représente simplement « les fragilités humaines » des 193 pays qui y sont réunis. « Nous ne pouvons pas nous en retirer. Ce serait le pire moment possible pour réduire notre contribution aux institutions internationales », a-t-il soutenu.

Le Canada a perdu sa campagne au Conseil de sécurité de l’ONU le 17 juin, lorsqu’il est arrivé troisième, derrière la Norvège et l’Irlande, qui ont été élues aux deux sièges non permanents disponibles dès le premier tour de vote.

L’ambassadeur Rae n’a pas voulu prédire si le Canada tentera de nouveau sa chance rapidement. « Il est beaucoup trop tôt pour donner une réponse. » Marc-André Blanchard s’est pour sa part abstenu de donner son opinion sur la question. « J’ai peut-être des points de vue personnels, mais qui sont maintenant peu importants puisque je retourne à la vie privée », s’est-il contenté de commenter.

Pas d’excuses à la Chine

Avant même d’être officiellement en poste comme ambassadeur, M. Rae s’est par ailleurs permis de critiquer la Chine.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a fait valoir lundi que le Canada « s’était immiscé gravement dans les affaires intérieures de la Chine » en critiquant la nouvelle loi sur la sécurité nationale qui donne à Pékin plus de contrôle sur Hong Kong.

Une accusation qu’a vivement rejetée M. Rae, en rappelant que le Canada est un allié de longue date de Hong Kong et qu’il s’y trouve 300 000 Canadiens. « Nous ne nous mêlons des affaires de personne. Nous parlons de NOS affaires, de NOTRE relation, qui nous est importante. Et nous ne devrions pas nous gêner pour exprimer ces opinions », a-t-il répliqué.

Le régime chinois a en outre émis un avis déconseillant aux Chinois tout voyage au Canada, selon Reuters. « Qu’un pays suggère que c’est un mauvais moment pour venir au Canada, c’est franchement étrange », a raillé M. Rae, en évoquant le roman dystopique 1984, de George Orwell.

Le nouvel ambassadeur a également rejeté à son tour, comme Justin Trudeau, la suggestion de certains anciens politiciens de libérer la dirigeante de Huawei Meng Wanzhou afin de faire libérer en échange Michael Spavor et Michael Kovrig, détenus en Chine depuis un an et demi. Une détention « complètement injustifiée et injustifiable », a-t-il dit. « Je crois qu’il est important de comprendre qu’au cœur de la prise de décisions d’un gouvernement, les solutions ne sont parfois pas aussi simples qu’il puisse paraître. »

Bob Rae avait quitté la politique active en 2013, après avoir été chef intérimaire du parti pendant deux ans et député libéral depuis 2008. Il avait auparavant été premier ministre néodémocrate de l’Ontario, de 1990 à 1995. M. Rae était cependant resté actif sur la scène publique, après avoir été nommé envoyé spécial du Canada auprès du Myanmar par Justin Trudeau, puis envoyé spécial pour les enjeux humanitaires et relatifs aux réfugiés.

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