Il faut agir maintenant contre le racisme, dit le président du PQ

Les Montréalais, comme les citoyens de nombreuses autres villes dans le monde, ont manifesté contre le racisme.
Valérian Mazataud Le Devoir Les Montréalais, comme les citoyens de nombreuses autres villes dans le monde, ont manifesté contre le racisme.

Les comparaisons entre le racisme vécu par les minorités visibles et l’impact du colonialisme sur le peuple québécois à la suite de la conquête britannique ne doivent pas servir à justifier l’inaction en matière de lutte contre le racisme, selon le président du Parti québécois, Dieudonné Ella Oyono.

Cet immigrant d’origine gabonaise est devenu en novembre le premier Noir à occuper ce poste bénévole. Dans une lettre au Devoir publiée mardi, lui et une vingtaine de signataires invitaient les citoyens à dénoncer le racisme dans la foulée de la mort George Floyd, cet Afro-Américain asphyxié par le genou d’un policier à Minneapolis.

Les images dramatiques de cette arrestation ont fait le tour du monde et ont relancé le débat sur le racisme systémique au Québec, menant certaines personnes à comparer les écueils des Canadiens français à une certaine époque au racisme vécu par les minorités ethniques. À l’autre bout du spectre, d’autres comparent plutôt la situation des Noirs au Québec à celle des Afro-Américains aux États-Unis.

En données et en cartes

Le poids d’une couleur de peau

Il rappelle que le PQ avait proposé 20 mesures pour lutter contre le racisme en 2018. « Moi, ce que je ne souhaite pas, c’est que dans un an et demi, deux ans on soit toujours en train de réfléchir, toujours en train de consulter parce qu’il y a quand même des solutions qui existent que l’on connaît et qu’on peut mettre en application rapidement », a-t-il dit.

Selon lui, il faudrait entre autres trouver des lieux d’échanges pour que les gens de toutes origines puissent se côtoyer pour se rendre compte « qu’on n’est pas si différents que ça ».

« S’il n’y a pas de rencontres interculturelles, s’il n’y a pas de lieux où les gens échangent, finalement, les gens prennent des décisions en fonction de ce qu’ils ont lu, ce qu’un voisin, un ami leur a dit, mais moi je n’appelle pas ça du racisme systémique, a-t-il expliqué. C’est que les gens n’ont pas d’information. Il y a un biais: un groupe, je l’associe à tel événement et je pense que tout le groupe se comporte comme ça, alors que dans les faits, ce n’est pas le cas. »

Il est ainsi en phase avec la position du PQ, qui estime que la société québécoise, l’« une des plus ouvertes du monde », n’est pas raciste, même s’il reconnaît que des incidents racistes se produisent, comme l’a dit son chef parlementaire, Pascal Bérubé, mardi.

De son propre aveu, Dieudonné Ella Oyono n’a pas vécu beaucoup de racisme depuis son arrivée au Québec il y a 20 ans. Il se souvient d’une histoire plutôt cocasse où, de passage dans la petite ville de Disraeli, il est allé à la messe. « Quand j’ai ouvert la porte de l’église, le prêtre a arrêté de prêcher pendant quelques secondes, a-t-il raconté. Tout le monde s’est retourné, tout le monde m’a regardé et moi j’ai fait exprès de marcher le long de l’église et d’aller m’asseoir en avant. » À la fin de la messe, des paroissiens curieux sont allés le voir pour lui parler. « On a échangé, puis après ça on est allé manger ensemble, a-t-il continué. Ils n’avaient pas de mauvaises intentions. Ils étaient juste surpris. »

Il reconnaît toutefois que d’autres ont fait face à davantage de difficultés, que ce soit pour trouver un logement, un emploi ou même faire reconnaître leur diplôme d’études. « Quand vous êtes rendu à la deuxième, troisième génération et que vous avez encore les mêmes difficultés, par exemple, pour trouver un emploi ou un logement parce que vous êtes Noir, je pense qu’il y a quelque chose qu’on peut regarder collectivement pour trouver des solutions. »

Et à ceux qui assimileraient la cause indépendantiste et le racisme, il répond ceci : « Le projet qu’on porte n’a pas de sens s’il est exclusif. Il ne sera jamais exclusif. Ceux qui l’ont imaginé avant nous le voyaient pour l’ensemble des Québécois. »

 

Qui sera le prochain chef du PQ?

La course à la direction du Parti québécois (PQ) a repris vendredi après une pause de deux mois en raison de la pandémie. « On ne croit pas qu’il y aura de meilleur moment pour lancer la course, a affirmé M. Oyono. Il faut apprendre à vivre avec ce coronavirus-là et continuer quand même à faire de la politique.» Le principal défi, selon lui, est « démocratique ». Comme il est impossible d’organiser des rassemblements pour permettre aux militants de se faire une idée sur les six candidats, le PQ a inclus un mot de chacun d’entre eux dans un avis d’élection envoyé vendredi à tous ses membres. L’humoriste Guy Nantel, le député Sylvain Gaudreault, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon, l’historien Frédéric Bastien, l’avocate Gloriane Blais et l’homme d’affaires Laurent Vézina ont trois semaines pour recueillir les 2000 signatures requises et ainsi officialiser leur candidature. Deux débats virtuels sont prévus entre le 15 août et le 2 octobre. Le nom du prochain chef sera connu le 9 octobre.


