Si tu parles français, attends!

« Les psychologues anglophones sont prêts à vous prendre uniquement si vous parlez anglais », déplore l’auteur.
Photo: iStock « Les psychologues anglophones sont prêts à vous prendre uniquement si vous parlez anglais », déplore l’auteur.

Imaginez téléphoner au 911 et que personne ne répond. Imaginez maintenant un docteur qui refuse de vous soigner ou un psychologue qui refuse de vous entendre. Ce qui me semblait impensable, voire impossible, il y a encore peu est devenu une réalité pour plusieurs d’entre nous.

Avez-vous confiance en notre système de santé ? Ici, je ne parle pas des infirmières, des inhalothérapeutes, des préposés aux bénéficiaires ou des médecins. Je parle du système ! Je parle de ses règles, de ses voies de contournement, de ses incongruités, de ses limites et de ses ambitions illusoires.

Notre système pense être capable d’en prendre plus qu’il ne le peut, de faire plus qu’il ne le peut et de faire mieux qu’il ne pourra jamais le faire. Comme un affamé devant un buffet, le système a les yeux plus grands que la panse et, tel un bon citoyen croulant sous les dettes de trois cartes de crédit, il nous offre ce qu’il ne peut pas se permettre, faute de moyens, bien qu’il tente de nous faire croire le contraire à grands coups de messages publicitaires.

Si tout allait si bien, nous n’en ferions pas de cas, car ce n’est pas dans la nature humaine, de relever ce qui va bien, surtout au sein de l’État. Dans le secteur privé, lorsque les choses vont bien et que les employés performent, les dirigeants en font rarement mention. En revanche, lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, le patron utilise rarement un média interposé pour communiquer ses déceptions et ses exigences. Il s’adresse directement aux employés concernés.

Mais notre système de santé est malade. On ne cesse de clamer que, une fois qu’on est dans la machine, les soins reçus sont extraordinaires et le personnel, exceptionnel. Le problème, comme vous le savez, c’est d’y accéder.

Selon les données de Santé Canada publiées en octobre 2022, 56 % des Canadiens en difficulté n’obtiennent pas l’aide en santé mentale dont ils ont besoin. Depuis des mois, des cliniques privées ferment leurs listes d’attente puisque les délais se comptent désormais en années, comme au public.

Ces jours-ci, à la radio et dans l’ensemble des médias, les syndicats et les ordres professionnels revendiquent une intervention musclée de la part du gouvernement pour pallier les problèmes d’accessibilité, de main-d’oeuvre et d’organisation du travail.

Pendant que le gouvernement continue de remplir ses coffres et de maintenir en place un système brisé soutenu par des employés à bout de souffle, les gens souffrent, attendent et paient pour des services qu’ils ne recevront jamais.

À moins, bien sûr, que je ne parle l’anglais et ne sois prêt à payer.

Si vous trouvez que j’exagère, je vous inviterais à m’aider à formuler les réponses que je devrais donner aux cinq derniers psychologues contactés, qui ont tous refusé d’aider mon enfant. Ceux-ci me disent qu’ils ne parlent pas le français ou ne le maîtrisent pas suffisamment pour offrir de l’aide à mon enfant, présumant ainsi que celui-ci, trilingue, ne serait pas apte à recevoir leur aide parce que je m’adresse à eux en français.

Imaginez un instant un psychologue francophone qui refuserait d’offrir des soins à un anglophone sous prétexte qu’il ne parle pas l’anglais. Ça ne passerait pas !

On fait tout pour que le système de santé aille mal. Mais personne ne semble s’offusquer lorsqu’un professionnel de la santé unilingue anglophone, membre d’un ordre professionnel québécois, refuse de prendre des clients francophones sous prétexte qu’il ne parle pas le français.

Pendant que je perds mon temps sur les listes d’attente dans le secteur public, et que je communique individuellement avec des psychologues francophones du secteur privé qui inscrivent tous mon enfant sur leurs listes d’attente, la plupart des psychologues anglophones joints ont refusé mon enfant, non pas parce qu’il parle anglais et français, mais bien parce que ces psychologues ne parlent pas français au Québec après des décennies de pratique et d’études.

On tente de nous faire croire que le système public, « gratuit » et universel est saturé et qu’il faut accepter que les gens se suicident faute de psychologues. Mais au même moment, les psychologues anglophones sont prêts à vous prendre uniquement si vous parlez anglais.

L’Ordre des psychologues du Québec accepte ce fait.

Le gouvernement connaît ce fait.

 

Mais moi, je n’accepte pas ce fait, et j’espère que je ne suis pas le seul !

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