L’alimentation ne doit pas devenir un produit de luxe

«Les impacts catastrophiques sur les ménages québécois et canadiens à faible revenu, même les salariés, sont renversants : privation de viande, de fromages, de fruits et légumes, de restauration, etc.» affirme l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Les impacts catastrophiques sur les ménages québécois et canadiens à faible revenu, même les salariés, sont renversants : privation de viande, de fromages, de fruits et légumes, de restauration, etc.» affirme l'auteur.

Depuis plus de neuf mois, nous dénonçons le vol éhonté des grandes chaînes d’alimentation sur la population qui peine à se nourrir convenablement. Les derniers chiffres sont accablants : les prix alimentaires atteignent des sommets inégalés depuis quarante ans.

Nous le répétons, les impacts catastrophiques sur les ménages québécois et canadiens à faible revenu, même les salariés, sont renversants : privation de viande, de fromages, de fruits et légumes, de restauration, etc. Corollaire de cette situation, on observe une augmentation de la consommation d’aliments bourratifs, comme les pâtes et le riz de même que de malbouffe. À terme, cela se traduira immanquablement sur la santé des gens et même sur l’économie en général, les consommateurs délaissant d’autres biens pour se concentrer de plus en plus sur les éléments essentiels à leur survie.

Selon l’auteur du Rapport annuel sur les prix alimentaires, Sylvain Charlebois, « des augmentations de 50 % en un mois sur plusieurs produits, c’est de moins en moins rare ». En fait, une épicerie équilibrée coûte 15 % de plus que l’an dernier. Il s’attend d’ailleurs à un début d’année 2023 difficile, « où les prix pourraient continuer d’augmenter en flèche, à l’image de 2022 ». On pousse partout les hauts cris et l’indignation devant ce drame sociétal qui se généralise.

Cette indignation devient une révulsion lorsqu’on apprend que les instigateurs de ce massacre sont récompensés par leurs actionnaires, comme le révèle une récente dépêche de La Presse canadienne. Les bénéfices des grandes chaînes d’alimentation venant de réaliser les plus importants profits de leur histoire, système d’actionnariat oblige, leurs dirigeants reçoivent des primes stratosphériques calculées en millions pour avoir propulsé leurs bénéfices dans des dimensions himalayennes. En bref, on récompense les arnaqueurs de haut vol.

Il faut arrêter cette prédation à grande échelle. Les solutions abondent, plus ou moins efficaces. D’abord celles du gouvernement : les chèques inflationnistes de 400 $ et 600 $ ne serviront qu’à soulager à peine les augmentations de logement et de communication et n’empêcheront en rien les grandes chaînes de continuer à augmenter leurs prix. Puis les diminutions de tarifs des services gouvernementaux, pistes intéressantes qu’on devrait appliquer au domaine alimentaire.

Oxfam, dans son rapport « La loi du plus riche », vient de proposer une autre solution ambitieuse, soit une taxe sur les profits des plus riches et des multinationales, tous secteurs économiques confondus. Les chiffres avancés sont vertigineux : les membres du 1 % les plus riches de ce monde accaparent plus de richesses à eux seuls que 99 % de la population mondiale. Les multinationales ne sont pas en reste, avec une augmentation du double de leurs profits, dont 84 % ont été reversés à leurs actionnaires, soit 257 milliards de dollars. Leur taux d’imposition suggéré serait de 60 % sur leurs revenus annuels (contre 31 % aujourd’hui) et même de 75 % pour les ultrariches, pour les décourager de cette boulimie prédatrice.

La solution que nous proposions en juin dernier était de réguler les prix d’un panier alimentaire de quelque quarante produits de base. À l’instar de certains pays comme la France, qui négocie avec les grands de l’alimentation pour instaurer un panier anti-inflation composé d’une vingtaine de produits de première nécessité, nous croyons urgent que le gouvernement Legault encadre les hausses de tarifs de ces produits et les hausses de profits excessifs de ces grandes chaînes d’alimentation. Seul garant du bien commun, notre gouvernement est le seul acteur social en situation pour empêcher que l’alimentation devienne un produit de luxe.

La solution d’Oxfam exige une entente entre les dirigeants de tous les pays (concurrence entre États oblige) pour imposer les surprofits des ultrariches afin qu’ils paient « leur juste part » des services offerts. Nous y adhérons, car cela permettrait d’alléger le fardeau fiscal de tous les contribuables en répartissant plus équitablement les dépenses sociales des États. La nôtre permettrait par contre aux plus pauvres d’entre nous, trop pauvres pour payer de l’impôt, de manger maintenant et à chaque jour à leur faim, enfin.

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