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8 commentaires
  • Caroline Langlais - Inscrite 6 juin 2020 08 h 01

    Je travaille auprès des immigrants depuis 20 ans et, je peux vous assurer qu'ils ne sont pas tendres les uns envers les autres ni envers les Québécois, en particulier les femmes. Quant aux homosexuels, ils sont souvent méprisés et leur orientation sexuelle est mise sur le compte de la mauvaise éducation québécoise qu'ils reçoivent. Dans mon pays, l'homosexualité n'existe pas. Combien de fois l'ai-je entendu celle-là? de même que les femmes québécoises sont trop libres, les Québécois parlent mal, les Québécois discriminent les anglophones, etc.

  • Samuel Prévert - Inscrit 6 juin 2020 08 h 05

    Discrimination envers les francophones

    On pourrait profiter de cette occasion pour rappeler la discrimination qui continue de sévir envers les francophones du Canada, envers les Québécois et, envers les Autochtones.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 6 juin 2020 10 h 04

    Ce sont les idéologies qui sont racistes, non les individus...

    Ce ne sont pas les individus qui sont racistes en tant que personne, mais les diverses idéologies qui guident leur façons de voir, de penser et d'agir. Ces idéologies sont politiques( exemple: le libéralisme qui sert à justifier le mafieusisme), économiques (exemple: le capitalisme sauvage des grandes entreprises multinationales), judiaires (exemple: le légalisme policier de la loi et l'ordre), religieuses (exemple: l'islamisme et/ou le sionisme qui croient détenir la grande vérité divine et veulent l'imposer aux mécréants). Il devient de plus en plus nécessaire de combattre toutes ces idéologies néfastes à l'épanouissement du genre humain, pour les remplacer par la seule idéologie qui peut assurer l'essor du genre humain, soit l'Humanisme...Le temps des palâbres politiques sans contenus est révolu; le temps des guerres qui sont toutes sans issues est révolu; le temps du mépris de classes et de races est révolu...Nous sommes tous humains...Alors agissons en humain, non en prédateurs forcenés... Sanctifions nos actions et nos façons de penser...Sortons de notre animalité viscérale et mal contrôlée...Ce n'est pas la lutte, ni la compétition, ni la loi de la jungle, ni la prédation qui fait évoluer la vie, mais la coopération, la solidarité, les associations diverses, et toutes actions réalisées sous la férule de l'Amour, qui sont des ferments d'avenir évolutif. L'amour est une force de construction; la haine, une force de destruction...Finis les «trips de pouvoir» de certains oligarques et des grands leaders mondiaux, qui se prennent pour des dieux et qui se croient tout permis en n'imposant que leurs volontés. Révolutions-nous, bondieu, si on ne veut pas disparaître. Révolutionnons le genre humain avant qu'il ne soit trop tard. Faisons taire tous les agents d'involution. Il est grand temps que l'humanité se prenne en main. Il est grand temps que l'humanité prenne conscience de ses grandes responsabilités planétaires. L'essor de la vie sur terre en dépends.

  • Paul Gagnon - Inscrit 6 juin 2020 10 h 28

    Ah! Enfin, ils ont décidé d'arrêter

    de nous traiter de racistes systémisés.

  • Christian Montmarquette - Abonné 6 juin 2020 17 h 44

    Sépulcres blanchis

    "Il est ainsi en phase avec la position du PQ, qui estime que la société québécoise, l’« une des plus ouvertes du monde.. » - Pascal Bérubé

    Dixit, le chef du parti de l'argent et des votes ethniques.

    • François Beaulne - Abonné 7 juin 2020 08 h 15

      Si votre objectif est d'attirer plus de sympathisants pour votre parti, Québec Solidaire, le fiel et le mépris à l'endroit du Parti Québécois qui ressort trop souvent en caractère gras dans vos commentaires dans ce journal, s'avère contre-productif. Pourquoi pensez-vous que le dernier sondage Léger de la semaine dernière n'accorde que 8% d'appuis à votre parti chez les francophones, score identique à celui du PLQ.
      Comme par hasard, les deux partis multiculturalistes traînent la patte, et de loin. Votre idéologie vous rend elle aveugle?

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2020 14 h 55

      @ François Beaulne,

      "Comme par hasard, les deux partis multiculturalistes.." - François Beaulne

      Vous me faites bien rire M. Baulne.

      Votre mépris et votre aversion envers la diversité culturelle ne fait que confirmer mon assertion :

      Les péquistes sont des sépulcres blanchis de la lutte au racisme, incapables de comprendre la différence entre l'interculturalisme et le multiculturalisme que le racisme systémique.

      À noter que le PQ ne peut guère se pèter des bretelles avec son creux historique de 11% des intentions de votes. Combien d'années les péquistes nous ont-ils racler les oreilles en martelant sans cesse que la présence de Québec solidaire ferait gagner les libéraux? Comme on l'a vu, rien de plus faux. Les analyses des péquistes ne valent le papier sur lequel elles sont écrites.

      D'ailleurs, Québec solidaire n'a pas 8%, mais 10% du vote francophone:

      https://www.journaldequebec.com/2020/06/04/sondage-90--des-francophones-satisfaits-de-la-caq

      Meilleure chance la prochaine fois.