Les (vrais) édentés

Pour les personnes à faible ou modeste revenu, les soins dentaires représentent un véritable luxe, déplore l’autrice.
Nicolas Maeterlinck Agence France-Presse Pour les personnes à faible ou modeste revenu, les soins dentaires représentent un véritable luxe, déplore l’autrice.

Il n’est pas question, ici, de complotistes, de manifestants anti-mesures sanitaires ou encore du mépris généralisé auquel font généralement face les plus démunis de notre société. Non, Monsieur. Il s’agit tout simplement de dents, de santé buccale et d’accès équitable aux soins dentaires.

Car même si on travaille, au Québec, tout le monde n’est pas muni d’assurances ou de généreux avantages sociaux — bonjour les vacances payées —, encore moins d’un accès à des soins dentaires gratuits ou à tarif modique et accessible à tous. Tant s’en faut. « Au Canada, un tiers des personnes n’ont pas d’assurance dentaire et ne peuvent pas consulter un professionnel de la santé dentaire pour obtenir les soins bucco-dentaires dont ils ont besoin », écrit l’Agence du revenu du Canada. Et pour les personnes à faible ou modeste revenu, ces soins dentaires représentent un véritable luxe, les prix étant tout simplement faramineux.

Le coût pour des soins de base, par exemple, soit nettoyage, détartrage, examen et radiographie, tourne autour des 300 $. Plusieurs concitoyens n’ont tout simplement pas les moyens pour cette visite supposément annuelle. Et si, en plus, vous souffrez le martyre ou vous vous réveillez avec une douleur insupportable qui nécessite un urgent traitement de canal, attachez votre tuque et votre portefeuille, ou bien prenez votre mal en patience, car il vous faudra alors débourser quelque 1035 $… Mille piasses ! oui Madame, pour des soins endodontiques afin d’enrayer une profonde douleur à la racine, et intraitable autrement.

Que font alors nos concitoyens qui ne peuvent assumer les coûts de ces traitements ? Bon nombre de Québécois n’ont malheureusement d’autres choix que de laisser tomber les soins dentaires et les dents. Selon un récent rapport de l’Observatoire québécois des inégalités, d’ailleurs, une forte proportion des personnes à faibles ou modestes revenus ne peuvent combler leurs besoins dentaires de base, ces inégalités et iniquités ne cessant de surcroît d’augmenter.

Et par les temps qui courent, qui plus est, avec cette inflation galopante, le coût des aliments et du panier d’épicerie qui continue de grimper, des citoyens doivent d’abord s’assurer qu’ils ont les moyens de manger et, autant que faire se peut, de payer le loyer.

Mais tout n’est pas perdu puisqu’en novembre 2021, le gouvernement du Québec annonçait un financement de 3 millions pour favoriser l’accès aux soins dentaires. Alors que cette aide est clairement la bienvenue pour les moins nantis de notre pays, il faut faire bien plus pour que les soins bucco-dentaires de base soient disponibles et accessibles à tous.

De son côté, le gouvernement du Canada, lui, annonçait en décembre dernier qu’une prestation dentaire serait dorénavant disponible… pour les familles seulement : « La prestation dentaire canadienne provisoire a pour but d’aider à réduire les coûts des soins dentaires pour les familles admissibles qui gagnent moins de 90 000 $ par année. Les parents et les tuteurs peuvent faire une demande si l’enfant qui reçoit des soins dentaires a moins de 12 ans et n’a pas accès à un régime privé d’assurance dentaire. »

Et les autres individus, eux ? Que font les personnes seules, les adultes majeurs et vaccinés qui ne sont pas bénéficiaires de l’aide sociale mais qui survivent néanmoins sous le seuil de la pauvreté ? Ne sont-ils pas eux aussi des citoyens à part entière ?

Pourtant, le gouvernement insiste et le répète assidûment : « Consulter un professionnel des soins dentaires est important non seulement pour la santé bucco-dentaire, mais aussi pour la santé globale. » On le sait. On veut justement consulter un dentiste !

À quand, donc, un accès équitable pour tous (enfants, adultes, aînés, etc. — tout le monde, quoi) aux soins dentaires au Québec ? À quand une couverture des soins bucco-dentaires par l’assurance maladie du Québec ? Lorsque les poules auront des dents ? C’est la santé de tous qui en dépend.

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