On fait quoi des Tim qui ont perdu le goût de l’école ?

«Quand on a un trouble du spectre de l’autisme, on bloque quand il manque un morceau à notre pyramide d’apprentissage», précise l’autrice.
Photo: iStock «Quand on a un trouble du spectre de l’autisme, on bloque quand il manque un morceau à notre pyramide d’apprentissage», précise l’autrice.

Je ne suis pas une employée de l’État, je n’ai donc pas de devoir de réserve, alors, attachez vos tuques ! Mon beau grand garçon de 13 ans est un autiste à haut niveau et il a un TDA (un trouble déficitaire de l’attention sans le H). Comme il est considéré comme un cas léger, nous avons travaillé fort avec la direction pour qu’il puisse recevoir des services à l’école. Je vous épargne les combats que furent les nôtres au primaire, qui ressemblent à la charge de tous les parents d’enfants atypiques.

On va l’appeler Tim. Tim ne va plus en cours, l’école le scolarise à distance. Sa polyvalente a des enseignants de tous âges, dévoués, et le personnel spécialisé qui aide Tim est génial. Tim a commencé la 1re secondaire en robotique, mais il aurait eu besoin de plus d’assistance en laboratoire. Il n’a pas pu poursuivre cette concentration en 2e secondaire, car ses notes frôlaient l’échec.

Quand on a un trouble du spectre de l’autisme (TSA), on bloque quand il manque un morceau à notre pyramide d’apprentissage. Quand on a en plus un problème d’attention, le bruit nous distrait. D’où les difficultés de mon fils au lab de robotique en 1re secondaire. On a appris que ça n’allait pas trop bien après le premier bulletin — il n’y a eu que deux bulletins cette année-là —, et ce fut donc difficile de corriger le tir.

En 2e secondaire, Tim est admis au programme régulier. Il me dit que sa classe est pire ! Il est assis en avant pour réussir à entendre le prof, mais il reçoit toutes sortes de projectiles. La plupart des profs n’ont pas vraiment le contrôle de cette classe. Étant grand et fort, Tim n’est pas une victime d’agressions physiques, mais le bruit l’agresse. On ne lui donne pas le droit de se protéger avec un hoodie ou des écouteurs. Les journées sont épuisantes pour lui et, en plus, il lui faut affronter le brouhaha dans le bus au retour.

De temps en temps, Tim pique une crise en classe, et nous recevons alors un appel nous demandant de venir le prendre. Je demande des références pour un psy à l’école, sans succès. Tim fait tous ses tests et travaux dans le local de services spécialisés et se rend au cours seulement quand le prof enseigne. Rien à faire, la situation se dégrade. Je réussis enfin à le faire parler et je pense qu’il fait une dépression.

Mon grand garçon, 5 pieds 8, pleure sa vie. On voit le docteur rapidement (oui, il y a des docteurs comme ça), qui diagnostique un trouble post-traumatique à cause du harcèlement subi au primaire. Nous avons eu le psy, dans le privé, et l’école à distance. C’est possible dans notre cas parce que l’un de nous travaille à distance à temps plein.

L’état de mon garçon m’a mise sur les genoux et j’ai dû arrêter un emploi que j’adore. J’avais besoin d’une petite pause pour me refaire une armure, tellement son histoire fait écho à la mienne. Voir, impuissante, mon gars dégringoler sous mes yeux, c’est dur, encore plus du fait que je suis aussi atypique et que j’ai subi le même sort que Tim à l’école.

L’école a beau offrir de l’aide, je me demande comment elle peut espérer pouvoir intégrer un enfant en difficulté et qui a un TSA dans un groupe de jeunes qui n’ont pas pu suivre un programme de concentrations, donc qui ont souvent des notes basses. J’ai les moyennes de groupe qui le prouvent. Par exemple, en maths, les tests frôlent souvent l’échec. C’est une spirale vers le bas. Tim est brillant, mais il n’a pas de bonnes notes à cause d’une dépression.

Mon garçon a besoin de retrouver le goût de l’école, mais il se ramasse seul dans une classe ayant une forte concentration de cancres. Comment peut-on vraiment l’aider dans cette situation ? Quoi faire pour que nos « Tim » remontent la pente et ne relâchent pas leur intérêt ? C’est une question importante : croyez-moi, des « Tim », il y en a beaucoup depuis la COVID-19.

Pourquoi ne pas retourner aux cours optionnels plutôt qu’aux concentrations ? J’ai eu un cours de physique optionnel en 4e secondaire, avec beaucoup de laboratoire, et ça m’a vraiment fait apprécier les sciences, sans avoir à suivre un programme de concentrations, sans avoir à être dans un groupe enrichi. Tim a fait un retour à l’école cette semaine et il a réussi à participer à un cours par jour avant la session des examens.

Grâce aux efforts de la direction et de Tim, et avec la scolarisation à distance, on espère encore pouvoir sauver son année. Nous — ses parents — avons repris un peu d’énergie grâce aux vacances. Tim ne peut pas changer de groupe, parce que c’est plein. Nous allons l’aider au maximum tout en essayant de nous préserver aussi.

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