Manifestations : les dépenses de 600 millions en sécurité étaient justifiées, se défend Justin Trudeau

Dans les rues de la Ville de Québec, les policiers — et parfois même les journalistes et les touristes — étaient au cours des derniers jours plus nombreux que les militants opposés au G7.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans les rues de la Ville de Québec, les policiers — et parfois même les journalistes et les touristes — étaient au cours des derniers jours plus nombreux que les militants opposés au G7.
Le premier ministre Justin Trudeau estime qu’il était justifié de dépenser 600 millions de dollars en sécurité pendant le sommet du G7 de Charlevoix, étant donné l’importance « d’assurer la tranquillité et la sécurité des citoyens ». 

« Si on est pour nous reprocher d’en avoir fait un peu plus que ce dont on allait avoir besoin de faire, je pense que c’est le moindre des malheurs. Si on était plutôt dans une situation où on nous reprochait de ne pas avoir fait assez, parce qu’il y avait eu des excès, je pense qu’on aurait une conversation bien différente », a-t-il déclaré lors de son discours de clôture du G7.

À son avis, il valait mieux, « avant tout », « assurer la tranquillité et la sécurité des citoyens qui nous accueillaient », mais aussi « la capacité des gens de s’exprimer quand ils sont en désaccord »

Dans les rues de la Ville de Québec, les policiers — et parfois même les journalistes — étaient au cours des derniers jours plus nombreux que les militants opposés au G7. À La Malbaie, le nombre de manifestants réunis dans la zone de libre expression a rarement dépassé le double du nombre de clôtures — cinq —, à l’exception du moment où environ 80 militants vietnamiens s’y sont rendus pour dénoncer les actions de leur gouvernement en matière d’environnement. 

« Je trouve ça terrible de manifester comme ça sous haute surveillance policière », a déclaré samedi Marie-Noëlle, venue manifester dans les rues du Vieux-Québec avec ses deux filles de 5 et 7 ans. 

À moins d’un mètre d’elles, sur le trottoir, l’escouade antiémeute formait un mur de boucliers, et certains policiers portaient leurs masques à gaz. « Il n’y a aucune violence ici, il y a des familles, ça montre a quel point les policiers ne sont pas à leur place, mais elle, oui », a-t-elle ajouté, en désignant sa plus jeune, qui tenait une pancarte fleurie sur laquelle on pouvait lire : « s’entraider et partager ».

De La Malbaie, Justin Trudeau a déclaré que le « positionnement » des autorités avait été inspiré par les manifestations du sommet des Amériques de Québec, en 2001. « Une prochaine fois, on aura peut-être un positionnement qui sera informé par la façon dont ça s’est passé cette fois-ci. Mais je peux certainement vous assurer que d’avoir la sécurité des citoyens à cœur […], je ne pense pas que ça a été une erreur. »

Manifestation bon enfant
La troisième et dernière journée de manifestations à Québec s’est conclue dans la bonne humeur, samedi après-midi à Québec. Sous le soleil, au son d’une fanfare, parfois avec leurs enfants, les manifestants ont pris les rues pour dénoncer le G7, mais aussi les paradis fiscaux, le recours aux énergies fossiles, le racisme systémique ou encore la montée du populisme. 

« Quelle crédibilité ont-ils pour venir parler d’égalité des sexes avec Donald Trump, qui [fait face à des allégations] d’agressions sexuelles […] et qui a fait de nouvelles attaques, encore récemment, [contre] le financement des cliniques d’avortement?? » a demandé Anne-Valérie Lemieux-Breton, porte-parole de la Coalition pour un forum alternatif au G7. « On parle de changements climatiques. Quelle crédibilité Justin Trudeau a-t-il, comme hôte de ce G7, quand il vient de nationaliser une grande pétrolière [TransMountain] sans consulter la population?? » a-t-elle poursuivi. 

Dans la foule, les affiches ciblaient tantôt la guerre en Syrie, tantôt les inégalités sociales, tantôt le sommet de Singapour du 12 juin, au cours duquel le président américain Donald Trump rencontrera le leader nord-américain Kim Jong-un.

Un « bilan positif » pour le SPVQ
Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a procédé à 13 arrestations au cours des trois journées de manifestations. Cinq personnes ont été arrêtées jeudi pour possession de substances explosives, possession d’arme, possession de matière incendiaire, non-respect de condition et menaces. Sept personnes ont été interpellées vendredi pour attroupement illégal et entrave au travail d’un agent de la paix. Une treizième personne a été arrêtée pour des motifs qui n’ont pas été dévoilés par les autorités. 

Le Groupe intégré de la sécurité, formé du SPVQ, de la Gendarmerie royale du Canada et de la Sûreté du Québec, a dressé samedi un « bilan positif » des mesures de sécurité mises en place pour le Sommet du G7. « Un événement d’une telle envergure requiert un très haut niveau de préparation en ce qui a trait aux mesures de sécurité. Plusieurs manifestations pacifiques ont eu lieu, principalement à Québec, sans débordement notable », a écrit le GIS dans un communiqué de presse. 

« De façon générale, à Québec tout comme à La Malbaie, les manifestations se sont déroulées pacifiquement. Les autorités ont eu la collaboration de la plupart des organisateurs, ce qui a permis de bien planifier les effectifs et l’encadrement pour chaque évènement », s’est félicité le GIS. 


— Avec Marie Vastel