La future maison patrimoniale (sic) fait débat à Chambly

Plusieurs citoyens ont interpellé les élus au sujet de la maison patrimoniale. À l’un d’eux, Jean Roy a admis avoir appris la démolition de la maison Boileau le jour où les pelles mécaniques se sont présentées sur les lieux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs citoyens ont interpellé les élus au sujet de la maison patrimoniale. À l’un d’eux, Jean Roy a admis avoir appris la démolition de la maison Boileau le jour où les pelles mécaniques se sont présentées sur les lieux.

Moins de deux semaines après avoir démoli la maison Boileau, la Ville de Chambly lance déjà les travaux devant mener à la construction d’une réplique de la demeure ancestrale. Des citoyens s’opposent toutefois à la reconstitution à l’identique de l’immeuble patrimonial.

Réuni en assemblée mardi soir, le conseil municipal a aussi demandé un avis juridique concernant les procédures suivies par le directeur général de la Ville, Michel Larose, qui, de sa propre initiative, a ordonné la démolition de la maison le 22 novembre dernier. M. Larose a justifié cette décision en invoquant le danger que représentait la demeure et sa vétusté.

En l’absence du maire Denis Lavoie, en congé de maladie depuis plusieurs semaines, c’est le conseiller Jean Roy qui présidait l’assemblée. « Je vais vous avertir tout de suite. S’il y en a qui ne veulent pas respecter les règles de décorum, je vais leur demander de partir. Est-ce que c’est clair ? » a-t-il lancé à l’assistance, qu’il jugeait trop agitée.

Plusieurs citoyens ont interpellé les élus au sujet de la maison patrimoniale. À l’un d’eux, Jean Roy a admis avoir appris la démolition de la maison Boileau le jour où les pelles mécaniques se sont présentées sur les lieux.

Louise Chevrier, du Mouvement citoyen de Chambly, a reproché à la Ville de vouloir reconstruire la maison Boileau à l’identique après l’avoir démolie sans prendre la peine de conserver des éléments d’origine. « Ce dossier a été mené avec incompétence et négligence sans aucune perspective patrimoniale », a-t-elle dit en réclamant la création une table de réflexion avec des experts sur l’avenir du site.

Le conseil municipal a finalement donné le feu vert au lancement d’un appel d’offres pour des services professionnels visant la réalisation de plans et devis pour la reconstruction de la maison Boileau.

La conseillère de l’opposition, Alexandra Labbé, a remis en question l’urgence d’aller de l’avant avec ce projet. « Est-ce qu’on n’a pas le temps de réfléchir à ce qu’on veut faire sur le site de la maison Boileau ? » a-t-elle demandé en rappelant que de nombreux experts en patrimoine estimaient que c’était presque une « injure à l’histoire » de reconstruire à l’identique. « C’est comme si on détruisait la tour Eiffel et qu’on en reconstruisait une. Ce ne serait jamais la tour Eiffel. »

« Ça ne veut pas dire qu’on va reconstruire demain matin », a rétorqué Jean Roy.

À la majorité, les élus ont aussi entériné une demande pour un avis juridique de Me Jean Hétu, avocat chez Dufresne Hébert Comeau, au sujet de la décision du directeur général d’ordonner la démolition de la maison Boileau. Jean Roy a reconnu que l’avis juridique avait déjà été obtenu, mais qu’il serait rendu public dans les prochains jours. « C’est pathétique ! C’est un cirque ! » ont lancé des citoyens.

Rappelons que des avocats en droit municipal consultés par Le Devoir étaient plutôt d’avis que la Ville avait enfreint son propre règlement sur la démolition d’immeubles. Celui-ci édicte notamment que nul ne peut procéder à la destruction d’un immeuble sans obtenir au préalable un certificat d’autorisation. La Ville ne peut se soustraire à son propre règlement, avaient souligné les experts.